INTRODUCTION

12032008

 

LES RAISONS DE L’ENGAGEMENT

DE VOLONTAIRES FRANCAIS

SOUS

L’UNIFORME ALLEMAND

( JUILLET 1941 – MAI 1945 )





« Si nous voulons comprendre l’attitude de collaborateurs, il faut les considérer sans passion et les décrire avec objectivité d’après leurs paroles et leurs actes. »

Jean-Paul SARTRE



« Il n’y a pas de vérité sacrée, c’est à dire interdite à la pleine investigation de l’homme… Ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit. »

Jean JAURÈS



« Une vérité, quelle qu’elle soit, nuisible pour le moment, est nécessairement utile dans l’avenir. Un mensonge, quel qu’il soit, avantageux peut-être pour le moment, nuit nécessairement avec le temps. [...] L’homme ne se repose que dans la vérité. »

DIDEROT



 » La guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent, mais qui, eux ne se massacrent pas. »

Paul VALERY














TABLES DES MATIÈRES


AVANT-PROPOS.


INTRODUCTION :



I) FRANÇAIS DE LA L.V.F:

A. CRÉATION DE LA L.V.F :

1 : De  » BARBAROSSA  » à l’initiative de la L.V.F :

a)Les conséquences du 22 juin 1941.

b)L’initiative politique de la L.V.F.

2 : Le recrutement des candidats :

a) Effectif de la L.V.F.

b) Origine sociale des candidats volontaires.

c) Intérêt financier ?

B . UN MONDE POLITIQUE :

1 : Les hommes publics :

a) Qui sont-ils ?

b) Rôle et engagement de DORIOT.

2 : Des légionnaires politisés :

3 : Message du Maréchal PÉTAIN.

*) Influence sur les hommes.

• Pierre RUSCO

• Pierre ROSTAING

C. LES FRANÇAIS EN FELDGRAU :

1 : Pourquoi l’uniforme vert-de-gris ?

2 : Les réactions des volontaires.

 

II) FRANÇAIS DE LA WAFFEN-SS :

A. UNE CERTAINE VISION DE L’ALLEMAGNE HITLÉRIENNE :

*: Déjà avant la guerre.

a)1936 : Les Jeux Olympiques.

b)1937 :  » La Gerbe des Forces « .

B. LA WAFFEN-SS S’OUVRE AUX FRANÇAIS :

1: LAVAL autorise (juillet 1943).

2: DARNAND prête serment : un  » tournant  » pour la Milice (août 1943).

C. LA WAFFEN-SS :

1: Pourquoi attire-t-elle ?

2: Son impact sur les jeunes.



III) FRANÇAIS DE LA L.V.F ET DE LA WAFFEN-SS, MÊME

COMBAT ?


A. PAR ANTIBOLCHEVISME :

1: Le communisme,  » danger le plus grave « .

2: Par anglophobie.

3: Par antijudaïsme.

4: Croisade pour ou contre le Christianisme.

B. POUR L’EUROPE :

C. JUSQU’AUX DERNIERS JOURS :


CONCLUSION :


*******************************************************************

 

AVANT-PROPOS

Il m’a été donné de rencontrer un de ces Français  » survivants de l’aventure hitlérienne  » (01).

Pendant des années, je n’ai rien su de son passé. Un jour, il s’est confié.

J’étais étudiant en Histoire, il ne put s’empêcher de me raconter  » son  » histoire.

Il m’a appris comment après un très long parcours où « les places étaient chères » (02), il a fini par se retrouver à la  » division CHARLEMAGNE  » (03).

INTRODUCTION

L’homme est par nature un être complexe. Il est souvent difficile de saisir les raisons profondes qui le poussent à agir et à prendre une décision importante qui marquera un tournant dans son existence.

Au moment où cet homme s’engage sur cette nouvelle voie, il ne se rend pas toujours compte de son acte – que l’Histoire, elle, retiendra – ni des conséquences que cet acte aura sur sa vie future.

Le but de cette étude est de mettre en lumière les raisons qui ont poussé ces Français, pour la plupart très jeunes, à oser un des gestes les plus radicaux – ô combien ! – de l’Histoire.

Ils ont revêtu l’uniforme d’une armée contre laquelle ils avaient lutté, sinon tous du moins certains ; cette armée avait défait leur pays en juin 1940 et en occupait désormais une partie importante.

Ce mémoire se propose simplement d’apporter une meilleure compréhension de cette époque, une des plus douloureuses de notre histoire nationale.

Il tente aussi de mieux cerner la personnalité et la psychologie particulière de ceux qui dans cette période de troubles, ont fait ce choix !

L’étude porte sur l’aspect événementiel, l’aspect psychologique et le pourquoi de leur engagement. Elle se fonde sur des témoignages oraux, des lettres manuscrites, des ouvrages souvenirs d’ »anciens » et des journaux d’époque. Beaucoup d’informations m’ont été données directement par des acteurs survivants.

J’insisterai sur le parcours de quelques-uns afin de montrer les particularités que renferme chaque destin.

D’ores et déjà, je peux dire que ces rencontres m’ont moi-même intéressé, voire passionné. Je pense sincèrement que l’on peut trouver dans leur propos un intérêt certain, une information nouvelle, et matière à réfléchir dans le domaine des motivations, notamment. Ces hommes font partie de l’Histoire de notre pays, le fait de recueillir leur témoignage permet d’enrichir la mémoire collective.

De nombreux ouvrages historiques ont été écrits sur la Résistance, mais peu sur les motivations de la collaboration militaire avec le IIIème Reich.

La plupart des ouvrages, souvent de vulgarisation, retracent les aventures militaires et mettent surtout l’accent sur les combats du front russe. Ils n’accordent que quelques lignes aux motivations profondes de l’engagement quand elles ne sont pas purement et simplement passées sous silence.

Les livres à grand tirage ne font ressortir de la démarche des « frères d’armes » des Allemands que le côté « western-vodka » selon, le jugement sévère de beaucoup d’ »anciens« .

Les limites du sujet m’ont paru devoir être fixés de juillet 1941 à mai 1945 (chute du IIIème Reich). Mais, bien avant juillet 1941, date de la création de la L.V.F, (la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme.) Des Français se sont portés volontaires à titre individuel pour s’engager dans des unités de l’armée allemande. Ces hommes, difficiles à joindre, restent des cas isolés.

D’autres Français ont porté aussi l’uniforme allemand ; mais ici, je ne parlerai pas de la Tragédie des « Malgré-nous« , de Pierre RIGOULOT, auquel un article des « Dernières nouvelles d’Alsace » (numéro 105 du samedi 05 mai 1990) fait allusion.

Selon la terminologie du IIIème Reich, les Alsaciens et les Lorrains étaient des « Reichsdeutschen« , des citoyens allemands du fait de l’annexion. Par conséquent, ils ont été mobilisés et incorporés dans des unités purement germaniques.

Pour des raisons bien compréhensibles, il est impossible de faire une étude statistique précise sur les motivations de l’ensemble des volontaires. Beaucoup de ces hommes ont été tués dès le début des opérations de la L.V.F.

Par la suite, parmi les survivants des premiers combats, les pertes ont été également importantes. Il en est de même pour les effectifs de la brigade d’assaut SS « FRANKREICH » et de la division « CHARLEMAGNE » dont quelques rares rescapés se retrouvèrent à Berlin dans les derniers jours des hostilités.

Aujourd’hui, les témoins encore vivants de cette aventure ne sont plus très nombreux et ont en moyenne entre soixante-dix et quatre-vingts ans. Ils ont vécu, et mènent désormais, pour la plupart, une vie paisible après avoir subi les tribunaux et la détention. Beaucoup ne veulent pas raconter leur histoire ou ne sont plus en mesure de le faire.

Semblable à une source dont le filet d’eau diminuerait progressivement et irrémédiablement au fil des jours jusqu’au tarissement, ces « anciens« , mémoire vivante d’une aventure qu’ils ont vécue comme héroïque et sublime, représentent une source de renseignements et de souvenirs qui s’éteindrait avec eux si personne n’en conservait aujourd’hui la teneur intrinsèque.

Chaque année qui s’écoule emporte dans son courant un ou plusieurs de ces hommes. Aujourd’hui ces survivants bien particuliers sont encore assez nombreux pour rendre possible une telle étude et verser au compte (et profit) de l’Histoire leurs témoignages. Dans quelques années, les tous derniers auront rejoint leurs camarades déjà disparus. Ce jour-là, faute d’acteur, il sera trop tard.

La première difficulté et non la moindre a été d’arriver à entrer en contact avec ces hommes. Ces premiers contacts ont été écrits, puis concrétisés ultérieurement par des conversations téléphoniques permettant de nouer des rapports plus directs et plus riches. Il faut réussir à inspirer confiance et se procurer des adresses. C’est un travail de longue haleine qui n’est pas toujours récompensé.

Se pose également le problème des relations humaines, fondées sur la recommandation directe, et en outre, la confiance réciproque, qui est le préambule nécessaire à tout début d’entretien.

Pour ces hommes, la relation humaine compte beaucoup. Ils désirent connaître la personne à laquelle ils vont accepter de retracer un moment si particulier de leur vie. Pour cette raison, des déplacements à travers la France, et même hors du territoire national, ont été nécessaires. Tel un sourcier maniant une baguette, j’ai cherché sur une carte le chemin qui me mènerait jusqu’au site de mes sources. Dans cette quête qui m’animait, le train et l’automobile furent deux instruments indispensables.

Des difficultés d’ordre technique se sont parfois posées lors de l’enregistrement des témoignages.

A ce sujet, nous remarquerons qu’ « entre la chose parlée et la chose écrite [...] il y a un décalage où s’échappent subtilement la vérité et la vie. » (Maurice PONS)

Il est évident que nous ne parlons pas comme nous écrivons. La transcription par écrit des propos enregistrés ne peut se faire sans une adaptation du texte oral de l’interlocuteur et, cela, en accord avec ce dernier. J’ai essayé de ne pas m’éloigner des expressions employées par les témoins pour préserver l’authenticité des témoignages.

Pour les personnes qui m’ont fait parvenir un texte manuscrit, il a fallu dans quelques cas apporter des corrections d’ordre syntaxique car, comme l’écrit Jean-Louis P… dans une de ses lettres :

 » Je ne suis pas un littéraire, encore moins un philosophe et non plus un historien. Je vous dis mon vécu et je crois pouvoir l’affirmer DU VRAI. Aussi, veuillez bien pardonner l’écriture et la forme. »

Un des problèmes auquel j’ai été confronté est celui de la mémoire de ces hommes que j’ai rencontrés ou avec lesquels j’ai eu un échange épistolaire.

Jean-Louis P… me confie :

 » Je pense honnête d’écrire ce que je note ici, mais peut-être que mes réactions tardives à soixante-douze ans ont été embellies inconsciemment. Une vérité est certaine, à partir du moment où j’ai choisi, je suis resté fidèle à ce choix. »

Nous ne possédons pas de données suffisantes pour faire une étude approfondie sur l’enfance de l’ensemble des volontaires afin d’essayer éventuellement (car, de toute manière le succès d’une démarche serait aléatoire), de repérer les signes qui auraient pu les amener à leur destin.

Je souhaite seulement donner un aperçu représentatif, bien que loin d’être exhaustif, de ces témoins.

Il est intéressant de remarquer que le terme « engagement » est un mot à double sens, appartenant au vocabulaire militaire. Il évoque l’action de se porter volontaire pour servir les armes à la main. C’est le cadre du sujet. Il évoque aussi l’affrontement, l’accrochage entre deux patrouilles ennemies.

De ces Français, certains ont porté l’uniforme « feldgrau » de l’armée régulière, la Wehrmacht. Mais, quelques milliers d’autres ont endossé (comme des milliers de volontaires européens) l’uniforme de la Waffen-SS, le « groupe de protection en armes« , la branche combattante de la SS (Schutzstaffel).

Les recherches effectuées concernent principalement des volontaires français des unités suivantes :

1. – La L.V.F : Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme ou 638ème régiment de la 7ème division d’infanterie de la Wehrmacht.

2. – La « SS Sturmbrigade Frankreich » (Brigade d’assaut SS Frankreich) appelée aussi simplement la « brigade Frankreich » de son vrai nom : « Französische SS Freiwilligen Sturmbrigade » (Brigade d’assaut des volontaires SS Français) avec ou sens le numéro 7.

3. – La « SS Freiwilligen Sturmbrigade CHARLEMAGNE » la « brigade d’assaut SS des volontaires CHARLEMAGNE » qui deviendra, dans le classement des divisions SS, la « 33ème Waffen-Grenadier Division der SS CHARLEMAGNE« , appelée plus simplement par les « anciens« , la « division CHARLEMAGNE« .

Je dois signaler les autres formations allemandes auxquelles des Français ont également appartenu, d’autant plus que certains volontaires de ces formations se sont retrouvés plus tard avec les autre « survivants de l’aventure hitlérienne » (1) au sein de la division CHARLEMAGNE. Les particularités propres aux volontaires français se retrouvent d’ailleurs dans les motivations de leur engagement dans une unité de préférence à une autre.

Des Français se sont engagés :

* Dans la N.S.K.K (la National-Sozialistisches-Kraftfahr (er)- Korps): Le corps motorisé national-socialiste.

* Sous l’uniforme gris de la Luftwaffe (à partir de l’été 1942).

* Dans les S.K (plusieurs milliers de Français). Ce sont les Schutzkommando(s), les commandos de surveillance de l’Organisation Todt (S.K der O.T).

* Dès décembre 1943, des volontaires ont rejoint la Kriegmarine.

* Dans l’organisation « TENO » (Technische Nothilfe), le service de réparation technique.

* En avril 1943, dans des unités de FLAK, fliegerabwehrkanone (ou flugzeugabwehrkanone), l’artillerie anti-aérienne.

* Dans la légion SPEER pour la défense des fortifications.

* Dans la division BRANDEBOURG et l’unité FRIEDENTHAL de SKORZENY, unités spéciales de renseignement et de sabotage dépendant de l’Abwehr.

* Dans la 28ème SS FREIWILLIGEN PANZER GRENADIER DIVISION « WALLONIE » de Léon DEGRELLE, dirigeant du Rexisme en Belgique.

Des jeunes femmes françaises volontaires se sont engagées dans le corps des infirmières de la Waffen-SS.

…/… voir I




I) FRANÇAIS DE LA L.V.F:

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I)  FRANÇAIS DE LA L.V.F:

A. CREATION DE LA L.V.F.

Tâchons de reconstituer l’ambiance des origines à travers des extraits de presse de l’époque et des témoignages divers de survivants.

1: De  » BARBAROSSA  » à l’initiative de la L.V.F.

a. Les conséquences du 22 juin 1941.

 » Nous nous élançâmes à l’Est, comme la Grande Armée de Napoléon s’était élancée le 22 juin 1812 contre le même ennemi.  » (Otto SKORZENY) (04)

A 3 heures 15 minutes, le dimanche 22 juin 1941, avec l’opération  » BARBAROSSA « , la guerre est devenue celle du National-Socialisme contre le bolchevisme.

Dans « la Gerbe » (05) du 3 juillet 1941, DORIOT annonce que :

 » Jusque-là, la guerre était celle de la révolution Nationale- Socialiste contre la ploutocratie anglo-américaine. Elle devient aujourd’hui, par surcroît, une guerre contre cette forme de civilisation particulièrement avilissante qu’est le bolchevisme. « 

L’idée, que le communisme va payer, est exprimée par de nombreux quotidiens et hebdomadaires. Pour DORIOT, dans le « Cri du peuple » (06) du 27 juin 1941, il est temps  » d’écraser l’infâme « .

La presse fait ressortir qu’il faut dans ce conflit, être du côté de l’Allemagne car, selon cette presse, aucune hésitation n’est permise quand il faut choisir entre l’Allemagne et l’U.R.S.S.

Pour les militants d’un parti comme le P.P.F (Parti Populaire Français), et bien que ces hommes ne soient pas des nationaux-socialistes, il faut faire désormais un choix difficile entre deux sortes d’Europe politique possibles. Ils sont mis en présence d’un système dualiste où les journaux présentent, dans ce conflit, le Bien incarné par l’Allemagne et le Mal représenté par l’U.R.S.S.

Jusqu’à l’opération « BARBAROSSA « , les raisons qui nourrissent la collaboration sont axées sur l’antijudaïsme, l’anglophobie et le rejet de la démocratie.

A propos de cette dernière, Pierre RUSCO nous donne son opinion :

 » Il y avait à l’époque un changement de société qui était en train de s’établir. Le système démocratique d’avant-guerre était en train de s’effondrer. Les scandales financiers déconsidéraient la démocratie.  »

 » BARBAROSSA  » donne sa véritable dimension à la collaboration. La nouvelle situation politique affronte maintenant deux blocs irréconciliables.

De leur côté, les communistes français, par une édition spéciale de « l’Humanité » clandestine tirée en raison des événements, accusent Adolf HITLER d’avoir purement et simplement violé le Pacte germano-soviétique de non-agression signé par RIBBENTROP et MOLOTOV le 23 août 1939.

« Le Petit Parisien« (07) du 2 février 1942, retrace le discours de Jacques DORIOT au Vél’d'Hiv’ le 18 juillet 1941:

 » Jacques DORIOT souligne encore jusqu’à quel point était grand le danger que les armements communistes faisaient planer sur l’Europe. Rien n’aurait pu arrêter, dans un an ou deux, cette monstrueuse vague d’assaut. « 

Pour DORIOT, il semble bien qu’en attaquant l’U.R.S.S, Adolf HITLER ne fait que voir d’avance l’événement qui va frapper l’Europe et, alors, il préfère anticiper en attaquant le premier. Selon des témoignages d’anciens de la L.V.F, il semble que STALINE avait l’intention d’attaquer l’Europe occidentale au mois de juillet 1941. Cette date nous est confirmée par André BAYLE dans son livre « de Marseille à Novossibirsk » :

 » On sait maintenant avec certitude que STALINE devait attaquer l’Europe occidentale le 8 juillet 1941 et provoquer le soulèvement de tous les communistes européens.  » (07a)

L’invasion de l’U.R.S.S par les armées allemandes est donc en quelque sorte ce qu’attendait consciemment ou inconsciemment les chefs des partis politiques collaborationnistes pour donner enfin à leur action une dimension à la hauteur de leurs espérances. Ces quelques hommes vont prendre une initiative très importante avec la création de la L.V.F.


b. L’initiative politique de la L.V.F.

 » Depuis l’armistice, il s’est produit un fait d’une importance considérable. Et je ne parle pas ici d’entrevue célèbre aux résultats purement potentiels par la faute de certaine révolution de palais, je parle d’un changement substantiel qui s’est produit dans les rapports entre la France et l’Allemagne le jour où le Führer a autorisé la création d’une légion française contre le bolchevisme.  » (08)

Le premier a avoir proposé publiquement la création d’une L.V.F est Jacques DORIOT. Il veut se venger des communistes, ses anciens camarades de lutte.

Mais, dès le 23 juin 1941, par une alliance de circonstance, DEAT et DELONCLE veulent prendre certainement de vitesse DORIOT à propos de son initiative d’une L.V.F. Dans ce contexte, le 30 juin 1941, « Je suis Partout » (09) affirme sous la manchette « La Russie contre l’Europe » que le M.S.R (Mouvement social révolutionnaire), créé en septembre 1940 et dont le chef est Eugène DELONCLE, a réclamé la création d’une légion de volontaires français afin de lutter contre le bolchevisme.

Une première rencontre rue de Lille, à l’ambassade du Reich à Paris, réunit le 06 juillet 1941, les principaux représentants de la collaboration à Paris, à savoir : DORIOT, DEAT, COSTANTINI et BUCARD. Ces hommes se retrouvent face à l’ambassadeur Otto ABETZ qui leur annonce que l’idée d’une L.V.F est acceptée.

En effet, le principe d’un corps expéditionnaire composé de volontaires français pour combattre sur le front de l’Est, est décidé le 07 juillet 1941 à l’hôtel Majestic sous la présidence du conseiller WESTRICK, représentant l’ambassadeur Otto ABETZ.

Cette réunion rassemble Eugène DELONCLE (qui sera la premier président de la L.V.F), Marcel DEAT (qui a créé le R.N.P en février 1941), Pierre COSTANTINI (chef de la igue française et du Mouvement social européen, directeur du journal « L’Appel« ), Jean BOISSEL du Front franc et, Pierre CLEMENTI du Parti français national collectiviste (le P.F.N.C). Pierre CLEMENTI sera présent de 1942 à 1943 à la L.V.F dans la 2ème section de la 1ère compagnie à DENISOWITSCHI. Il aura le grade d’aspirant (selon le témoignage d’Yves PE…).

Pierre CLEMENTI, directeur de l’hebdomadaire « Le Pays Libre« (09a), avait lui-même déclaré le 18 juillet 1941 au Vél’ d’Hiv’ que  » la seule façon de prouver sa vérité, c’est de risquer sa peau. « 

Le lundi 07 juillet 1941, la presse collaborationniste annonce la constitution de la L.V.F qui sera officialisée et reconnue « d’utilité publique » en février 1943.

Le 11 février 1943, le gouvernement LAVAL reconnaît cette unité, en signant la loi n°95. Avec Fernand de BRINON nommé à la tête du mouvement par le décret datant du 17 février 1943, la L.V.F devient officielle.

Cette création est l’événement du jour. Plusieurs journaux comme « L’Oeuvre » (10) de Marcel DEAT y consacrent leurs colonnes. Le communiqué de presse officiel annonce que la L.V.F est créée  » pour lutter, aux côtés de l’armée allemande et de ses alliés jusqu’à la victoire finale sur la Russie et le Bolchevisme.  »

Donc, le gouvernement de Vichy n’est pas à l’origine de cette création. Du point de vue juridique, la L.V.F est considérée comme une association sans but lucratif régie par la loi de 1901. Pourtant, la L.V.F ne sera pas  » sans but lucratif  » pour tous, surtout pour certains cadres qui resteront à Paris (J. DELARUE) (11).

Dans « Les Volontaires » (12), SAINT-LOUP évoque ce sujet à travers le sous-lieutenant CUNY. Ce dernier craint que les volontaires de la L.V.F ne servent  » d’alibi à tous les profiteurs de la collaboration  » à commencer par les cadres qui trafiquent avec les colis et les vêtements, l’essence qu’ils vendent au marché noir.

Toutefois, pour soutenir les volontaires, un comité d’honneur de la L.V.F est créé. Il comprend des personnalités comme le cardinal BAUDRILLART, de l’Académie française, recteur de l’université catholique de Paris, qui déclara en parlant des hommes de la L.V.F, qu’ils sont  » les meilleurs fils de la France. « 

Les académiciens Abel BONNARD et Abel HERMANT ainsi que le physicien et industriel Georges CLAUDE, le président de la fédération de la Presse Jean LUCHAIRE et l’écrivain Alphonse de CHATEAUBRIANT, ont également fait partie de ce comité.

En ce qui concerne Jacques DORIOT, dont l’action est importante, sa présence à la réunion de la rue de Lille n’est pas confirmée par mes sources. Il y a néanmoins une forte probabilité pour que Jacques DORIOT y ait assisté. En revanche, Marcel BUCARD qui avait quitté le projet de la L.V.F, n’y assiste pas. DORIOT est, en tous les cas, à l’initiative du mouvement, d’autant plus que l’idée d’aller affronter les communistes à l’Est, donc chez eux, est déjà dans l’esprit de son parti, le P.P.F.

Au sein des partis collaborationnistes, des demandes avaient déjà été déposées pour la création d’une telle unité. Certains se disaient désireux de participer  » à l’effort commun des nations européennes.  » (J. DELARUE) (13)

En regardant d’un peu plus près l’ensemble des noms qui sont à l’origine de la création de la L.V.F, on peut légitimement se poser des questions sur les véritables intentions de ces chefs de partis : cette initiative semble correspondre davantage à une finalité politique qu’à un but purement militaire. En outre, cette motivation ne correspondrait-elle pas plus à des impératifs financiers assez éloignés d’un réel idéal politique désintéressé ?

Selon des témoignages, pour chaque chef politique de la collaboration, l’intérêt va être également de faire partir sur le front le maximum de responsables des autres formations politiques afin de rester seul maître de la situation en France et, le cas échéant, de s’assurer le pouvoir. Selon Pierre MILZA, ces hommes ne voulaient pas  » s’éloigner de l’anti-chambre du pouvoir « . (13a)

Les premiers à se présenter comme candidats au départ, sont d’ailleurs des militants du R.N.P et autres mouvements du même type. Ces hommes sont là certainement plus par discipline de parti que par enthousiasme irréfléchi.

Mais il ne faut pas confondre « membres fondateurs » de la L.V.F, et sincères « candidats volontaires » au départ au titre de la L.V.F.

Les chefs de la collaboration siègent au « comité central de la L.V.F » chargé d’organiser le recrutement. Celui-ci commence en août 1941 à la Caserne Borgnis-Desbordes de Versailles,  » avec l’assentiment de Monsieur le Maréchal PETAIN, chef de l’Etat Français, et l’acquiescement du Führer  » selon le « Cri du peuple » (06) du 08 juillet 1941. Le doute persiste cependant…


2: Le recrutement des candidats.


  1. Effectif de la L.V.F.


La première convocation a lieu le 27 août 1941 à la caserne Borgnis-Desbordes qui se situe 16, avenue de Paris à Versailles. Le lendemain commence la visite médicale d’incorporation.

Par rapport aux espoirs des fondateurs de la L.V.F, le nombre des candidats qui se présente est relativement faible. De plus, le nombre des volontaires va être encore réduit par « une très sévère sélection » (14).

Beaucoup de candidats ne passent pas la barrière de la visite médicale d’incorporation, comme nous le montre d’ailleurs SAINT-LOUP dans « Les Volontaires« (15). Sur 1679 candidats le 28 août 1941, « 800 sont éliminés, dont 70% pour caries dentaires ou incisives déchaussées ! ». SAINT-LOUP n’est autre que Marc AUGIER, engagé en 1942 à la L.V.F comme sergent pour se battre aux côtés des Allemands contre les Russes.

Le 20 août 1942, Robert LOUIS âgé de 17 ans s’est engagé à la L.V.F. Il fut à la 5ème compagnie du 2ème bataillon. Plus tard, à la « CHARLEMAGNE » il sera à la 9ème compagnie obusiers du 58ème régiment. Il nous dit aussi que « la sélection était dure« .

« En août 1942, sur 80 candidats plus de la moitié n’ont pas été admis pour des motifs que j’ignore. »

Un autre témoignage nous est donné sur la L.V.F par l’Unterscharführer (sergent) de l’ex Waffen-SS André BAYLE (né le 20 mai 1926, engagé dans la Waffen-SS le 15 mars 1943 à 17 ans) dans son livre « DE MARSEILLE A NOVOSSIBIRSK« . Il nous confirme bien les faits et nous cite quelques chiffres en exemple: (15a)

Le 02/04/1942, 13 candidats sont retenus sur 75.

Le 16/06/1942, 10 candidats sont retenus sur 20.

Le 15/12/1942, 20 candidats sont retenus sur 52.


Est-ce une trop grande sévérité des médecins allemands ou l’hygiène buccale déficiente des candidats à la L.V.F ?

Il semble que ce soit une des caractéristiques des Français de l’époque!

Les médecins allemands appliquent les normes de recrutement de l’armée allemande en matière de santé, et c’est pour cette raison que de nombreux candidats sont refusés. Mais, pour ceux qui passent avec succès la barrière de la visite médicale, la sélection va encore s’effectuer lors d’une rude instruction militaire au cours de laquelle de nombreux volontaires seront encore éliminés.

On peut estimer que la L.V.F voit défiler dans ses rangs, entre 5800 et 6429 volontaires. Les légionnaires sont assez nombreux pour former un corps expéditionnaire de deux bataillons constituant ainsi le régiment n°638 de la Wehrmacht.

Selon Pascal ORY, il n’y a jamais eu plus de 2300 hommes en campagne en même temps. Selon mes sources, le nombre des prétendants à cette unité représentait bien plus du double de l’effectif final. Les candidats furent 19.788 à se présenter (15b). On peut estimer qu’un peu plus d’un candidat sur deux a été refusé.

Le 12 mai 1942, Pierre LAVAL envoie une lettre à Joachim VON RIBBENTROP où il reconnaît que:

« La France est représentée, de façon symbolique sur le front de l’Est par la légion antibolchevique. Il serait possible d’en augmenter les effectifs, et le gouvernement français a décidé de donner, à tous les anciens et futurs volontaires, l’assurance que leurs intérêts personnels et ceux des membres de leurs familles seront sauvegardés avec équité. » (15c)

Le rôle et l’action de la L.V.F restent donc modestes par rapport aux nombreux combats qui se sont déroulés sur le front de l’Est, mais aussi par rapport aux effectifs engagés. De toute manière, au vu des chiffres, on peut se poser la question : comment quelques milliers de volontaires français pouvaient-ils espérer modifier le cours des événements ?

Pour quelques-uns, comme l’avait dit le baron Pierre de COUBERTIN aux sportifs : « L’essentiel, c’est de participer. »

Pour SAINT-LOUP dans « Les Partisans » :

« Nous pouvons seulement regretter que dans ce pays, qui est foncièrement anti-marxiste, le coup de tonnerre de juin 1941 n’ait pas éveillé de résonances plus vastes. Nous pouvons regretter qu’un peuple comme le nôtre, [...] prompt à partir en guerre sur des idéologies, [...] n’ait pas, cette fois, [...] éprouvé le besoin de se lever en masse pour des fins à la fois nationales et mystiques. » (16)

Dans « J’ai vu l’Allemagne« , SAINT-LOUP nous donne son explication de l’indifférence dont fait preuve le peuple de France à l’égard du combat qui se déroule sur le front de l’Est.

« Il est facile de comprendre pourquoi ce combat pour l’Europe ne recueille pas facilement l’adhésion des masses. C’est parce qu’il est tout le contraire d’une action démagogique. Il est simple de rallier des millions de partisans sur le pain, la paix, la liberté, à la portée de tous les fainéants. Mais la vie s’inscrit en faux contre une telle politique. » (17)

DORIOT pose également la question des effectifs:

« La France officielle comme le peuple de France vont-ils continuer à bouder et refuser d’entendre l’appel de la raison et du sang ? »

« Le Petit Parisien » (7), édition de Paris du 2 février 1942, rapporte le discours de Jacques DORIOT, au Vél’ d’Hiv’ le 18 juillet 1941. DORIOT dit, en parlant des volontaires de la Légion, qu’ils ne sont qu’ « une poignée d’héroïques Français… » Ce jour-là, DORIOT est venu expliquer aux français pourquoi ils doivent s’engager dans cette lutte contre le bolchevisme.

En réalité, la L.V.F a été marginalisée avant même sa création. En effet, il semble très probable que le gouvernement du Reich a, depuis le début des tractations, fixé secrètement un numerus clausus à l’effectif de la légion : celle-ci, ne doit pas, par mesure de sécurité pour le Reich, dépasser 10.000 ou 15.000 volontaires selon les sources.

Pour Philippe MASSON « Hitler n’éprouve que méfiance à l’égard de ces volontaires européens, français notamment. » Il pense que Vichy veut rétablir une armée à l’ombre de la L.V.F (17a). Au moment de la création de la L.V.F, les Allemands ne souhaitent qu’une présence symbolique de ces volontaires français. Une présence trop importante de ces Français en armes sur le front est perçue comme un danger potentiel, cette troupe pouvant à tout moment se retourner contre l’armée allemande, selon certaines personnalités du Reich.


b) Origine sociale des candidats volontaires.


Pour Jean BASSOMPIERRE, officier de la L.V.F et de la CHARLEMAGNE : « Il y avait un peu de tout. » (17b)

L’ « Illustration » (18) de juillet 1942 annonce que 90% des volontaires de la L.V.F sont des « manuels ». Qu’en est-il ? Est-il possible de se faire une idée réaliste de l’origine sociale des « gars » de la L.V.F ?

Bien que divers, les candidats à la L.V.F ne sont pas forcément la reconstitution, à une échelle réduite, des différentes catégories sociales ; malgré tout, on peut dire de cette formation qu’elle est un reflet de la société française de l’époque. Par conséquent, la L.V.F récupère dans une proportion sensible ce que Jean-Paul SARTRE nomme « le déchet social« , car pour ce dernier :

« Le déchet social pratiquement négligeable en temps de paix, devient très important dans le cas d’une défaite suivie d’occupation. » (19)

La L.V.F rassemble en son sein des hommes d’origine sociale diverse. Il y a des chômeurs, des ouvriers, des étudiants… Ancien de la L.V.F, Jean CASTRILLO quittait le lycée :

« Je faisais mes études, je voulais être professeur d’histoire et, j’ai abandonné mes études après mon bac philo pour partir en Russie. »

La catégorie socioprofessionnelle ouvrière est probablement une des mieux représentées à la L.V.F.

Selon Jean DEFRASNE :

« La collaboration armée a une base plus populaire, même si sa direction est bourgeoise. A la L.V.F on trouve des employés, des ouvriers, des salariés agricoles, des immigrés, mais aussi des notaires, des avocats, le journaliste Marc AUGIER, le fils du Général BRIDOUX, l’officier BASSOMPIERRE. » (19a)

Dans « Je Suis Partout » (9) du 30 mai 1945, Jean MAUBOURGET, secrétaire de rédaction, qui ira à la Milice, déclare que « les hommes vraiment forts sont des hommes simples. »

Dans « Le Matin » (20) du 27 mars 1944, nous pouvons lire que « les mains calleuses n’ont jamais déshonoré l’homme… Elles l’élèvent. »

Quant à SAINT-LOUP, il reconnaît dans « Les Partisans » que « chaque croisade avait sa part d’aventuriers et de vagabonds » mais, « une légion n’est pas composée que de clochards ou d’aventuriers de basse classe » (21).

Mais, pour SAINT-LOUP:

« Il ne faut pas oublier qu’à la tête des civilisations nouvelles, ce sont des aventuriers qui marchent au premier rang » et que, de toutes façons, « on ne fera pas rapprochement franco-allemand avec des petits saints, des bourgeois et des enfants de Marie. » Car, « le rapprochement franco-allemand, qui est le devoir de notre vie, ne se fera pas dans les salons, entre littérateurs et douairières. »

Dans le numéro du 17 avril 1944 d’ « Aujourd’hui » (22), Mgr Mayol de LUPE en disant également des légionnaires qu’ils « ne sont pas tous de petits saints« , ajoute que pour la mission qui a été confié à ces hommes, cela est préférable.

Il y a des gens qui viennent simplement se battre pour la France. Ils ne cherchent pas à savoir si la Légion est une initiative politicienne, privée ou gouvernementale, de Pétain lui-même ou de quelque autre. Pour ces personnes, la France a besoin d’eux ils sont prêts à donner leur vie pour la patrie.

Lucien REBATET dit d’un des volontaires de la L.V.F qu’il a rencontré et auquel il offrit une chope, que, « c’était un grand bougre rigolard de Parisien très peuple, et un peu truand. » (23) Ce portrait n’est-il pas quelque peu condescendant ?

Parmi les candidats à la L.V.F, il y a des individus louches ayant eu certainement des démêlés avec la justice et qui, cherchent un refuge contre les poursuites pénales. Ces hommes ne sont pas toujours acceptés. Quand ils le sont, le recrutement contribue souvent à les transformer.

Robert LOUIS, qui avait passé son C.A.P de menuisier ébéniste, avait décidé de s’engager à la L.V.F. Etant mineur, son père lui signa une autorisation. Robert LOUIS appartenait aux Jeunesses de France et d’Outre-Mer qui représentaient la nation lors de manifestations organisées par le gouvernement de Vichy. Il nous donne son témoignage:

« Il fallait un casier judiciaire vierge. Les candidats qui avaient commis de gros délits n’étaient pas admis à la L.V.F. »

Dans les premiers jours, il faut reconnaître que des « gars » sont certainement candidats à la L.V.F parce qu’ils n’ont pas grand chose à perdre en venant profiter de ces deux ou trois jours durant lesquels des repas sont offerts à la caserne Borgnis-Desbordes à Versailles, en attendant la sélection. Ce sont les candidats de « l’intérêt gamelle« …

L’ancien sergent-chef de la L.V.F qu’est Jean CASTRILLO témoigne sur cet aspect :

« Il y avait des  » gamellards « , des droit commun, mais par la suite c’était gommé. Ils n’étaient pas tous comme ça. Il y avait les combattants de l’armée régulière et de la Légion étrangère. »

Pour Ludovic M… :

« Beaucoup de gars de la Légion étrangère sont venus à la L.V.F pour terminer leurs temps de retraite. On les entendait du matin au soir chanter  » Tiens voilà du boudin « . Il y avait toute la société représentée. »

Gaston L’A…, qui avait 20 ans en avril 1941, voulait s’engager à la L.V.F. Il ne l’a pas fait pour justement cette raison qu’ « à Versailles, il y avait de tout« . « Cela ne m’a pas plu car j’étais un idéaliste« , me dit-il. Gaston L’A… préféra s’engager en octobre 1941 dans la Brandebourg, car, à part la L.V.F, c’était le seul endroit où des Français pouvaient s’engager à cette date.

A la L.V.F, il y avait aussi des hommes sans sou ni maille, des « chômeurs attirés par les primes d’engagement. » (24) Mais l’intérêt financier représentait-il vraiment un attrait réel sur les candidats?


c) Intérêt financier ?


SARTRE:

« Certes on peut décider à priori que les trahisons sont toujours motivées par l’intérêt et l’ambition. » Mais, « il y a eu aussi des collaborateurs désintéressés, qui ont souhaité en silence la victoire de l’Allemagne sans tirer profit de leurs sympathies. » (25)


Pour le grand public qui, connaît très mal les différents aspects de cette collaboration militaire, le mobile financier est celui qui l’emporte dans les raisons qui ont incité les volontaires à s’engager.

Quelles sont les informations qui peuvent nous permettre de mieux évaluer le poids de cet élément et de dire si la L.V.F a présenté un attrait financier pour ses candidats ?

Pour Jean-Pierre AZEMA, dans la collaboration militaire des Français volontaires pour le front de l’Est, il faut voir une « collaboration mercenaire » (26). Cependant, J-P AZEMA admet que « cette terminologie est là encore ambiguë« . En effet, le mot « mercenaire » a plusieurs sens. Le mercenaire est un homme qui perçoit sa solde d’un gouvernement étranger, ce qui est bien le cas ici. Mais, la définition du mot « mercenaire » indique que ce soldat n’est inspiré que par la seule considération du gain. Le mercenaire peut cependant avoir un travail très pénible avec un salaire de misère…

Il est peut-être vrai que les légionnaires sont mieux payés que les soldats français. Mais, comme nous le dit SAINT-LOUP dans « Les Partisans« , en parlant des légionnaires : « nous ne sommes pas [...] des mercenaires de l’Allemagne. » (27)

Mais « après quelques mois passés sous l’uniforme, la plupart se  » dénationalisaient «  » (28), et la L.V.F était de moins en moins française, selon Jean-Pierre AZEMA. Un certain nombre de légionnaires se comportent alors effectivement comme des mercenaires et en ont l’état d’esprit à défaut d’en avoir certainement le salaire.

Pour le simple volontaire, la légion est loin d’être le meilleur moyen de s’enrichir. Et d’ailleurs, survivra-t-il assez pour profiter de cet argent ? Bien sûr, ces hommes ne savent pas encore exactement ce qui les attend sur le front, quelles seront les conditions dans lesquelles ils se battront, mais ils sont tout de même conscients du fait qu’ils vont assurément au casse-pipes.

Les pourcentages très forts avancés parfois, tels que 85% de volontaires engagés dans ce seul but financier, ne me semblent fondés sur aucune donnée concrète et fiable. Je me permets de faire cette remarque en m’appuyant sur les témoignages de l’ensemble des acteurs témoins que j’ai rencontrés. Les « anciens » reconnaissent que certains de leurs camarades de combat ont peut-être eu ce type de motivation, mais que leur nombre reste, en tout état de cause, insignifiant.

Dans « Les Volontaires« , SAINT-LOUP indique que les légionnaires touchent la solde qui correspond à « vingt francs par jour » (29). Ce point est confirmé par Pierre RUSCO dans « Stoï ! (40 mois de combat sur le front russe) ». Toujours selon SAINT-LOUP, les légionnaires reçoivent par la suite, « mille deux cents francs par mois que la Wehrmacht verse au Crédit Lyonnais de Versailles à titre d’allocation familiale. » Pour ceux qui iront sur le front de Russie, la prime de combat sera de 20 francs par jour.

SAINT-LOUP donne des précisions sur ce sujet dans « J’ai vu l’Allemagne » :

Un « exemple de la manière dont l’Allemagne conçoit le socialisme pour les combattants d’Europe. Si vous vous engagez dans la Légion française contre le bolchevisme, vous toucherez comme célibataire, 2400 F par mois, comme adjudant-chef 6000 F, comme lieutenant marié sans enfant 8620 F par mois. » (30)

Pour ce cofondateur et co-secrétaire du mouvement des « Auberges de la jeunesse« , qui se dit pacifiste socialisant en rupture avec le Front populaire, et ami de Léo LAGRANGE, l’écart des salaires du soldat allemand et du soldat français de la dernière guerre n’ont rien de comparable. En France, il y a vraiment à cette époque une « monstrueuse inégalité sociale » entre « le prolétariat de la bataille et son aristocratie. » A ceux qui ne cessent de répéter que « la Légion est une armée mercenaire de l’Europe et qu’il est conforme à la tradition militaire de payer grassement les mercenaires« , SAINT-LOUP répond simplement que « les salaires de la légion sont ceux de l’armée allemande. »

Selon lui, les soldes des engagés volontaires français ne correspondent pas à des primes surélevées versées à des mercenaires. L’armée allemande était seulement mieux payée, semble-t-il, que l’armée française.

Jean CASTRILLO nous donne son point de vue sur la question: « Je ne crois pas à l’engagement mercenaire, car 1,25 Reichsmark par jour, c’est peu. »

Il faut, tout de même dire que les annonces et encadrés des journaux mettent bien l’accent sur « de très belles conditions, très avantageuses » d’engagement. Les articles insistent sur les « très belles conditions matérielles pour les engagés et leurs familles. »

Pour « Le Matin » (20) du 25 août 1943, le mot d’ordre du service de la Légion peut être : « Le légionnaire se bat, la légion veille« . L’article précise que la légion prendra soin de la femme et de la famille du légionnaire. Ils « sont à l’abri du besoin. »

Au début, des candidats ont été certainement attirés par les primes d’engagement et par la paye. Par la suite, seuls les volontaires vraiment motivés arrivent à tenir le choc de la sélection physique sur le terrain, lors de la formation militaire. Les profiteurs sont renvoyés en France, les plus remuants et les volontaires qui ne respectent pas le contrat, peuvent être, selon les cas, dirigés vers le camp de concentration de Dantzig-Mantzkau réservé aux membres indélicats de la SS.


B. UN MONDE POLITIQUE.


1: Les hommes publics.


a. Qui sont-ils ?


« Parmi ceux qui décidèrent de porter l’uniforme allemand se trouvèrent des rares hommes politiques qui avaient chois de faire passer dans des actes leur engagement  » européen « . » (Jean-Pierre AZEMA) (31)

Les chefs politiques, les écrivains et les journalistes proprement dits, à une ou deux exceptions près, préfèrent demeurer loin des combats du front de l’Est. citons l’exemple de Lucien REBATET qui nous dit, dans le supplément au bulletin d’Inter-France du 27 juin 1941, après l’opération « BARBAROSSA » :

« Je n’ai plus q’une pensée : je veux aller sur le front de Russie… Notre guerre, à nous, nationalistes, nous comprenons plus que jamais que ce sont les armées allemandes qui le font. Je veux y participer… »

Donc, bien avant la création de la L.V.F, Lucien REBATET prend position. Cependant, il restera à Paris et deviendra un « combattant du porte-plume« , car il ne veut pas demander un fusil. « Ce ne serait qu’un geste puéril » selon lui. (32)

A la suite du succès de son livre « Les Décombres« , Lucien REBATET écrit dans ses « Mémoires d’un fasciste » (1941-1947) : « J’avais fait mon travail de combattant » (33).

En fait, Lucien REBATET a déposé une demande pour être autorisé à suivre la campagne de Russie en tant que correspondant de guerre, mais aucune suite n’a été donnée à sa demande.

Citons maintenant de Robert PIERRET, directeur de l’hebdomadaire « Au Pilori« , du 29 novembre 1940 à septembre 1941, date à laquelle PIERRET s’engage dans la L.V.F où il est directeur politique. Le 10 juillet 1941, Robert PIERRET écrit : « il n’y avait pas de collaboration réelle sans fraternité d’armes franco-allemande. »

Il y a deux sortes d’hommes publics dans la collaboration : ceux qui restent en France et ceux qui ont « été sincères jusqu’aux frontières de la vie et de la mort » (34) et ont adopté un comportement conforme à leurs idées. Mais, ces deux sortes d’hommes sont complémentaires. Ils font partie d’une machine colossale, la collaboration.

Pour Pierre MILZA, dans « Fascisme Français (passé et présent) », « dans le petit monde des leaders politiques de la collaboration, l’enthousiasme guerrier n’a pas été plus grand. » (35)

Ce que dit Pierre MILZA est vrai, mais il est utile d’apporter quelques précisions afin d’avoir une meilleure vue d’ensemble de ces « leaders politiques de la collaboration. »

En juillet 1941, ces chefs de mouvements politiques ne sont plus très jeunes. Il faut donc tenir compte de leur âge et de leur état de santé. BUCARD, COSTANTINI, DEAT, DELONCLE, et DORIOT, avaient tous fait la guerre de 14/18 et en étaient revenus décorés. Ces hommes avaient donné des preuves de leur valeur militaire.

COSTANTINI était âgé de cinquante-deux ans, DEAT avait quarante-sept ans, et DELONCLE venait d’avoir cinquante et un ans en juin. BOISSEL, du Front franc, était invalide à cent pour cent (borgne) et BUCARD n’était plus associé au projet de la L.V.F. Il déconseillait même à certains de ses militants de s’engager dans une collaboration militaire.

Jean FONTENOY, Jean GOY et Jean VAN ORMELINGEN (dit VANOR) iront en Russie.

Des chefs de Partis, ce sont les deux plus jeunes qui se sont engagés. CLEMENTI avait trente et un ans, et DORIOT était âgé de quarante-trois ans. Examinons son cas de plus près.


b) Rôle et engagement de DORIOT.


Il déclare le 26 juillet 1941:

« Il est bien entendu que je suis le premier des volontaires ». Pour « le premier parti de France » (au double sens du terme), « cette guerre devient aujourd’hui une guerre contre cette civilisation avilissante qu’est le bolchevisme. »

Bolchevisme avec lequel DORIOT déclare avoir cessé toute relation : « J’ai rompu avec le bolchevisme. »

Ce « communiste repenti, orateur prestigieux et, suffisamment courageux pour avoir fait acte de présence sur le front » est parti le 04 septembre 1941 pour l’Allemagne avec le premier contingent de Français. Tels sont les termes employés, pour parler de DORIOT, par Henri SIMON engagé en juillet 1943 dans la Waffen-SS.

J’accorde une place importante au témoignage de Pierre RUSCO qui nous donne des informations sur DORIOT :

« J’étais à la L.V.F avec DORIOT. Il était au bureau I.C (bureau de renseignements). Il interrogeait les prisonniers russes et nous donnait les renseignements. DORIOT parlait parfaitement le Russe. Mais jamais, jamais DORIOT ne parlait de politique à la L.V.F. il n’y avait que des soldats et pas de politique dans l’armée. S’il faisait de la politique, c’était en France. C’est une chose importante et je peux vous l’assurer. Jamais il n’y a eu de politique à la L.V.F. aucun des partis politiques qui a formé cette unité n’a fait de politique à l’intérieur. C’est une question de principe. Le P.P.F de DORIOT a eu peut-être de l’influence sur ses adhérents, mais jamais sur l’ensemble de la L.V.F qui était indépendante. »


DORIOT est présent sur le front de l’Est au sein de la L.V.F d’août 1941 à août 1943 pendant des périodes plus ou moins longues. Il fait des allers et retours entre le front de Russie et la France, pour s’occuper du fonctionnement de son parti et des réunions.

Après son engagement, DORIOT reconnaît que s’il devait refaire ce qu’il a fait en septembre, c’est à dire s’engager, il « le referait encore avec plus d’ardeur. »

Son exemple va susciter des vocations et des engagements.

Le Général allemand OSCHMANN, commandant la division d’infanterie, reconnaît, au moment de remettre à Jacques DORIOT sa croix de fer le 01er septembre 1943, que l’engagement de ce dernier a servi d’exemple et a suscité l’émulation.

On peut lire dans « Le Matin » (20) du 20 décembre 1943, les propos de OSCHMANN à DORIOT: « La plupart des combattants de la légion se sont recrutés dans les rangs de vos partisans. »

Beaucoup de membres du P.P.F vont s’engager dans la L.V.F à l’instar de leur chef.


2) Des légionnaires politisés.


Certains légionnaires ont d’abord appartenu aux mouvements politiques collaborationnistes qui ont pris l’initiative de la L.V.F.

Jean CASTRILLO, engagé en 1942 à la L.V.F, venait du P.P.F. Il témoigne :

« Les non-motivés idéologiquement à la L.V.F, c’était un sur quatre. Il y avait certaines unités qui étaient très politisées. »

Ludovic M… était à l’U.P.J.F, la Jeunesse du P.P.F: « Je me suis engagé à la L.V.F avec de nombreux camarades du P.P.F. »

Antoni N… était étudiant et militant à l’Action française, puis à la fin de la guerre, au P.P.F. il nous donne son avis : « Il faut le dire, surtout au début, la L.V.F était à prédominance P.P.F alors, comme presque tout le monde l’était, on n’en parlait plus. »

Henri SIMON, ancien cadre du Parti Franciste, s’est engagé directement dans la Waffen-SS en juillet 1943 malgré l’opposition de Marcel BUCARD. Il nous donne son point de vue sur la L.V.F qu’il connaît bien et où il a des amis.

« J’aurais pu même passer par la L.V.F, car le désir de prendre part à la croisade à l’Est était grand, mais on connaît le contexte politique de l’Occupation qui était distribué en quelques partis franchement antagonistes. La L.V.F était sous la coupe du P.P.F, le parti de Jacques DORIOT. »

Jean CASTRILLO nous raconte :

« Mon père est entré au P.P.F en 1937 et je suis entré aux Jeunesses populaires françaises en 1938. Dès l’âge de quinze, seize ans, j’ai milité au P.P.F. DORIOT considérait que la L.V.F était un peu son bien, donc il fallait que des gens du parti s’engagent. C’est par motivation politique et aussi parce que je suivais les consignes que mon parti me donnait. Je suis un engagé politique à fond. »

En arrivant à la L.V.F, Jean CASTRILLO est :

« … tombé dans une des compagnie les plus politisées du bataillon. J’étais toujours politiquement relié à Paris. Il y avait toujours une correspondance assez étroite entre nous et le parti. D’ailleurs, à la Waffen-SS, je serai propagandiste de la compagnie pour le parti avec l’autorisation du Général KRUKENBERG. »

Yves PE… m’indique que pendant les trois semaines qu’il a passées au camp d’instruction de Deba, les journées étaient « assez remplies pour ne pas être troublées par les rivalités politiques qui resurgiront plus tard. »

En prenant place à la L.V.F, DORIOT semble vouloir faire de cette unité constituée un moyen d’action au service de sa politique.

Comme l’indiquent Henri SIMON et Jean CASTRILLO dans leurs témoignages, la légion antibolchevique devient une annexe du P.P.F.

Dans une moins large mesure, elle l’est aussi du M.S.R.

Au sein de la L.V.F s’opposent sur une base idéologique les mouvements politiques qui y ont des militants. Le parti de DORIOT semble en effet être celui dont l’influence est la plus grande à la L.V.F. Une formation qui est selon Jacques DELARUE:

« …un véritable microcosme de la collaboration totale et, pour cela constitue un exemple étonnant, un véritable sujet d’étude où l’intérêt psychologique [...] le dispute au témoignage historique. » (36)

Deux jours à peine après sa création, Marcel BUCARD affirme que cette formation ne correspond qu’à une « manoeuvre de politique intérieure« , et se retire du projet. (37)

Pour toutes ces raisons évoquées, Pierre ROSTAING (Hauptscharführer SS : Adjudant-chef), « Tout cela sentait la politique« , et ne le tente vraiment pas lui qui « n’en avait jamais fait, se refusait et se refusera toujours à en faire« . Il méprise même les hommes qui en font. Cependant, pris dans l’engrenage, il sera pourtant mêlé de près par la suite à ces événements.

C’est pour lutter contre ce petit univers politique qu’est devenue la L.V.F, qu’en avril 1942, selon Pascal ORY (37a), les Allemands font signe aux volontaires un écrit selon lequel ils doivent cesser toute activité politique au sein de ce régiment bien particulier de la Wehrmacht.

Selon ORY, des hommes préfèrent démissionner plutôt que de signer. Il y en aurait eu environ 1500. Pour ma part, il m’est difficile de donner un chiffre précis sur ce point.

Nous avons le témoignage de Pierre RUSCO qui dément avoir signé un tel écrit :

« Non, il n’y a jamais eu ce papier. Moi je n’en ai jamais signé. Je ne sais pas si certains l’ont signé. Il n’y a jamais eu de politique de faite à la L.V.F. »


3) Message du Maréchal PETAIN.


Les journaux ayant reproduit la poignée de main entre le Maréchal PETAIN et le chancelier Adolf HITLER, Montoire a des répercussions considérables, malgré un accord vague dans ses principes. PETAIN a tout de même déjà déclaré en ce jeudi 24 octobre 1940 : « J’entre dans la voie de la collaboration. » (Le Petit Parisien, du samedi 26 octobre 1940, n°23.242). (07)

Citons également « L’œuvre » (10) numéro 9139 du samedi 26 octobre 1940 et « L’illustration » (18) numéro 5096 du 09 novembre 1940. Ce dernier présente en couverture la photographie des deux hommes. C’est « l’entrevue historique du 24 octobre. »

Par la suite, sous la pression de DEAT, le gouvernement de Vichy n’a pas mis de veto à la création de la L.V.F.

Cette prise de position ou plutôt de non-position, bien nette du gouvernement est devenue une approbation presque sans limite dans les écrits de DEAT.

Le 06 novembre 1941, le Maréchal PETAIN intervient, par un message qui vient renforcer l’action des responsables de la L.V.F. message écrit certainement par le délégué général du gouvernement français de Vichy dans les territoires occupés, appelé plus simplement : « ambassadeur de France à Paris ».

Ce message, écrit donc par Fernand de BRINON et signé par le Maréchal PETAIN, est le suivant :


« Le message de fidélité que vous m’adressez en votre nom (colonel LABONNE, chef militaire de la L.V.F) et au nom de vos hommes avant de monter en ligne a aussi profondément touché en moi le soldat que le chef d’Etat.

A la veille de vos prochains combats, je suis heureux de savoir que vous n’oubliez pas que vous détenez une part de notre honneur militaire. Il n’est peut-être pas de tâche plus utile à l’heure présente que de rendre à notre pays confiance dans sa propre vertu. Mais vous servirez aussi la France d’une manière plus directe encore.

En participant à cette croisade dont l’Allemagne a pris la tête, acquérant aussi de justes à la reconnaissance du monde, vous contribuez à écarter de nous le péril bolchevik : c’est votre pays que vous protégez ainsi, en sauvant également l’espoir d’une Europe réconciliée.

Pour ces raisons, l’amiral DARLAN, ministre de la Défense nationale et moi-même vous souhaitons bonne chance dans l’accomplissement du noble devoir que vous avez choisi.

Pour ma part, je vous suivrai dans vos épreuves de toute ma sollicitude jusqu’au jour glorieux du retour dans votre patrie. » (38)


Le 02 février 1942, « Le Petit Parisien » (07), dans son édition de Paris de 05 heures, rend « un magnifique hommage (du peuple de Paris) aux combattants Français de la légion antibolcheviste » et surtout, reprend les termes utilisés par le Maréchal PETAIN : (« Vous détenez une part de notre honneur militaire« ), termes qui sont inscrits en grosses lettres capitales sur un panneau recouvert d’un drap blanc, derrière la tribune où se trouve Jacques DORIOT lors de son discours face à 30.000 Parisiens au Vél’ d’Hiv’.

On ne peut donc ignorer le poids que le message du Maréchal PETAIN a eu sur le milieu de la collaboration et sur les légionnaires.

Sur les propos signés par le Maréchal, DORIOT renchérit en disant :

« Le bolchevisme est un ennemi qui ne pardonne pas. Si par malheur, nous le manquions, il ne manquerait pas l’Europe. (La France) n’a plus le droit d’assister en spectateur impassible à ce conflit monstrueux, grandioses, mais monstrueux, car c’est le sort de l’Europe qui se joue. »

Reprenant les propos de Fernand de BRINON, voici l’explication que le Maréchal PETAIN donne au Général LAURE sur le fait qu’il a signé la lettre écrite par ce même de BRINON, et adressée au colonel LABONNE de la L.V.F :

De ces Français volontaires pour la L.V.F, beaucoup étaient, « …de braves gens, de bons Français qui n’avaient aucun goût pour l’Allemagne, mais qui se battaient contre les Soviets par conviction. »

- Influence sur les hommes.

* Pierre RUSCO

Après le message du Maréchal PETAIN qui l’a profondément marqué, Pierre RUSCO s’est donné six mois pour réfléchir et aussi pour convaincre ses parents de lui signer la dispense pour l’engagement, car il était mineur.

Le 02 janvier 1942, Pierre RUSCO s’engage sous le numéro 5031. Il part en modifiant ses papiers. Il nous explique pourquoi il a dû en arriver là.

« Une falsification à laquelle j’ai été forcé de me résoudre, puisque mes parents ont refusé de signer la dispense. »

RUSCO qui est donc prêt à se battre les armes à la main, ne voit pas l’intérêt de s’engager politiquement. A la lecture du message du Maréchal PETAIN, les hommes qui hésitent encore sont en droit de penser sincèrement qu’ils ont répondent désormais à l’appel légal et légitime du gouvernement. Leur action est reconnue, appuyée par PETAIN, le chef légal de l’Etat français.


* Pierre ROSTAING

Pour Pierre ROSTAING, ce message correspond à une « bénédiction du Maréchal » au moment du départ de la L.V.F. Par ces mots, « le Maréchal PETAIN, de qui personne ne pouvait mettre en doute le patriotisme, n’avait-il pas donné sa caution à la L.V.F ? »

Pour ROSTAING, le mot « légal » est important car le Maréchal est le « chef élu et légal de l’Etat français. » Il nous dit : « Je suis un Français, je suis anticommuniste, je suis un soldat. »

Après son expérience décevante à la Légion Tricolore (39), surmontant sa méfiance de la « chose politique » il entre à la L.V.F en janvier 1942. En s’engageant, Pierre ROSTAING, qui est un soldat de métier, épris d’aventure, pense répondre, comme d’autres légionnaires engagés après le message de PETAIN de novembre 1941, à son appel pour sauver la France. ROSTAING a « toujours servi le gouvernement légal de la France en obéissant aux ordres » de ses supérieurs.

En arrivant à la L.V.F, il se rend compte qu’ « …ils ont peu de soldats de métier » et, « le gros de la troupe est constitué par des politiques. »

Malgré ses hésitations « à sauter le pas« , il sait que c’est là que se trouve la solution la « moins mauvaise » pour lui.

Cet engagement est aussi un moyen de se prouver qu’il est un bon soldat car il dit lui-même :

« Nous avons perdu la guerre, mais rien ne prouve que nous sommes plus mauvais soldats [...] (que) ces  » Chleus  » malgré notre sale caboche. »

Ces volontaires, surtout s’ils sont des anciens militaires de carrières comme Pierre ROSTAING, comment réagissent-ils face à cet élément nouveau qui s’est présenté à eux, quand ils apprennent qu’ils se battront sous l’uniforme feldgrau ?

  1. LES FRANÇAIS EN FELDGRAU.


1: Pourquoi l’uniforme vert-de-gris ?


Les journaux annoncent que :

« Les volontaires (français) revêtus de l’uniforme français se battront avec des armes françaises sous les couleurs de la France. »

Contrairement à ce que les directives indiquent dans les premiers jours, les volontaires ne portent pas l’uniforme français.

Cette nouvelle donne n’est pas transmise aux volontaires qui sont informés, en ce qui concerne les premiers engagés, seulement à l’arrivée du train au camp d’instruction près de Radom et à  » Süd  » à Deba en Pologne.

Ils portent donc l’uniforme allemand feldgrau (vert-de-gris) avec un petit écusson tricolore marqué « FRANCE  » sur le bras droit pour les distinguer des autres unités engagées en Russie. En France, ils portent l’uniforme dit « kaki« .

Le gouvernement de Vichy n’a pas attendu la constitution de la L.V.F, pour cesser toutes relations diplomatiques avec l’U.R.S.S. Le gouvernement a rappelé son ambassadeur à Moscou, Monsieur BERGERY.

Toutefois, la France n’est pas en guerre contre l’U.R.S.S. C’est pour cette raison que les volontaires français ne peuvent pas officiellement se battre contre ce pays, revêtus de l’uniforme français.

En effet, la Convention de la Haye oblige les volontaires d’un pays non belligérant à porter l’uniforme de l’armée dans laquelle ils combattent, faute de quoi ils sont considérés comme des francs-tireurs.

Nous avons le témoignage de Yves PE… qui n’a « jamais adhéré à aucun parti » avant de s’engager le 02 octobre 1941 à la L.V.F. Il nous dit :

« L’uniforme allemand n’était pas du goût de tous les volontaires et beaucoup ont hésité à l’endosser. Mais cette obligation résultait des règles du droit international : la France n’étant pas en guerre contre la Russie, nous ne pouvions avoir un uniforme français sous peine d’être considérés comme des partisans par les Russes. »

Beaucoup de ces volontaires vont revêtir mais sans joie ni honte spéciale l’uniforme feldgrau.

Pour certains, l’uniforme n’a pas d’importance puisque de toute manière, ils ne peuvent pas porter celui de leur pays. Le combat compte davantage à leurs yeux.

Comme le dit un cardinal à « Monsignore » Mayol de LUPE (ou LUPPE) qui est l’aumônier de la L.V.F (engagé le 01er octobre 1941 à l’âge de 67 ans), l’uniforme n’est qu’ « une contingence« , qu’un moyen d’atteindre le but que chacun s’est fixé en venant dans ce régiment n°638 de la Wehrmacht. De plus, cet uniforme est déjà, aux yeux de certains légionnaires, beaucoup plus celui d’une armée multinationale que celui de l’armée allemande seule. C’est l’uniforme d’une coalition antibolchevique. A ce moment, les volontaires qui refusent de mettre cet uniforme sont démobilisés.

Pour SAINT-LOUP, « en donnant les uniformes de son armée victorieuse à des Français, le Führer du Reich cesse automatiquement de considérer ces hommes comme des ennemis vaincus, qu’il les incorpore moralement dans la communauté dont il est responsable, et qu’il les associe avec ses propres hommes dans une commune chance, une commune gloire et de communs avantages. » (40)

Il est cependant difficile de croire que « le Führer du Reich » ait eu, au début en tous les cas, envers les légionnaires du régiment 638 de la 7ème division d’infanterie de la Wehrmacht, les pensées qu’énonce SAINT-LOUP. Le fait que le Reich ait secrètement fixé un numerus clausus pour les volontaires va à l’encontre des efforts réels de Otto ABETZ pour mener à bien le projet de la L.V.F.


2 : Les réactions des volontaires.


Jean CASTRILLO raconte la situation qui fut la sienne au moment de mettre l’uniforme allemand.

Endosser l’uniforme « m’a posé un problème parce que jusqu’en 1940, le P.P.F n’était pas particulièrement germanophile. Mon engagement sous l’uniforme allemand m’a coûté, mais, au fur et à mesure que le temps et les années passaient, je suis devenu national-socialiste. Après Stalingrad, plus la situation était mauvaise, plus je considérais que je faisais corps avec l’ensemble de l’Allemagne. J’ai longtemps hésité. On s’engageait alors au n°19 de la rue de Saint-Georges à Paris, et je suis arrivé à huit heures du matin et j’ai signé mon engagement à huit heures du soir. J’ai pesé le pour et le contre. »

En parlant de « l’uniforme allemand qu’on va être obligé de revêtir« , Pierre ROSTAING qui vient de sortir de cette guerre contre l’Allemagne nous dit:

« Je ne ressentais aucun enthousiasme particulier à revêtir l’uniforme de l’ennemi d’hier et me battre à ses côtés. »

Beaucoup s’engagent à fond et en toute connaissance de cause. Quelques-uns versent une larme d’émotion, mais se disent qu’ils ne sont pas les seuls à revêtir pour la première fois l’uniforme feldgrau. Pour eux, c’est un moment très dur.

En ce qui concerne les militaires, les officiers d’active sont certainement les plus convaincus depuis le Front populaire que la France est réellement dans une situation grave. Pour ces hommes une seule possibilité semble valable, c’est le recours aux armes, mais quel camp choisir ?

Avec le retour à la vie civile, ces soldats se rendent compte que leur esprit d’aventure ne peut se satisfaire d’une vie médiocre sans aucun panache, car :

« La guerre habitait encore en eux. C’est elle qui les avait formés ; elle avait fait jaillir leurs plus secrets penchants comme une étincelle, elle avait donné un sens à leur vie et sanctifié leur enjeu. «  (Ernst VON SALOMON)

La L.V.F leur donne une occasion de « rempiler » pour « remettre ça« , cette fois ci, contre les communistes.

Malgré l’uniforme feldgrau, la L.V.F semble conserver à leurs yeux, les traditions et l’esprit de l’armée française. SAINT-LOUP dit que l’on y cultive « un patriotisme jaloux« .

Selon ces soldats, la formule politico-militaire de la L.V.F respecte le principe de la souveraineté française dont l’aventure est retracée par « Le Combattant Européen » (organe bi-mensuel des légionnaires français à l’Est, dont le premier numéro date de juin 1944 et dont la direction est assurée à Paris par Marc AUGIER).

Ces soldats français volontaires pour la L.V.F se sont battus contre les Allemands jusqu’en juin 1940. Par la suite, ces hommes ont été désorientés par la défaite, qui les a marqués profondément ; certains se sentent proches de leurs ennemis de la veille, qu’ils ont appris à connaître car ils ont enduré les mêmes drames humains au front. Les combats ont parfois créé des liens de respect, d’estime réciproque, et de fraternité d’armes que seul un soldat peut comprendre.

Ce qui gêne quand même profondément quelques militaires de l’armée d’armistice et qui entraîne leur hostilité, c’est le fait d’endosser un uniforme qui n’est pas celui de la France. Cela est considéré comme « contraire à l’honneur militaire« .

Pour Antoni N…, il n’y a aucune difficulté à mettre l’uniforme feldgrau:

« Comme on était engagé dans un but très déterminé qui était le front russe, il était normal que l’on porte l’uniforme de l’armée qui y combattait à l’époque. »

Quant à Pierre RUSCO qui s’est engagé « par conviction » et « pour en finir avec tous les politiciens qui nous ont conduits au désastre de 1940« , il n’a pas le « moindre problème de conscience » à porter l’uniforme allemand.

RUSCO a l’intention de se battre pour « des motifs suffisamment importants pour qu’une question d’uniforme » ne le fasse revenir sur sa décision. Puisque des Français, réfugiés en Angleterre, portent l’uniforme des responsables de Mers El-Kébir, pourquoi ne porterait-il pas l’uniforme feldgrau de la L.V.F ? En s’engageant, il sait qu’il portera la tenue vert-de-gris contrairement aux premiers engagés de juillet 1941. Pour lui, ce n’est pas une surprise.

Si les premiers Français de la L.V.F ne s’attendent pas à endosser l’uniforme feldgrau, il en est autrement pour les volontaires de la brigade d’assaut SS Frankreich.

L’uniforme aux deux « S » runiques d’argent devient pour eux le symbole même d’une toute nouvelle organisation européenne à caractère supranational.

Avant de retrouver ces Français de la Waffen-SS, prenons connaissance de la réflexion de Robert DUN qui n’a eu aucun problème éthique à porter l’uniforme de la Waffen-SS car comme il nous le dit :

« Ayant vu défiler ou promener dans les rues des soldats allemands, j’ai toujours ressenti ces hommes comme des gens de ma sorte. J’ai eu une affinité intuitive très profonde avec le peuple germanique. »

Nous allons donc voir maintenant comment des Français sont devenus de « Hérétiques« …(41)


…/… voir II




























II) FRANÇAIS DE LA WAFFEN-SS :

12032008

 

II) FRANÇAIS DE LA WAFFEN-SS :


A. UNE CERTAINE VISION DE L’ALLEMAGNE HITLERIENNE.


* Déjà avant la guerre.


Ces Français, futurs engagés, qui ont eu l’occasion de se rendre en Allemagne, avant septembre 1939, ont gardé un merveilleux souvenir de leur voyage. Ceux qui ont assisté au Congrès de Nuremberg en reviennent impressionnés.

Les Français qui visitent l’Allemagne nationale-socialiste sont souvent surpris par l’atmosphère qui règne au sein de la population. Leur attention est retenue par le fait que rien ne semble être laissé au hasard lors des rassemblements.

a) 1936 : Les Jeux Olympiques.


André BAYLE a dix ans en 1936 lorsqu’il se rend à Berlin, avec ses parents, pour assister aux Jeux Olympiques. Il est « alors séduit par ce qu’il découvre en cette Allemagne dont Monsieur le chancelier Adolf HITLER (c’est ainsi que la presse française le nommait quotidiennement) avait la conduite depuis trois ans seulement. »

En parlant de la « Garde du corps » de HITLER, les SS de la « Leibstandarte« , qu’il voit pour la première fois en ce 1er août 1936, André BAYLE nous dit :

« Ces soldats, habillés de noir, étaient impressionnants par leur présentation, leur discipline, leur correction et l’ensemble impeccable dans les mouvements collectifs. » (42)

Nous nous rendons compte ici du poids que peut avoir sur un destin un événement qui s’est déroulé durant l’enfance.


b) 1937 : « La Gerbe des forces ».


De plus, les jeunes Français peuvent découvrir l’Allemagne national-socialiste à travers « La Gerbe des forces« , livre publié en 1937 par le président du groupe  » Collaboration  » : Alphonse de CHATEAUBRIANT. Ce dernier est directeur de l’hebdomadaire « La Gerbe » dont le titre rappelle celui de son récit sur l’Allemagne hitlérienne.

Alphonse de CHATEAUBRIANT y présente l’Allemagne comme le meilleur et le seul vrai moyen de résister au communisme et développe le thème de l’amitié franco-allemande.

Ce livre a une certaine influence et, en particulier, sur Marc AUGIER (SAINT-LOUP) qui lit « La Gerbe des forces » en deux jours. Cette lecture l’a profondément marqué. Il a ressenti une transformation s’effectuer dans son esprit. Il a « subi une mutation« . Il dit lui-même : « quarante-huit heurs plus tard, j’étais devenu national-socialiste. » Selon lui, c’est peut-être « parce que la France ne répond plus aux espoir, [...] (que) quelques-uns s’adressent à l’Allemagne. »

Dès avant la guerre, Marc AUGIER est favorable à des rencontres entre jeunes Français et jeunes Allemands.

Après la défaite de juin 1940, il veut bien collaborer avec le national-socialisme, mais pas avec l’Allemagne à Paris. Marc AUGIER veut « échapper à la « collaberration »  » (42a). Dans « La Gerbe » (5) du 06 novembre 1941, il exprime déjà sa « volonté définitive de rompre avec tous les bavardages des collaborateurs. »

A la causerie donnée le 25 octobre 1941 au Théâtre du Grand-Palais des Champs-Élysées sous l’égide des « Jeunes de L’Europe Nouvelle« , section des jeunes du groupe  » Collaboration « , Marc AUGIER déclare.

« …Ce qui m’intéresse dans l’Allemagne nationale-socialiste et dans son action, c’est uniquement le socialisme. Français, je suis, Français je reste. Mais je ne veux pas rester citoyen d’un Etat bourgeois et réactionnaire. Pour l’édification du socialisme en Europe, je suis prêt à conclure une alliance avec le diable lui-même. »

Le diable que l’on retrouve auprès de la Waffen-SS dans les moments les plus durs des combats quand ces hommes hurlent à pleins poumons « eim Teufelslied« , un chant du diable où « le Diable rit encore… »

Les raisons de son engagement à la L.V.F, Marc AUGIER, les met noir sur blanc dans une lettre datée du 29 octobre 1941 adressée à Alphonse de CHATEAUBRIANT. Il écrit:

« Si je consens certains sacrifices en participant à une guerre, alors que je n’aime pas la guerre, c’est parce que j’ai la conviction que le National-Socialisme apporte enfin à l’Europe la réalisation du socialisme. »


B. LA WAFFEN-SS S’OUVRE AUX FRANÇAIS.


1 : LAVAL autorise (juillet 1943).


Le 22 juillet 1943, Pierre LAVAL signe l’acte de la naissance officielle d’une unité française dans la Waffen-SS en promulguant une loi de trois articles (Annexe II).

A cette date, il n’existe pas de corps constitué regroupant seulement des Français dans la Waffen-SS. Cependant, des Français s’engagent à titre individuel et cela parfois bien avant « BARBAROSSA » (reconnu par le Général de corps d’armée Félix STEINER). Pour s’engager, ces Français se présentent à des bureaux de recrutement comme celui de Bruxelles ou d’Anvers.

André BAYLE nous donne des précisions sur les dates:

« …Tout le monde est persuadé que c’est la date du 22 juillet 1943 qui est le point de départ de l’engagement possible de Français dans la Waffen-SS à cause de la promulgation du décret no.428, à cette date, par le Gouvernement du Maréchal PETAIN. »

En fait, il n’en est rien, car, bien avant :

« …Une circulaire interne de la direction générale de la Waffen-SS à Berlin (datée du 03 mars 1943) autorise pour la première fois le recrutement de volontaires Français pour la Waffen-SS. » (43)

Pour cette raison, la date de l’engagement d’André BAYLE est antérieure à celle du décret.

« Nous sommes le lundi 15 mars 1943, vers 10 heures du matin, au moment où » André BAYLE, âgé de 17 ans, franchit « le pas décisif en pénétrant dans les bureaux de l’Einsatzkommando Frankreich der Waffen-SS im Paris, situés au 24, avenue Recteur-Poincaré avec la ferme intention de s’engager dans cette unité d’élite qu’est la Waffen-SS européenne. Les engagements étaient possibles de 16 à 40 ans. » (43)

Pour ces jeunes qui s’engagent dans la Waffen-SS:

« …S’il n’est pas nécessaire de produire une autorisation parentale pour s’engager étant mineur, il fallait en revanche fournir un certificat de bonne vie et mœurs ainsi qu’un extrait du casier judiciaire, lequel devait être vierge de toute condamnation. » (43)

Il n’est pas concevable d’employer le terme: « la Waffen-SS française« , car, si à partir de l’été 1943 des Français sont bien rassemblés en une unité dans la Waffen-SS, ils ne sont pas pour autant dans une « Waffen-SS française« . Simplement, il y a des Français dans la Waffen-SS, qui est une armée « européenne » non nationale aux yeux des anciens de la Waffen-SS pour qui seule la « nation Europe » compte.

Le mot « anciens SS » est maladroitement utilisé par certains auteurs, car pour un Waffen-SS dont « l’honneur s’appelle fidélité » au serment à Adolf HITLER, il « reste un Waffen-SS jusqu’à la fin de ses jours » comme me le dira, entre autres, Jean CASTRILLO.

La Waffen-SS est composée à 60% de volontaires européens et seulement à 40% de citoyens d’origine allemande d’où le terme d’armée germano-européenne.

Les volontaires portent au col de leur veste d’uniforme les écussons noirs avec les deux « S » runiques d’argent (Kragenspiegel, « Spiegel ») et, sur leur calot, la « Totenkopf« , le signe de la tête de mort.

Il est utile de signaler que les volontaires français engagés dans la Waffen-SS au sein de la brigade d’assaut SS Frankreich, n’ont pas eu de rôle dans la surveillance des camps.

Selon Philippe MASSON, on peut dire qu’ « ils n’auraient été que des combattants dans toute l’acceptation du terme et n’auraient connu d’autres terrains d’action que les champs de bataille. »(44)

Environ cinquante ans après les événements, il est difficile de donner un nombre vraiment précis sur l’effectif total des Français dans la Waffen-SS. Toutes formations confondues, il y a eu entre 30.000 et 40.000 Français sous l’uniforme allemand entre 1941 et 1945 dont 10.000 environ dans la Waffen-SS. Mais certains Français engagés n’ont pas été répertoriés.


2: DARNAND prête serment : Un « tournant » pour la Milice (août 1943).


Joseph DARNAND, après avoir démissionné de Légion Française des Combattants et du S.O.L (Service d’Ordre Légionnaire), a créé en janvier 1943 la Milice Française « pour barrer la route aux forces occultes. »

Avant 1940, Paul P-B… n’a jamais fait de politique. Il est même « impressionné autant qu’inquiété par la renaissance allemande. » Il fonde beaucoup d’espoir dans la Révolution Nationale.

Démobilisé en août 1940 avec le grade d’aspirant, Paul P-B… passe aux Chantiers de Jeunesse, comme chef de groupe. Trouvant « la formation un peu mièvre, bien que pleine de bonne intentions », il s’engage au 27ème B.C.A (bataillon de chasseurs alpins) début novembre 1942; mais cette unité est dissoute le 27 du même mois.

Alors, il adhère au S.O.L qui se transforme en janvier 1943 en Milice Française, où il est instructeur militaire à l’Ecole d’Uriage. A ce moment, Paul P-B… commence à découvrir la politique. « Avant de faire la guerre civile, la Milice va la subir » ; elle a environ 70 militants tués lors « d’attentats« .

Face à cette situation, à partir de juin 1943, une formation de la Milice, la Franc-Garde, est mise sur pied. Son but est de « toujours servir la France« .

Pour Paul P-B…, ce mois de juin 1943, est « le tournant. »

« Ne voulant pas participer à une guerre civile, devenant inévitable, la pire des guerres… » il préféra faire « …partie des volontaires que DARNAND donne en gage à la SS. »

Pour éviter de tomber dans ce piège de l’engrenage des représailles face aux attentats perpétrés par les F.T.P (Francs Tireurs Partisans, d’obédience communiste), Paul P-B… saute le pas pour se battre contre les bolcheviks.

La Waffen-SS est pour lui « une illumination. » C’est « un monde insoupçonné » qui se dévoile. Il n’a aucune difficulté à s’intégrer. Il me confie:

« J’étais à l’aise. Cette période fut la plus exaltante de mon existence. Ma vie avait un sens, un sens débordant ma petite personne. »

En août 1943, Joseph DARNAND a prêté le serment SS et a reçu le grade de Sturmbannführer (commandant). Il s’est rendu à la SS-Junkerschule de Bad-Tölz (école de formation des officiers de la Waffen-SS) en Bavière, comme invité de l’Obergruppenführer Gottlob BERGER (général de corps d’armée). En revenant, il décide de déclencher le processus de l’engagement de miliciens dans la Waffen-SS.

Comme pour DORIOT, qui s’engage dans la L.V.F, entraînant avec lui des militants du P.P.F, des miliciens vont suivre l’exemple de leur chef DARNAND.

Léon GAULTIER qui s’engage (septembre / octobre 1943) aussi dans la Waffen-SS avec d’autres camarades de la Milice, comme Noël de TISSOT et Pierre CANCE, écrit dans « Siegfried et le Berrichon » :

« Nous sommes Français autant que quiconque. Nous aimons notre pays autant que quiconque. Nous préférons qu’il soit aux côtés de l’Allemagne plutôt que des communistes. » (45)

Léon GAULTIER est conscient que l’Allemagne n’a pas que de bons sentiments envers la France, mais, tout de même, elle les préserve du bolchevisme.

Malgré la petite phrase que Jean MARAIS lui glisse à l’oreille lors d’un souper mondain : « Vous avez choisi la meilleure part ! » (46) Léon GAULTIER, « arrivé sans passion autre que de ne pas croupir dans l’inaction », se demande si le camp qu’il a choisi à encore une chance de l’emporter. Car, comme il le remarque, « partout l’étau se resserre », alors, « pourquoi cet engagement ?  » se demande Léon GAULTIER. « Est-ce le fruit du hasard ? Est-ce la conclusion réfléchie d’une volonté lentement concertée ? » Il reconnaît que « rien n’a particulièrement déterminé la voie » dans laquelle il s’est engagé. (47)

Le 06 novembre 1943, dans l’hebdomadaire « COMBATS » de la Milice, Joseph DARNAND lance un appel aux miliciens pour qu’ils s’engagent dans la Waffen-SS.


C. LA WAFFEN-SS .


1 : Pourquoi attire-t-elle ?


Pourquoi des Français ont-ils voulu rallier ce corps d’élite qu’est la Waffen-SS, cette formation combattante de choc, particulièrement efficace, certes, mais aussi ce corps maudit, à la réputation de dureté, dont les nombreux combats ont rejoint la légende du mythe teuton autant que l’enfer de la Seconde Guerre Mondiale ?

Pour Heinrich Himmler, le Reichsführer SS, une armée a besoin d’une garde du corps pour montrer l’exemple. La Waffen-SS est cet exemple; servir dans cette garde était un honneur et les hommes de la Waffen-SS étaient naturellement choisi parmi les meilleurs.

Déjà, sous Napoléon Ier, l’image de la Garde était présente. Elle traversait toute l’Europe à pied et, là où les régiments classiques ne parvenaient pas, à l’emporter, la Garde de l’Empereur forçait la victoire. Elle faisait en tout lieu la différence.

Les Waffen-SS sont placés à un niveau supérieur par rapport aux autres formations de ligne du IIIème Reich. Ces unités sont présentées comme inaccessibles au commun des mortels. Pour ces raisons justement, des hommes de la rue vont vouloir faire partie de cette formation d’élite.

Ils se demandent s’ils sont physiquement et psychologiquement aptes, s’ils correspondent aux critères de sélection.

La Waffen-SS attire parce qu’elle fait peur autant qu’elle fascine ces hommes, car « là où il y a beaucoup de lumière, il y a aussi beaucoup d’ombre » (un proverbe allemand qui m’a été cité).

Cette formation va créer et représenter un mythe guerrier aux yeux des jeunes Français qui voient les Waffen-SS défiler dans les rues. Son prestige est grand en raison de ses victoires, malgré les défaites déjà subies par le Reich à cette date.


Fernand C… témoigne :

« La Waffen-SS me tenait à cœur. J’avais une admiration pour cette armée. J’avais suivi depuis longtemps les exploits des divisions de la Waffen-SS dans « Signal » et dans bien d’autres journaux. C’était le côté païen de la Waffen-SS qui m’intéressait. »


Pour Christian de LA MAZIERE, il y a aussi l’aspect mystique de la Waffen-SS qui donnait envie de s’y incorporer. Pour lui, c’était « une race invincible« , « des êtres sans faiblesse qui jamais ne pourriraient. » (49)

Jean CAU, dans « le Meurtre d’un enfant« , raconte cet épisode auquel il a été confronté jeune:

« Je n’oublierai jamais le jeune tankiste SS qui beurrait calmement son pain du plat de la lame de son poignard » [...] « Il flottait autour de lui une odeur de guerre » [...] « Et s’il nous avait offert des poignards, des uniformes à notre taille et s’il nous avait assis aux commandes de l’énorme jouet, qu’eussions-nous fait de nos cahiers et de nos livres ? Un feu de joie, peut-être. »

Ces soldats à la peau hâlée et aux cheveux blonds, sont enviés autant qu ‘ haïs, car ils représentent la force brutale d’une armée victorieuse. Jean-Paul SARTRE ne dit-il pas lui-même qu’ « on confère à la force une obscure vertu morale ? »

Pour Jean CAU, « il est bien dommage et bien étrange que le Mal soit si beau. »

2) Impact sur les jeunes.


Les Français qui sont trop jeunes pour s’engager dans la L.V.F au moment de sa création ou qui préfèrent attendre une autre alternative, se voient offrir la possibilité de s’engager à la Waffen-SS.

La moyenne d’âge des volontaires de la brigade d’assaut SS Frankreich est très jeune.

Comme l’indique André BAYLE :

« Parmi les engagés il y a de tout, mai surtout des étudiants et la moyenne d’âge doit être de dix-huit ans, comme dans toute la Waffen-SS. »

André BAYLE, lui-même, s’est engagé en mars 1943, à l’âge de dix-sept ans, et devient le plus jeune chef de groupe du bataillon. Un des plus jeunes Français à s’engager étant BER… à l’âge de seize ans.

André BAYLE est là, « comme la majorité de ses futurs et jeunes camarades, non pas du fait d’un choix inspiré par un quelconque leader politique, mais, après avoir délibérément opté pour la Waffen-SS. »

Il n’a jamais adhéré à aucun parti politique et ne le fera jamais. Il veut agir, car « l’attentisme n’étant pas l’attitude du sportif » qu’il est, il ne comprend ni ne supporte les « querelles partisanes et stériles, bien gauloises des politiciens de la droite française, comme de la gauche. » Il préfère défendre ses idées « les armes à la main. »

Certains de ces jeunes vont se lancer dans cette aventure sans réellement réfléchir. Leur réaction est impulsive.

Henri FE… témoigne sur ce point :

« On avait l’impression que c’était le subconscient qui se manifestait. Surtout, quand on est jeune, on agit beaucoup plus par instinct que par raison ou par raisonnement. Ce n’est qu’après, à froid, que l’on démonte en quelque sorte le mécanisme de ce qui s’est passé. Sur le moment, il y a un instinct qui vous pousse à l’action, qui vous pousse à l’engagement. Et finalement, pour moi cet engagement, j’ai senti çà comme une libération. Jamais, je ne me suis senti aussi libre qu’à cette époque. »

Ces jeunes Français sont de la génération de l’après première guerre mondiale et ont été élevés dans le culte de la patrie. Ils ont appris à respecter le drapeau français et les soldats qui sont tombés courageusement pour le défendre. Ils aiment leur pays, pays pour lequel leurs parents avaient fait la guerre afin de leur éviter de la faire. Malheureusement, une fois de plus c’est sur le champ de bataille que Français et Allemands vont se rencontrer. Ceux qui sont en âge de s’engager dans l’armée française, le font pour défendre une certaine conception du devoir même si peut-être certains déjà se reconnaissent dans les thèmes développés par l’Allemagne hitlérienne.

En tout cas, ces jeunes Français, très marqués par une guerre perdue à laquelle ils n’ont pas tous pris part, veulent retrouver l’honneur militaire. Honneur, qu’ils n’ont pas pu défendre. Maintenant, ils ne veulent pas rester en dehors des combats.

Parfois, il faut peu de chose pour décider du camp. Il suffit qu’un jeune s’engage pour entraîner avec lui un ou deux autres camarades indécis.

Christian de LA MAZIERE, qui s’engage en août 1944, à l’âge de vingt-quatre ans, alors que la Libération commence, a eu à plusieurs reprises l’occasion nette de rejoindre la Résistance où il a des amis. Ces derniers, en relation avec Londres, lui en ont fait la proposition. A l’Armistice, jeune pilote, il veut gagner l’Angleterre, mais son père l’en dissuade.

L’état d’esprit des jeunes Français engagés dans la Waffen-SS est différent de celui de celui des volontaires de la L.V.F. La Waffen-SS n’est pas chrétienne mais elle croit en Dieu dans le cadre d’une religion naturelle, dite païenne. Sa conception du monde est fondée sur la « Race » et, les Français de la Waffen-SS ont le sentiment de se battre pour l’unité des peuples d’Europe.

SAINT-LOUP, nous dit par la voix de « Le Fauconnier« , personnage des « Volontaires » que :


« Tous ceux qui nient comme moi l’ordre chrétien, la conception chrétienne de l’homme, vont de retrouver sous le pavillon noir. » (50)

…/… voir III et conclusion.

















III) FRANÇAIS DE LA L.V.F ET DE LA WAFFEN-SS, MÊME COMBAT ?

12032008

 

III. FRANÇAIS DE LA L.V.F ET DE LA WAFFEN-SS, MÊME COMBAT ?

 

 

 » L’Europe sera fédérée ou cosaque. »

(NAPOLEON)




Pour le plus grand nombre des volontaires et, cela quelle que soit l’unité à laquelle ils appartiennent, il ressort que la lutte contre le bolchevisme est la motivation principales liée à l’espoir de voir s’établir après la victoire de l’Allemagne, une France nouvelle dans une Europe nouvelle.

Bien qu’il existe autant de destins individuels que de candidats légionnaires et que chaque volontaires « … a eu une démarche d’esprit individuelle pour décider de s’engager« , il est certain « …qu’un minimum de points communs devait nous réunir, tels que la croisade antibolchevique, la construction d’une grande Europe, de l’Atlantique à la Volga… » (André BAYLE) (51)

Toutefois, on ne peut pas comparer un Français qui s’est engagé directement à partir de juillet 1943 dans la Waffen-SS, avec un Français qui s’est engagé dans la L.V.F et qui rejoindra la Waffen-SS en juin 1944 lors du transfert obligatoire. Leur démarche d’esprit n’est pas la même. Au début, pour les Français de la L.V.F, les motivations principales sont souvent fondées sur une réaction de rejet (l’antibolchevisme, l’anglophobie…)

Abel CHAPY, SS-Untersturmführer, Sous-lieutenant de la SS-Sturmbrigade « Frankreich » : « …Leur motivation politique du départ semblait incomplète: c’était l’antibolchevisme, quelque chose de négatif. »

Pour les Français de la Waffen-SS, il en est autrement. L’engagement de ces hommes dépasse de loin le seul combat antibolchevique. L’Europe représente la clef de voûte de leur engagement.







A. PAR ANTIBOLCHEVISME.


1: Le communisme, « danger le plus grave ».


« je suis contre le bolchevisme parce que c’est la mort totale. Pour le reste, je suis germanophile et Français, Français plus que national-socialiste, pour le dire. »

(Robert BRASILLACH)

la condamnation du bolchevisme est bien présente dans la presse collaborationniste. Elle dénonce « la barbarie asiate », « l’horreur rouge » qui menace la civilisation. En 1941, Lucien REBATET publie la brochure : « Le bolchevisme contre la civilisation. »

Alphonse de CHATEAUBRIANT, directeur de « La Gerbe« , écrit dans le numéro du 03 juillet 1941 : « Le bolchevisme est comparable à un déluge de feu. »

Selon André BAYLE:

« Il est en effet très clair, en écoutant nos professeurs dont la presque totalité sont d’anciens combattants de 14/18, que le véritable ennemi, ou tout au moins le premier à combattre, se trouve être le bolchevisme, surtout après l’attaque surprise, le 30 novembre 1939 de l’U.R.S.S contre la petite Finlande. »

Il est étonnant qu’un tel discours ait pu être tenu par des professeurs, et qui plus est, de cet âge, car la France avait déjà déclaré la guerre à l’Allemagne le 03 septembre 1939. Mais il est certain que le 30 novembre 1939, le plan du Général MANSTEIN n’a pas encore été appliqué et, les chars de ROMMEL et de GUDERIAN n’ont pas encore enfoncé la ligne française entre Namur et Sedan.

Robert LOUIS:

« Il y avait un danger qui était là. Un danger qui existait même sous le gouvernement de DALADIER. Ce danger communiste, on nous le faisait déjà ressentir. Même mon instituteur, qui était Monsieur G…, nous expliquait la réalité des choses. »

La menace bolchevique, n’est-ce pas l’argument qu’invoque le chef du gouvernement de Vichy, Pierre LAVAL, le 22 juin 1942, en déclarant un an après  » BARBAROSSA  » :

« Je souhaite la victoire de l’Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme, demain s’installerait partout. »

Le destin de l’Europe est lié au combat qui a débuté, à 03 heures 15 minutes du matin, le dimanche 22 juin 1941 ; de nombreux Français volontaires à l’Est en sont persuadés. Jacques LINEL n’a qu’un rêve, c’est de « servir pour combattre les Russes. » Selon lui, à part des détails personnels, les Français ont eu « le même sujet d’engagement… combattre le bolchevisme. » Il nous dit:

« Pendant les discussions avec mes amis, on parlait de sauver la France du bolchevisme. On évoquait l’Occident, les croisades anti-communistes, bref on rêvait d’aventures guerrières. »

Parmi ceux qui choisissent la collaboration militaire avec l’Allemagne contre le bolchevisme, certains veulent s’allier avec le IIIème Reich pour la seule durée des combats contre l’U.R.S.S et jusqu’à la destruction définitive du bolchevisme.

Les volontaires de la L.V.F sont sûrs d’être restés fidèles à la France. N’ayant pas porté les armes contre leurs compatriotes, ils ne se considèrent pas comme des traîtres à la patrie.

Certains de ces hommes m’ont dit que l’intelligence qu’ils avaient entretenue avec l’Allemagne hitlérienne, n’a pas été pour favoriser le IIIème Reich aux dépens de la France; mais pour représenter leur pays dans la lutte contre les bolchevistes et obtenir une place de choix dans la communauté d’après guerre, dans l’optique d’une victoire contre l’U.R.S.S et ses alliés.

Leur propre vie, est le seul bien que ces hommes de la collaboration militaire reconnaissent avoir engagé. Mais, aux yeux des Français, leur comportement n’est pas rationnel. En revêtant l’uniforme d’une armée étrangère (surtout celui de la Waffen-SS) ils ont enfreint une éthique dont les racines viennent du Christianisme, religion que certains de ces hommes voulaient justement détruire. Le Christianisme dont André MALRAUX disait être « une religion éthique plus que métaphysique. »

Ces « Nouveaux Cathares… » ont le sentiment de s’être engagés non pour eux-mêmes, mais pour une cause plus importante que leur petite personne; pour sauver ce même peuple qui les condamnera à leur retour pour avoir combattu sous uniforme allemand contre l’Armée rouge.

Ces hommes n’auraient donc pas respecté une certaine Morale. Henri F… rappelle que selon Pascal ORY, les volontaires français auraient même rejoint « le camp de l’anti-Morale. »

Le bolchevisme est perçu comme l’ennemi prioritaire. Quand PETAIN dit: « Le bolchevisme est pour l’Europe le danger le plus grave« , cela sous-entend que ce n’est pas le seul dans l’esprit du Maréchal. Mais, pour ce dernier dans l’immédiat, au rand des périls, le bolchevisme est à mettre en première position.

SAINT-PAULIEN, de son vrai nom Maurice-Yvan SICARD, secrétaire du P.P.F, envoie une lettre à Jacques DORIOT en 1943. Les passages importants de cette lettre sont présentés ci-dessous pour montrer comment Maurice-Yvan SICARD se prononce, de façon claire, contre le pangermanisme. Pangermanisme qui est à ses yeux beaucoup plus qu’un simple ennemi politique du bolchevisme, c’est son plus grand rival.

« Je suis donc d’avis de nous tenir très strictement sur la ligne du combat contre le bolchevisme, qui est la vieille ligne du Parti [...]. Je n’ai pas adhéré à la N.S.D.A.P, ni au parti fasciste… » Si l’ « Europe nouvelle doit faire litière des nationalités ou plutôt de certaines nationalités, on nous trouvera forcément au premier rang des insurgés. Contre le bolchevisme, tu as donné l’exemple, mais à quoi servirait-il que tu aies arraché des dizaines de milliers de Français à l’Internationale soviétique, si nous laissons aujourd’hui ces hommes s’affilier à une  » internationale  » totalement germanique ? » (53)

La lettre de Maurice-Yvan SICARD a été rédigée certainement à la suite des propos que Jacques DORIOT tient lors du congrès P.P.F en 1942 et, également, des articles qui paraissent dans « Le Cri du Peuple » du 05 et 06 novembre 1942. Le chef du P.P.F y prend ouvertement parti pour des solutions nationales-socialistes à apporter à notre pays. Il dit lui-même :

« Nous n’avons pas attendu la victoire de l’Allemagne sur la France pour découvrir le National-Socialisme… »

DORIOT veut « faire de la France un pays totalitaire« , c’est à dire « National, Socialiste, Impérialiste, Européen, Autoritaire. » Pour lui, le National-Socialisme est un modèle, l’idéal type en matière politique.

Jacques DORIOT fait partie de ces thuriféraires de la collaboration militaire qui jugent sans ampleur suffisante une option simplement politique. En reprenant les termes employés par Pierre DRIEU LA ROCHELLE, on peut dire que ces hommes sont « plus fidèles à une attitude qu’à des idées. »

« Parfois les idées ne rentrent plus dans le cadre de l’attitude, mais l’attitude, c’est quelque chose qui sera notre véritable reflet, le reflet de l’âme et de l’esprit. » (Christian de LA MAZIERE citant cette phrase de DRIEU LA ROCHELLE.)

Si cette lutte antibolchevique est considérée par certains, comme entrant dans le cadre d’une simple politique extérieure, cette conception n’est pas une finalité pour tous les engagés.

Pour la tendance dure (si l’on considère qu’à ce stade, il y a encore des degrés) de la collaboration militaire, le combat doit continuer même après la défaite totale du communisme. Le projet consiste à établir une société jeune capable d’effacer toutes les erreurs de la politique passée. Cet engagement est donc une sorte d’investissement à long terme, une porte ouverte sur un avenir qui, pour ces volontaires se veut prometteur. Ce combat est donc pour eux un moyen de repartir sur des bases solides et vierges de toutes les corruptions politiques. Cette lutte est une « arme de renaissance » pour fonder « une conception autre » de la vie reposant sur la terre, et non sur l’argent.


2: Par anglophobie.


Comment des hommes qui au départ éprouvent une simple aversion pour les Anglais, en sont-ils arrivés à s’engager aux côtés de l’Allemagne dans ce combat contre le bolchevisme ?

A la suite de l’opération  » DYNAMO  » qui débute le 26 mai 1940 pour évacuer les troupes de Dunkerque, la ville tombe le 04 juin aux mains de la Wehrmacht.

Fernand C… s’engage avant l’anniversaire de ses 17 ans dans le N.S.K.K en attendant de pouvoir rejoindre plus tard la Waffen-SS. Voici son témoignage:

« L’anglophobie a joué après Dunkerque. Le lâchage du territoire national par les Anglais dans les derniers jours de mai 1940, nous a laissé dans la panade. »

Après l’opération  » CATAPULTE  » du 03 juillet 1940 où, la « Force H » britannique attaque l’escadre française à Mers El-Kébir, certains Français sont prêts à se battre contre l’Angleterre.

Antoni N… nous raconte :

« Nous avons été très déçus de Dunkerque d’abord, de Mers El-Kébir ensuite. L’anglophobie latente en permanence chez les Français, n’a fait que se réveiller. Personnellement je n’aurais eu aucune difficulté à me battre contre les Anglais, mais il n’en était pas question en m’engageant à la L.V.F. Notre problème était l’anticommunisme. »

Quand par la suite, la possibilité de combattre le bolchevisme leur est donnée, une partie de ces hommes s’engage même si ce n’est pas leur première motivation.

Il est certain qu’ils auraient préféré nettement combattre l’Anglais. Pour ces volontaires, la lutte contre le communisme représente en réalité un moyen détourné de frapper l’Angleterre. en combattant le premier, ils combattent aussi le second.

Nous avons le témoignage de Yves PE… qui, venant de terminer son année de Droit, décide de s’engager à la L.V.F. Yves PE… habite en zone libre; ce n’est que fin septembre 1941 qu’il est possible d’avoir des laissez-passer pour la zone occupée. Parti le 1er octobre 1941, il arrive à Versailles le lendemain. Au moment de son engagement, Yves PE… est âgé de vingt ans. Il n’a jamais adhéré à aucun parti politique. Son père était officier de carrière (guerre de 14/18 et de 39/40). Il est d’un « milieu familial traditionnellement non-germanophile et anticommuniste. »

Il nous raconte :

« Les Anglais, détestés par-dessus tout. Tout au long de l’Histoire, ils m’étaient déjà apparus comme nos vrais ennemis héréditaires, beaucoup plus que les Allemands. Nous venions de vivre Dunkerque où, en proie à la panique, les Anglais rembarquaient précipitamment en repoussant les français voués à la capture. Et après, en juillet 1940, le bombardement par la Royal Navy de l’escadre française au mouillage à Mers El-Kébir: 1300 marins français tués. Puis Dakar, en septembre 1940 : encore 184 Français tués. En m’engageant à la L.V.F, je les atteignais indirectement. Plusieurs de mes camarades venaient de la Marine, après avoir obéi exactement aux mêmes motivations. »

Pour ces volontaires, la croisade contre le bolchevisme est donc une raison secondaire ou, en tous les cas, n’est pas la seule à peser dans leur engagement. Pour ces hommes, il n’existe aucun moyen de combattre directement les Anglais. En s’engageant aux côtés des Allemands contre le bolchevisme, ces volontaires français se battent aussi, selon eux, contre les Anglais, car Russes et Anglais sont alliés sur le terrain. Par la force des choses, ils participeront en même temps à la lutte contre le bolchevisme.

3: Par antijudaïsme.


Pour la presse, cette lutte contre le bolchevisme devient la lutte contre le Juif. Le communisme, bien qu’antisémite, est présenté comme une idéologie d’origine juive. L’antibolchevisme entraîne donc une réaction contre les Juifs.

Dans l’hebdomadaire « Le Franciste« , de Marcel Bucard, du 20 juin 1942, un article donne les noms des six personnes de confession juive faisant partie du « commissariat du peuple en U.R.S.S » en rappelant que « le fondateur du marxisme est le bourgeois Karl Marx, juif d’Allemagne. »

« Au Pilori » du 03 juillet 1941, Staline est aux « ordre des Juifs. »

« Je suis Partout » et « Le Matin » publient également des articles qui vont dans le même sens.

Pour REBATET, dans « Je suis Partout » du 06 juin 1942, c’est pour empêcher « le marxisme juif » de nuire davantage que le pays doit réagir car :

« Tous les soldats chrétiens, de quelque camp qu’ils soient, qui mènent (un combat) depuis un an dans les steppes russes, sont d’abord les victimes des Juifs. »

Sous cet angles de pensée, le combat qui se déroule sur le front de Russie est un combat de la haine envers les Juifs. Ces derniers, présentés comme étant à l’origine même de cette guerre, sont supposés, selon REBATET, tirer un profit de cette situation. Cette guerre est donc celle de l’Aryen contre le Juif.

« Le Cri du peuple » du 21 octobre 1940, exprime encore plus clairement son analyse des faits en disant des Juifs qu’ils « ont voulu mais n’ont point fait » cette guerre.

Cependant, malgré cette presse, l’antijudaïsme n’ »était en rien une motivation essentielle » (André BAYLE) pour la grande majorité des volontaires Français à l’Est. Certains soulignent fermement « qu’il était plus facile d’arrêter les familles de confession juive en France que de se battre contre les Russes. » Plus facile et combien moins honorable…

SAINT-LOUP, dans « J’ai vu l’Allemagne« , écrit:

« Il me fallait échapper [...] aux gangsters qui forçaient la porte des Juifs en criant  » avé l’assent  » :  » Police allemande, où sont les bijoux ? « . »


4 : Croisade pour ou contre le Christianisme.


Des nuances existent entre Français de la L.V.F et Français de la Waffen-SS. Ces hommes sont divisés sur le but de leur combat. Les premiers mènent un combat pour une France plutôt chrétienne, tandis que le but des seconds est justement de débarrasser l’Europe des valeurs judéo-chrétiennes (annexe: Robert DUN) afin de redonner vie au vieux paganisme.

C’est au moment de la réunion des volontaires au sein de ce qui deviendra « la division CHARLEMAGNE » que l’on se rend compte de ces particularités.

Le rédacteur en chef de « Je suis Partout« , Robert BRASILLACH écrit, le 30 juin 1941, qu’une victoire communiste aurait pour conséquence « nommément la fin du catholicisme. »

Le 27 août 1941, il dit à nouveau dans un de ses articles en parlant des volontaires français : « Ils sont vraiment partis comme partaient pour la première croisade ceux qu’enflammaient la voix des Frères Prêcheurs et des guerriers illuminés par la foi. »

Des ecclésiastiques, comme le Cardinal BAUDRILLART de Paris, prennent la parole pour appuyer de telles prises de position et cet esprit de guerre sainte contre l’athéisme bolchevique. « Il ne s’agit pas pour les Français de se convertir au National-socialisme, mais à être prêts à préserver l’Occident chrétien de l’athéisme du bolchevisme à l’Est ! »

Pour Monseigneur Mayol de LUPPE (ou LUPE) qui sera l’aumônier de la L.V.F, cette formation devient la protectrice de l’Occident chrétien.

Robert LOUIS :

« On était croyant, on était catholique. Monseigneur Mayol de LUPPE venait nous rendre visite dans nos cantonnements et demandait à ceux qui voulaient se confesser de le suivre. On continuaient notre tradition du Christianisme. »

Par la suite, Monseigneur Mayol de LUPPE a aussi revêtu l’uniforme de la Waffen-SS, qui se veut pourtant païenne.

Antoni N… nous donne sa version :

« Ce côté païen de la Waffen-SS n’a jamais été évoqué. Monseigneur Mayol de LUPPE a endossé comme nous l’uniforme de la Waffen-SS. Le premier dimanche qui a suivi notre incorporation à la Waffen-SS, une grande messe a été dite dans la forêt par Monseigneur Mayol de LUPPE. Tout le régiment était présent. »

Si certains de ces hommes se sont engagés dans cette voie de la collaboration militaire avec le IIIème Reich dans un esprit de « croisade » (mot utilisé dans le discours de PETAIN) pour le Christ contre le communisme, d’autres, au contraire, sont partis pour détruire le christianisme.

Pour ces volontaires venus combattre à la fois le bolchevisme et le christianisme, ce dernier avait plongé la France et l’Europe dans l’obscurantisme. En luttant contre le communisme, ils luttent aussi contre le christianisme, car le marxisme à leurs yeux n’est qu’une religion sans Dieu.

Toujours suivant cette même idée, au lieu d’élever l’homme vers le haut des cimes, le christianisme avait pratiqué depuis des siècles une sélection à rebours. Il avait détruit systématiquement les pratiques religieuses et les cultures qu’il n’avait pu faire siennes. Les hommes se retrouvaient au milieu de ruines morales qui résultaient du christianisme. Face à ce constat d’échec, une autre solution devait être envisagée.

En entrant dans la Waffen-SS, ces hommes rejoignent un idéal qui leur semble correspondre à leur demande de renouveau; un idéal qui privilégie les bases biologiques de l’être humain. Ces propos m’ont été tenus par plusieurs « anciens« .

Pour les raisons évoquées, l’idée était de ne pas laisser les soldats allemands combattre seuls. Puisque les bolcheviks menaçaient toute l’Europe, sa défense devait être assurée par l’ensemble des Européens, donc par des Français. La camaraderie au combat scellerait une estime réciproque fondée sur la reconnaissance du courage de chacun. C’était une occasion pour cimenter, par le sang versé en commun, le peuple de l’Europe à venir.


B. L’EUROPE.


A la suite de la rencontre de Montoire, le Maréchal PETAIN, tenait les propos suivants:

« …pour maintenir l’unité française, une unité de six siècles, dans la cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen… »

Dès le lendemain de l’attaque allemande sur la Russie, on lit dans « La France au Travail » que:

« la guerre soudainement survenue entre l’Allemagne et la Russie est un épisode de la lutte pour  » la Fédération Européenne « , communauté gigantesque dans laquelle la France a sa place à tenir, avec un rôle considérable à jouer si elle sait le vouloir. »

C’est parce qu’ils sont sortis du cadre d’un nationalisme « étriqué » et qu’ils pensent en Européens, que les volontaires français sont prêts à défendre « pied à pied » le sol allemand comme ils défendraient celui de la France. Dans leur esprit, il n’y a pas de différence; France et Allemagne forment une nouvelle patrie commune, pour laquelle ils sont venus se battre.

Par leur présence au sein de la Waffen-SS, ces hommes montrent un volonté collective de ne plus se faire la guerre entre Européens, car « une guerre entre Européens est une guerre civile, la plus monumentale ânerie que le monde ait jamais faite. » (Le futur Maréchal LYAUTEY, en 1914).

Henri F…, ancien sous-lieutenant d’infanterie coloniale, blessé et décoré pendant la campagne de 1940, est l’un des premiers officiers français à s’engager dans la Waffen-SS, durant l’été 1942, après être passé par la Milice Française de l’Ain qu’il dirige pendant quelques mois. Ce soldat ne croit plus à une possible solution politique uniquement française. Il estime que la seule issue valable pour lui et pour l’avenir du pays se trouve sur le front.

Il témoigne:

« Dans la situation difficile où la France se trouvait à cette époque, [...] je me suis senti privé de liberté, un peu piégé en quelque sorte, d’être entré dans une aventure qui m’est apparue très vite sans issue. Il y a une chose dont j’ai toujours eu horreur, c’est la guerre civile qui montait et je ne voulais à aucun prix y être mêlé. »

 » Et , véritablement, j’étais assez perplexe lorsque en été 1942 est arrivé la nouvelle selon laquelle les Français pouvaient s’engager dans la Waffen-SS. C’est là, que j’ai compris que les clés du problème n’étaient plus en France. En fait, le sort de l’Europe se jouait sur le front de l’Est. » (Henri F…)


Henri F… précise qu’il ne faut pas « isoler » les volontaires français des 600.000 autres volontaires européens non-allemands de la Waffen-SS.

 » Aucun d’eux n’était venu se battre pour l’Allemagne, chacun combattait pour son pays et pour l’Europe, pour une Europe libérée de la menace stalinienne… »

Les jeunes Européens ont les mêmes motivations. Ils veulent la construction d’une Europe unie qui soit capable de se défendre contre le bolchevisme et ses alliés. Chaque volontaire est prêt à combattre, à verser son sang et à risquer sa vie dans l’intérêt de son pays et pour sa sauvegarde.

Pour Henri F…, en s’engageant dans la Waffen-SS qui n’appartenait pas officiellement à la Heer (Wehrmacht), l’idée des volontaires n’est pas de faire partie de l’armée allemande. Leur sentiment est d’entrer dans une armée multinationale européenne. Ils porteront tous le même uniforme mais, « il y avait des spécificités européennes. Il y avait un intérêt commun, c’était de préserver l’identité de l’Europe. » Ce sont les propos, de l’Hauptsturmführer (Capitaine) Henri F…de l’ex Waffen-SS.

Cette armée « européenne » est, pour ces volontaires français, annonciatrice d’une union d’Etats libres et indépendants, fondée sur une éthique et un idéal ethnique nouveau que la Waffen-SS avait la prétention de réussir à construire.

Pour Jean CASTRILLO, « c’est très simple« , la famille de son père est d’origine espagnole et la famille de sa mère est d’origine alsacienne. Une grande partie de sa famille en Espagne a combattu dans les rangs nationalistes pendant la guerre civile. Il a eu deux cousins fusillés à Madrid; par conséquent, il était motivé par la lutte antibolchevique en France mais, avait aussi, de par sa famille, une vision européenne.

« Du côté de la famille de ma mère, c’étaient des gens très patriotes, des Alsaciens de l’intérieur très anti-allemands, ce n’étaient pas des autonomistes alsaciens; alors que mon père considérait que l’Allemagne avait aidé FRANCO à gagner la guerre. J’ai connu des Anarchistes espagnols en France. Les Anarchistes ont été mal traités parce que le P.C stalinien espagnol était aux ordres de Moscou. J’avais une vision européenne du fait que ma mère était alsacienne et mon père espagnol. Tout jeune, je disais:  » Mon village, c’est la France, ma patrie, c’est l’Europe.  » (en 1936/1937). »

Jean CASTRILLO avait déjà très jeune une vision de l’Histoire de l’Europe. « L’Histoire de la France n’était pas compartimentée, mais intégrée dans un processus général de l’Europe. » Jeune, il voulait devenir professeur d’Histoire.

Certains n’acquirent ce sentiment européen qu’après leur contact avec l’ambiance de la L.V.F ou de la Waffen-SS, et leur première expérience du combat à l’Est.

Pierre RUSCO nous dit :

« Je me suis engagé à la Légion pour combattre le communisme, mais j’ai découvert une autre raison de ma battre: la création d’une Europe nouvelle. »

Ce combat antibolchevique réunissait des volontaires de toute l’Europe. alors, à force de côtoyer d’autres volontaires européens venus également pour lutter contre « le péril de l’Armée rouge« , ces Français ont acquis une vision plus européenne du combat.


C. JUSQU’AUX DERNIERS JOURS.


Les Français qui se sont engagés aux côtés de l’Allemagne dans les derniers mois de la guerre, tiennent aujourd’hui à souligner qu’ils ont fait ce choix en sachant pertinemment que la situation tournait déjà à l’avantage des Alliés.

Au moment où la situation prend une tournure encore plus violente, ils ne veulent pas, pour certains, abandonner leurs camarades.

Les volontaires français de la Waffen-SS ne cherchent pas la voie la plus simple, ni un destin facile à assumer, en s’engageant. certains suivent le mouvement pour l’honneur des armes en pensant que l’on ne flanche pas en pleine bagarre, surtout lorsqu’elle menace de mal tourner. Ce n’est pas quand il y a le feu à la forêt et que le vent souffle fort, que l’on abandonne le combat. C’est peut-être aussi pour cette raison que les Waffen-SS étaient appelés « les pompiers du Reich« .

Abel CHAPY:

« Il est à préciser qu’en 1943, [...] l’Allemagne était loin d’avoir le vent en poupe ! »

Robert DUN me dit:

« Certains nous ont reproché d’avoir volé au secours du vainqueur, ils n’ont pas dû regarder de bien près le film des événements de cette époque. »

Les Allemands sont bien loin d’être en position de vainqueurs, lorsque ces derniers Français prennent la décision de partir à leurs côtés. Il ne faut pas oublier que, les Américains ont déjà débarqué en Afrique du Nord -opération  » TORCH  » du 7/8 novembre- et aussi en Sicile (le 10 juillet 1943). Rommel est battu et, Stalingrad est un vieux souvenir (septembre 1942 / février 1943). Le sort des armes est bien loin d’être favorable à l’Allemagne . Les troupes allemandes reculent régulièrement en Russie et le débarquement d’Eisenhower menace. La bataille de Koursk (juillet / août 1943) devient un duel de chars, et aussi un désastre pour les armées allemandes. Elle est aussi suivie d’une grande offensive russe.

Roger RIBERTO prend conscience de cette menace bolchevique qui vient de l’Est, au moment de la capitulation de VON PAULUS le 02 février 1943 à Stalingrad, où l’Allemagne perd 500.000 hommes dans cette bataille de plus de quatre mois. « Cette menace était bien réelle puisque l’Union soviétique a imposé, à la fin de la seconde guerre mondiale, sa domination sur l’Est. »

Au moment où « la croisade » contre le communisme est pratiquement perdue et que le combat pour cette « Europe nouvelle » incarnée par la Waffen-SS est plus que compromis, des Français vont encore s’engager aux côtés de l’Allemagne. Un afflux d’engagements a lieu de 1944 jusqu’aux derniers mois du conflit. Cette vague concerne des hommes souvent compromis par un comportement trop germanophile au sein de mouvements collaborationnistes et qui, n’ont pas jusque-là poussé cette collaboration au stade ultime, si l’on considère que l’engagement militaire en représente le point culminant.

C’est au cours de cette période qu’ils franchissent le pas et partent se battre au sein de la Waffen-SS. Malgré l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne, la Waffen-SS recrute toujours des volontaires européens, et cela jusqu’aux derniers jours.

Aux premiers volontaires, qui avaient constitué la L.V.F, et à ceux de la brigade d’assaut SS « Frankreich« , s’ajoutent, à partir de juin 1944, d’autres Français de provenance diverses.

Des miliciens suivent les conseils de Joseph DARNAND pour échapper à la Libération de la France et à l’épuration sauvage. La formule « Catholique et Français toujours » anime encore certains miliciens qui ont l’espoir de libérer le territoire national de « l’invasion » américaine, alors que, pour les engagés de la brigade d’assaut SS « Frankreich« , le combat antibolchevique est le seul auquel ils se sentent tenus. Pour eux, il n’est pas question de se battre sur le front de l’Ouest. Le refus du combat contre l’Ouest n’était pas -loin de là- l’apanage de tous les volontaires.

Des miliciens rejoignent donc la Waffen-SS dans les derniers jours de « la débâcle allemande » (54), se retrouvent du même fait avec « les Volontaires » (12) et « les Hérétiques » (41) qui ont échappé jusque-là aux flots successifs dévastateurs de l’Armée rouge.

Après le débarquement en Normandie, d’autre Français choisissent également la route de l’Allemagne. Ils sont incorporés directement dans la Waffen-SS.

Jacques LINEL qui s’est engagé dans la Kriegsmarine rejoint la Waffen-SS où, il retrouve beaucoup de jeunes recrues françaises. Depuis le 10 septembre 1944, il sait que la L.V.F et la Kriegsmarine vont rejoindre la Waffen-SS.

Dès la fin août 1944, les unités française engagées dans différentes formations allemandes se regroupent dans le couloir de Dantzig. En septembre 1944, les Français sont tous transférés à la Waffen-SS, et vont au camp de Widlflecken (Annexe n°8).

A partir du 1er janvier 1945, l’ensemble des survivants français rassemblés en Allemagne (1200 « L.V.F« , 1100 « brigade d’assaut  » Frankreich «  », entre 1800 et 2500 miliciens, 1200 engagés de la Kriegsmarine et 2300 de la N.S.K.K) forment une unité hétéroclite qui n’a pas le temps, en raison de la précipitation des événements, de créer l’homogénéité absolument nécessaire pour un engagement efficace au combat. La division  » CHARLEMAGNE  » est constituée à Wildflecken. Cette unité compte entre 7000 et 8000 hommes.

Les rescapés de la L.V.F sont donc versés automatiquement dans la Waffen-SS. Ceux qui refusent, sont placés dans des camps de prisonniers par les chefs français de la Waffen-SS. Un grand nombre de Français accepte sans rechigner; il y a quand même des opposants.

Pierre S… est un de ces hommes:

« Mais moi, soldat politique, ne pouvais accepter un ordre qui changeait totalement l’idéal pour lequel je me battais. J’eusse peut-être accepté à condition d’obtenir un contrat personnel, ce qui nous fut refusé en bloc. [...] Nous fûmes pas mal d’opposants, et on nous fit interner en camp de concentration à Struthof près de Dantzig. Cela dura huit jours. Puis les Allemands, outrés de ce procédé, nous firent relâcher. »

Les membres de la L.V.F déportés au KZ de Dantzig-Matzhau n’y passèrent pas tous uniquement huit jours comme Pierre S… Certains restèrent internés jusqu’à la fin de la guerre et connurent le lot de tous les déportés.

Pour Ludovic M…:

« Les engagés auraient dû avoir le droit de choisir leur sort. Je trouve ça tout à fait logique que des types aient refusé. »

Pour Jean CASTRILLO, le transfert à la Waffen-SS ne pose aucun problème. « Mon passage de la L.V.F à la Waffen-SS était une suite logique à mon engagement. »


Emile R… (Commandeur du 58ème régiment de la division CHARLEMAGNE) nous donne le point de vue du chef qui a eu sous ses ordres de tels hommes:

« Tous n’ont pas suivi le même cheminement. On a trouvé à la  » CHARLEMAGNE  » des gens animés de mobiles différents, du nationaliste chauvin, à l’Européen prêt à sacrifier l’indépendance nationale à un fédération ou confédération européenne (le problème actuel!), jusqu’au National-Socialiste, ou fasciste, ne craignant pas d’envisager une prédominance allemande ( ceux-ci, une minorité). Tous pensant œuvrer pour le bien de la France, et de notre vieux continent européen, tous partisans de l’effort et du risque, pour créer un monde meilleur. »

En parlant des deux régiments d’infanterie de la division CHARLEMAGNE, cet engagé politique du P.P.F qu’est Jean CASTRILLO, nous dit:


« Le 57ème et le 58ème n’avaient pas le même mental que la L.V.F. Les survivants de la L.V.F ont servi d’encadrement dans le 58ème régiment de la  » CHARLEMAGNE  » aux formations qui arrivaient de France. dans ma compagnie, nous avions touché des miliciens, ders gens de la Kriegsmarine, du SK der OT. A la  » CHARLEMAGNE « , nous (les P.P.F) restons fidèles au parti, mais le mental a changé. »


Robert LOUIS:

« Nous, anciens de la L.V.F, voulions rester sous le commandement français et garde nos habitudes, nos officiers avec lesquels nous vivions fraternellement. Mais on ne nous a pas demandé notre avis; beaucoup d’entre nous ont été choqués. Cependant il y a eu une distinction de fait entre les gars de la Sturmbrigade et les gars de la L.V.F. »


En effet, il y a deux bataillons différents, le 57ème à majorité Sturmbrigade et le 58ème à majorité L.V.F. Mais, des décisions doivent être prises rapidement pour éviter que les heurts entre miliciens, anciens de la L.V.F et SS de la Sturmbrigade ne déchirent cette toute nouvelle formation. Des conflits eurent lieu, mais circonscrits à de petits cénacles. C’est peut-être, parce que la situation est trouble, qu’aucune considération politique n’est prise en compte pour ceux qui ne partagent pas les idées de la Waffen-SS.


A ce stade, les démissions ne sont plus acceptées. De plus, « l’honneur » veut que les Waffen-SS se battent par « fidélité » et continuent à servir jusqu’aux derniers jours. C’est « Le prix d’un Serment« . (55)

« Je te jure, Adolf HITLER, Führer germanique, d’être fidèle et brave. Je jure de t’obéir à toi et aux chefs que tu m’auras désignés, jusqu’à la mort. Dieu me vienne en aide. »










 

CONCLUSION


La recherche conduite pendant près d’un an dans le cadre de ce mémoire de maîtrise a été pour moi, très enrichissante. Elle m’a permis de rencontrer des hommes aujourd’hui rares, déjà âgés, le plus souvent discrets, voire secrets, avec lesquels peu de personnes ont pu discuter comme je l’ai fait.

Je me suis rendu compte qu’un fort esprit de « Kamaraderie« , comme ils le disent eux-mêmes, est présent parmi ces hommes. Aucun d’eux n’est vraiment seul ou délaissé tant qu’un autre est en vie. Ils sont très solidaires les uns des autres, et ont gardé le respect des grades de la hiérarchie militaire de l’époque. De leurs camarades qui ont rejoint  » la Grande Armée « , ils conservent tous un souvenir respectueux. Aujourd’hui encore, ces hommes disent être toujours fidèles au serment qu’ils avaient prêté à Adolf HITLER. D’ailleurs, une grande majorité portent toujours au bras gauche sous l’aisselle, le tatouage de leur groupe sanguin, signe de leur appartenance à la Waffen-SS.

Le début de mes recherches a été difficile, car rien ne me garantissait d’arriver à rassembler suffisamment de témoignages directs pour présenter une étude qui se voulait crédible et sérieuse. C’était aussi un défi, car le temps jouait contre moi. Je ne reviendrai pas sur les difficultés rencontrées et déjà évoquées dans l’introduction.

Ces hommes que j’ai été amené à rencontrer, furent beaucoup plus disposés à donner un témoignage oral enregistré qu’un témoignage écrit. Ce dernier est ressenti comme contraignant dans le fond et dans la forme. En raison souvent de leur âge, il leur fut plus facile de converser que d’écrire. Le témoignage oral est plus spontané et a l’avantage de donner lieu à des réponses plus directes, donc moins préparées. Il permet également de saisir les nuances de ton, et le poids oral de certaines phrases.

Ce sont les avantages du témoignage oral qui m’ont décidé à me lancer dans cette étude. Je voulais un travail de recherche qui me permît de communiquer avec d’autres personnes. Je ne voulais pas que mon mémoire fût fondé seulement sur des sources écrites. Ne voulant pas me transformer en sténographe plus ou moins fidèle, j’ai opté pour l’utilisation du magnétophone.

A travers les témoignages oraux présentés, et auxquels je donne volontairement une place importante, je souhaite avoir apporté un peu plus de lumière sur les raisons de l’engagement armé de volontaires français sous les différents uniformes allemands, tel qu’ils l’ont eux-mêmes vécu, ressenti, motivé.

Cette étude s’appuie sur les témoignages de certain volontaires. Les motivations étant des données purement psychologiques, propres à chaque volontaires (même s’il y a eu des motivations communes) il ne m’est pas possible d’en vérifier la valeur objective, mais je crois à leur sincérité. Il est toujours possible, bien qu’improbable, que des motivations aient été oubliées. Je pense sincèrement que ces entretiens font ressortir les motivations du plus grand nombre.

Elles nous permettent de mieux saisir l’état d’esprit de ces Français au moment où ils ont basculé dans la collaboration armée avec l’Allemagne nazie.

Il faut malgré tout, prendre du recul vis à vis des témoignages oraux et écrits recueillis, et les aborder avec l’œil de l’historien. Les témoins, ne pouvant pas être partout à la fois, ne donnent des événements qu’une vue partielle. Dans ces conditions, il est possible que des récits soient sensiblement contradictoires sur certains points. C’est par leur regroupement et leur étude que l’historien a une vision d’ensemble des faits.

De ces entretiens et de ces témoignages écrits, je n’ai pas l’intention ni la prétention de tirer des conclusions générales hâtives sur l’ensemble des volontaires. Ce que je rapporte ici se veut fidèle et honnête envers le respect que je dois à l’Histoire, et envers les personnes qui m’ont fait confiance en m’apportant une aide sans laquelle ce travail n’aurait pas été possible.

J’ai présenté ici, dans toute son étendue et sans artifice, l’éventail des motivations et des mentalités, tout au moins dans la mesure où j’ai pu les saisir et les élucider.

Les motivations les plus diverses animent ces hommes. Il est difficile de toutes les connaître et de pouvoir évaluer l’importance de chacune sur la décision d’engagement.

Il convient de distinguer quatre sortes de motivations:


a) Les motivations personnelles (Aventuriers, « gamellards« , droit commun, etc. )

b) Les motivations idéologiques (Perception du bolchevisme comme danger majeur, sentiment de l’existence d’une Europe, Patrie commune, etc. )

c) Les motivations circonstancielles (c’est à dire liées aux événements du moment.)

Ex : Création de la L.V.F en 1941 ou de la Waffen-SS en 1943 / 1944.

d) Une combinaison de plusieurs des raisons a), b), c).


Pourquoi ces hommes décident-ils de collaborer à un moment plus qu’à un autre ?

Selon Jean-Paul SARTRE:

« Le  » collaborateur  » ignore la nature qu’il porte en lui et qui se révélera un jour dans les circonstances favorables. »

Cette « nature » particulière, comment échoit-elle au collaborateur ?

Jean-Paul SARTRE parle de la collaboration au sens général du terme. Mais cette réflexion ne pourrait-elle pas être valable également pour une collaboration beaucoup plus engagée qui est la collaboration militaire ?

SARTRE pense que l’ « on ne collabore pas par hasard mais sous l’action de certaines lois sociales et psychologiques… »

Si pour une partie des volontaires l’acte de s’engager relève d’une décision prise sur un coup de tête pour d’autres, elle résulte d’un mûrissement inconscient dont les racines plongent dans l’enfance, dans le cadre familial avec l’influence du père, et dans l’éducation avec toutes les variantes individuelles.

Dans une de ses lettres, Henri SIMON, engagé directement dans la Waffen-SS en juillet 1943, confirme cette impression:

« Les orientations que peut prendre un adulte, dépendent parfois d’options qui ont été prises dans la prime enfance et c’est précisément mon cas. »

La finalité de mon étude n’est pas de dire si les volontaires français qui ont porté de leur plein gré un uniforme allemand ont eu tort ou raison.

Mon propos ne consiste pas non plus à faire l’apologie de leur engagement ou du National-Socialisme. Il ne m’appartient pas ici de porter un jugement de valeur et de décider, comme certains, s’ils ont été des « dévoyés » ou des « précurseurs« . L’affaire a déjà été entendue par les tribunaux. Toutefois, reconnaissons, comme l’a fait Philippe MASSON, que ces Français ont eu « le mérite d’avoir su lutter » et pour beaucoup mourir « pour une cause qu’ils croyaient juste« …

Même si ces hommes ont eu le courage de participer à une lutte antibolchevique impitoyable, et cela avec l’aval du gouvernement légal de la France, leur engagement aux côtés du IIIème Reich reste discutable. Il faut donc de la part de l’historien, toute sa disposition d’esprit à juger clairement et sainement les faits après en avoir pris connaissance. Il est souvent difficile de ne pas se laisser emporter par les passions que peut susciter un tel sujet d’étude. Pour ces raisons, je me suis efforcé de faire preuve de toute la circonspection possible afin de ne pas trop m’éloigner de la citation de Jean-Paul SARTRE présentée en épigraphe:

« Si nous voulons comprendre l’attitude des collaborateurs, il faut les considérer sans passion et les décrire avec objectivité d’après leurs paroles et leurs actes. »


FIN




 







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