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I) FRANÇAIS DE LA L.V.F:

12 03 2008

I)  FRANÇAIS DE LA L.V.F:

A. CREATION DE LA L.V.F.

Tâchons de reconstituer l’ambiance des origines à travers des extraits de presse de l’époque et des témoignages divers de survivants.

1: De  » BARBAROSSA  » à l’initiative de la L.V.F.

a. Les conséquences du 22 juin 1941.

 » Nous nous élançâmes à l’Est, comme la Grande Armée de Napoléon s’était élancée le 22 juin 1812 contre le même ennemi.  » (Otto SKORZENY) (04)

A 3 heures 15 minutes, le dimanche 22 juin 1941, avec l’opération  » BARBAROSSA « , la guerre est devenue celle du National-Socialisme contre le bolchevisme.

Dans « la Gerbe » (05) du 3 juillet 1941, DORIOT annonce que :

 » Jusque-là, la guerre était celle de la révolution Nationale- Socialiste contre la ploutocratie anglo-américaine. Elle devient aujourd’hui, par surcroît, une guerre contre cette forme de civilisation particulièrement avilissante qu’est le bolchevisme. « 

L’idée, que le communisme va payer, est exprimée par de nombreux quotidiens et hebdomadaires. Pour DORIOT, dans le « Cri du peuple » (06) du 27 juin 1941, il est temps  » d’écraser l’infâme « .

La presse fait ressortir qu’il faut dans ce conflit, être du côté de l’Allemagne car, selon cette presse, aucune hésitation n’est permise quand il faut choisir entre l’Allemagne et l’U.R.S.S.

Pour les militants d’un parti comme le P.P.F (Parti Populaire Français), et bien que ces hommes ne soient pas des nationaux-socialistes, il faut faire désormais un choix difficile entre deux sortes d’Europe politique possibles. Ils sont mis en présence d’un système dualiste où les journaux présentent, dans ce conflit, le Bien incarné par l’Allemagne et le Mal représenté par l’U.R.S.S.

Jusqu’à l’opération « BARBAROSSA « , les raisons qui nourrissent la collaboration sont axées sur l’antijudaïsme, l’anglophobie et le rejet de la démocratie.

A propos de cette dernière, Pierre RUSCO nous donne son opinion :

 » Il y avait à l’époque un changement de société qui était en train de s’établir. Le système démocratique d’avant-guerre était en train de s’effondrer. Les scandales financiers déconsidéraient la démocratie.  »

 » BARBAROSSA  » donne sa véritable dimension à la collaboration. La nouvelle situation politique affronte maintenant deux blocs irréconciliables.

De leur côté, les communistes français, par une édition spéciale de « l’Humanité » clandestine tirée en raison des événements, accusent Adolf HITLER d’avoir purement et simplement violé le Pacte germano-soviétique de non-agression signé par RIBBENTROP et MOLOTOV le 23 août 1939.

« Le Petit Parisien« (07) du 2 février 1942, retrace le discours de Jacques DORIOT au Vél’d'Hiv’ le 18 juillet 1941:

 » Jacques DORIOT souligne encore jusqu’à quel point était grand le danger que les armements communistes faisaient planer sur l’Europe. Rien n’aurait pu arrêter, dans un an ou deux, cette monstrueuse vague d’assaut. « 

Pour DORIOT, il semble bien qu’en attaquant l’U.R.S.S, Adolf HITLER ne fait que voir d’avance l’événement qui va frapper l’Europe et, alors, il préfère anticiper en attaquant le premier. Selon des témoignages d’anciens de la L.V.F, il semble que STALINE avait l’intention d’attaquer l’Europe occidentale au mois de juillet 1941. Cette date nous est confirmée par André BAYLE dans son livre « de Marseille à Novossibirsk » :

 » On sait maintenant avec certitude que STALINE devait attaquer l’Europe occidentale le 8 juillet 1941 et provoquer le soulèvement de tous les communistes européens.  » (07a)

L’invasion de l’U.R.S.S par les armées allemandes est donc en quelque sorte ce qu’attendait consciemment ou inconsciemment les chefs des partis politiques collaborationnistes pour donner enfin à leur action une dimension à la hauteur de leurs espérances. Ces quelques hommes vont prendre une initiative très importante avec la création de la L.V.F.


b. L’initiative politique de la L.V.F.

 » Depuis l’armistice, il s’est produit un fait d’une importance considérable. Et je ne parle pas ici d’entrevue célèbre aux résultats purement potentiels par la faute de certaine révolution de palais, je parle d’un changement substantiel qui s’est produit dans les rapports entre la France et l’Allemagne le jour où le Führer a autorisé la création d’une légion française contre le bolchevisme.  » (08)

Le premier a avoir proposé publiquement la création d’une L.V.F est Jacques DORIOT. Il veut se venger des communistes, ses anciens camarades de lutte.

Mais, dès le 23 juin 1941, par une alliance de circonstance, DEAT et DELONCLE veulent prendre certainement de vitesse DORIOT à propos de son initiative d’une L.V.F. Dans ce contexte, le 30 juin 1941, « Je suis Partout » (09) affirme sous la manchette « La Russie contre l’Europe » que le M.S.R (Mouvement social révolutionnaire), créé en septembre 1940 et dont le chef est Eugène DELONCLE, a réclamé la création d’une légion de volontaires français afin de lutter contre le bolchevisme.

Une première rencontre rue de Lille, à l’ambassade du Reich à Paris, réunit le 06 juillet 1941, les principaux représentants de la collaboration à Paris, à savoir : DORIOT, DEAT, COSTANTINI et BUCARD. Ces hommes se retrouvent face à l’ambassadeur Otto ABETZ qui leur annonce que l’idée d’une L.V.F est acceptée.

En effet, le principe d’un corps expéditionnaire composé de volontaires français pour combattre sur le front de l’Est, est décidé le 07 juillet 1941 à l’hôtel Majestic sous la présidence du conseiller WESTRICK, représentant l’ambassadeur Otto ABETZ.

Cette réunion rassemble Eugène DELONCLE (qui sera la premier président de la L.V.F), Marcel DEAT (qui a créé le R.N.P en février 1941), Pierre COSTANTINI (chef de la igue française et du Mouvement social européen, directeur du journal « L’Appel« ), Jean BOISSEL du Front franc et, Pierre CLEMENTI du Parti français national collectiviste (le P.F.N.C). Pierre CLEMENTI sera présent de 1942 à 1943 à la L.V.F dans la 2ème section de la 1ère compagnie à DENISOWITSCHI. Il aura le grade d’aspirant (selon le témoignage d’Yves PE…).

Pierre CLEMENTI, directeur de l’hebdomadaire « Le Pays Libre« (09a), avait lui-même déclaré le 18 juillet 1941 au Vél’ d’Hiv’ que  » la seule façon de prouver sa vérité, c’est de risquer sa peau. « 

Le lundi 07 juillet 1941, la presse collaborationniste annonce la constitution de la L.V.F qui sera officialisée et reconnue « d’utilité publique » en février 1943.

Le 11 février 1943, le gouvernement LAVAL reconnaît cette unité, en signant la loi n°95. Avec Fernand de BRINON nommé à la tête du mouvement par le décret datant du 17 février 1943, la L.V.F devient officielle.

Cette création est l’événement du jour. Plusieurs journaux comme « L’Oeuvre » (10) de Marcel DEAT y consacrent leurs colonnes. Le communiqué de presse officiel annonce que la L.V.F est créée  » pour lutter, aux côtés de l’armée allemande et de ses alliés jusqu’à la victoire finale sur la Russie et le Bolchevisme.  »

Donc, le gouvernement de Vichy n’est pas à l’origine de cette création. Du point de vue juridique, la L.V.F est considérée comme une association sans but lucratif régie par la loi de 1901. Pourtant, la L.V.F ne sera pas  » sans but lucratif  » pour tous, surtout pour certains cadres qui resteront à Paris (J. DELARUE) (11).

Dans « Les Volontaires » (12), SAINT-LOUP évoque ce sujet à travers le sous-lieutenant CUNY. Ce dernier craint que les volontaires de la L.V.F ne servent  » d’alibi à tous les profiteurs de la collaboration  » à commencer par les cadres qui trafiquent avec les colis et les vêtements, l’essence qu’ils vendent au marché noir.

Toutefois, pour soutenir les volontaires, un comité d’honneur de la L.V.F est créé. Il comprend des personnalités comme le cardinal BAUDRILLART, de l’Académie française, recteur de l’université catholique de Paris, qui déclara en parlant des hommes de la L.V.F, qu’ils sont  » les meilleurs fils de la France. « 

Les académiciens Abel BONNARD et Abel HERMANT ainsi que le physicien et industriel Georges CLAUDE, le président de la fédération de la Presse Jean LUCHAIRE et l’écrivain Alphonse de CHATEAUBRIANT, ont également fait partie de ce comité.

En ce qui concerne Jacques DORIOT, dont l’action est importante, sa présence à la réunion de la rue de Lille n’est pas confirmée par mes sources. Il y a néanmoins une forte probabilité pour que Jacques DORIOT y ait assisté. En revanche, Marcel BUCARD qui avait quitté le projet de la L.V.F, n’y assiste pas. DORIOT est, en tous les cas, à l’initiative du mouvement, d’autant plus que l’idée d’aller affronter les communistes à l’Est, donc chez eux, est déjà dans l’esprit de son parti, le P.P.F.

Au sein des partis collaborationnistes, des demandes avaient déjà été déposées pour la création d’une telle unité. Certains se disaient désireux de participer  » à l’effort commun des nations européennes.  » (J. DELARUE) (13)

En regardant d’un peu plus près l’ensemble des noms qui sont à l’origine de la création de la L.V.F, on peut légitimement se poser des questions sur les véritables intentions de ces chefs de partis : cette initiative semble correspondre davantage à une finalité politique qu’à un but purement militaire. En outre, cette motivation ne correspondrait-elle pas plus à des impératifs financiers assez éloignés d’un réel idéal politique désintéressé ?

Selon des témoignages, pour chaque chef politique de la collaboration, l’intérêt va être également de faire partir sur le front le maximum de responsables des autres formations politiques afin de rester seul maître de la situation en France et, le cas échéant, de s’assurer le pouvoir. Selon Pierre MILZA, ces hommes ne voulaient pas  » s’éloigner de l’anti-chambre du pouvoir « . (13a)

Les premiers à se présenter comme candidats au départ, sont d’ailleurs des militants du R.N.P et autres mouvements du même type. Ces hommes sont là certainement plus par discipline de parti que par enthousiasme irréfléchi.

Mais il ne faut pas confondre « membres fondateurs » de la L.V.F, et sincères « candidats volontaires » au départ au titre de la L.V.F.

Les chefs de la collaboration siègent au « comité central de la L.V.F » chargé d’organiser le recrutement. Celui-ci commence en août 1941 à la Caserne Borgnis-Desbordes de Versailles,  » avec l’assentiment de Monsieur le Maréchal PETAIN, chef de l’Etat Français, et l’acquiescement du Führer  » selon le « Cri du peuple » (06) du 08 juillet 1941. Le doute persiste cependant…


2: Le recrutement des candidats.


  1. Effectif de la L.V.F.


La première convocation a lieu le 27 août 1941 à la caserne Borgnis-Desbordes qui se situe 16, avenue de Paris à Versailles. Le lendemain commence la visite médicale d’incorporation.

Par rapport aux espoirs des fondateurs de la L.V.F, le nombre des candidats qui se présente est relativement faible. De plus, le nombre des volontaires va être encore réduit par « une très sévère sélection » (14).

Beaucoup de candidats ne passent pas la barrière de la visite médicale d’incorporation, comme nous le montre d’ailleurs SAINT-LOUP dans « Les Volontaires« (15). Sur 1679 candidats le 28 août 1941, « 800 sont éliminés, dont 70% pour caries dentaires ou incisives déchaussées ! ». SAINT-LOUP n’est autre que Marc AUGIER, engagé en 1942 à la L.V.F comme sergent pour se battre aux côtés des Allemands contre les Russes.

Le 20 août 1942, Robert LOUIS âgé de 17 ans s’est engagé à la L.V.F. Il fut à la 5ème compagnie du 2ème bataillon. Plus tard, à la « CHARLEMAGNE » il sera à la 9ème compagnie obusiers du 58ème régiment. Il nous dit aussi que « la sélection était dure« .

« En août 1942, sur 80 candidats plus de la moitié n’ont pas été admis pour des motifs que j’ignore. »

Un autre témoignage nous est donné sur la L.V.F par l’Unterscharführer (sergent) de l’ex Waffen-SS André BAYLE (né le 20 mai 1926, engagé dans la Waffen-SS le 15 mars 1943 à 17 ans) dans son livre « DE MARSEILLE A NOVOSSIBIRSK« . Il nous confirme bien les faits et nous cite quelques chiffres en exemple: (15a)

Le 02/04/1942, 13 candidats sont retenus sur 75.

Le 16/06/1942, 10 candidats sont retenus sur 20.

Le 15/12/1942, 20 candidats sont retenus sur 52.


Est-ce une trop grande sévérité des médecins allemands ou l’hygiène buccale déficiente des candidats à la L.V.F ?

Il semble que ce soit une des caractéristiques des Français de l’époque!

Les médecins allemands appliquent les normes de recrutement de l’armée allemande en matière de santé, et c’est pour cette raison que de nombreux candidats sont refusés. Mais, pour ceux qui passent avec succès la barrière de la visite médicale, la sélection va encore s’effectuer lors d’une rude instruction militaire au cours de laquelle de nombreux volontaires seront encore éliminés.

On peut estimer que la L.V.F voit défiler dans ses rangs, entre 5800 et 6429 volontaires. Les légionnaires sont assez nombreux pour former un corps expéditionnaire de deux bataillons constituant ainsi le régiment n°638 de la Wehrmacht.

Selon Pascal ORY, il n’y a jamais eu plus de 2300 hommes en campagne en même temps. Selon mes sources, le nombre des prétendants à cette unité représentait bien plus du double de l’effectif final. Les candidats furent 19.788 à se présenter (15b). On peut estimer qu’un peu plus d’un candidat sur deux a été refusé.

Le 12 mai 1942, Pierre LAVAL envoie une lettre à Joachim VON RIBBENTROP où il reconnaît que:

« La France est représentée, de façon symbolique sur le front de l’Est par la légion antibolchevique. Il serait possible d’en augmenter les effectifs, et le gouvernement français a décidé de donner, à tous les anciens et futurs volontaires, l’assurance que leurs intérêts personnels et ceux des membres de leurs familles seront sauvegardés avec équité. » (15c)

Le rôle et l’action de la L.V.F restent donc modestes par rapport aux nombreux combats qui se sont déroulés sur le front de l’Est, mais aussi par rapport aux effectifs engagés. De toute manière, au vu des chiffres, on peut se poser la question : comment quelques milliers de volontaires français pouvaient-ils espérer modifier le cours des événements ?

Pour quelques-uns, comme l’avait dit le baron Pierre de COUBERTIN aux sportifs : « L’essentiel, c’est de participer. »

Pour SAINT-LOUP dans « Les Partisans » :

« Nous pouvons seulement regretter que dans ce pays, qui est foncièrement anti-marxiste, le coup de tonnerre de juin 1941 n’ait pas éveillé de résonances plus vastes. Nous pouvons regretter qu’un peuple comme le nôtre, [...] prompt à partir en guerre sur des idéologies, [...] n’ait pas, cette fois, [...] éprouvé le besoin de se lever en masse pour des fins à la fois nationales et mystiques. » (16)

Dans « J’ai vu l’Allemagne« , SAINT-LOUP nous donne son explication de l’indifférence dont fait preuve le peuple de France à l’égard du combat qui se déroule sur le front de l’Est.

« Il est facile de comprendre pourquoi ce combat pour l’Europe ne recueille pas facilement l’adhésion des masses. C’est parce qu’il est tout le contraire d’une action démagogique. Il est simple de rallier des millions de partisans sur le pain, la paix, la liberté, à la portée de tous les fainéants. Mais la vie s’inscrit en faux contre une telle politique. » (17)

DORIOT pose également la question des effectifs:

« La France officielle comme le peuple de France vont-ils continuer à bouder et refuser d’entendre l’appel de la raison et du sang ? »

« Le Petit Parisien » (7), édition de Paris du 2 février 1942, rapporte le discours de Jacques DORIOT, au Vél’ d’Hiv’ le 18 juillet 1941. DORIOT dit, en parlant des volontaires de la Légion, qu’ils ne sont qu’ « une poignée d’héroïques Français… » Ce jour-là, DORIOT est venu expliquer aux français pourquoi ils doivent s’engager dans cette lutte contre le bolchevisme.

En réalité, la L.V.F a été marginalisée avant même sa création. En effet, il semble très probable que le gouvernement du Reich a, depuis le début des tractations, fixé secrètement un numerus clausus à l’effectif de la légion : celle-ci, ne doit pas, par mesure de sécurité pour le Reich, dépasser 10.000 ou 15.000 volontaires selon les sources.

Pour Philippe MASSON « Hitler n’éprouve que méfiance à l’égard de ces volontaires européens, français notamment. » Il pense que Vichy veut rétablir une armée à l’ombre de la L.V.F (17a). Au moment de la création de la L.V.F, les Allemands ne souhaitent qu’une présence symbolique de ces volontaires français. Une présence trop importante de ces Français en armes sur le front est perçue comme un danger potentiel, cette troupe pouvant à tout moment se retourner contre l’armée allemande, selon certaines personnalités du Reich.


b) Origine sociale des candidats volontaires.


Pour Jean BASSOMPIERRE, officier de la L.V.F et de la CHARLEMAGNE : « Il y avait un peu de tout. » (17b)

L’ « Illustration » (18) de juillet 1942 annonce que 90% des volontaires de la L.V.F sont des « manuels ». Qu’en est-il ? Est-il possible de se faire une idée réaliste de l’origine sociale des « gars » de la L.V.F ?

Bien que divers, les candidats à la L.V.F ne sont pas forcément la reconstitution, à une échelle réduite, des différentes catégories sociales ; malgré tout, on peut dire de cette formation qu’elle est un reflet de la société française de l’époque. Par conséquent, la L.V.F récupère dans une proportion sensible ce que Jean-Paul SARTRE nomme « le déchet social« , car pour ce dernier :

« Le déchet social pratiquement négligeable en temps de paix, devient très important dans le cas d’une défaite suivie d’occupation. » (19)

La L.V.F rassemble en son sein des hommes d’origine sociale diverse. Il y a des chômeurs, des ouvriers, des étudiants… Ancien de la L.V.F, Jean CASTRILLO quittait le lycée :

« Je faisais mes études, je voulais être professeur d’histoire et, j’ai abandonné mes études après mon bac philo pour partir en Russie. »

La catégorie socioprofessionnelle ouvrière est probablement une des mieux représentées à la L.V.F.

Selon Jean DEFRASNE :

« La collaboration armée a une base plus populaire, même si sa direction est bourgeoise. A la L.V.F on trouve des employés, des ouvriers, des salariés agricoles, des immigrés, mais aussi des notaires, des avocats, le journaliste Marc AUGIER, le fils du Général BRIDOUX, l’officier BASSOMPIERRE. » (19a)

Dans « Je Suis Partout » (9) du 30 mai 1945, Jean MAUBOURGET, secrétaire de rédaction, qui ira à la Milice, déclare que « les hommes vraiment forts sont des hommes simples. »

Dans « Le Matin » (20) du 27 mars 1944, nous pouvons lire que « les mains calleuses n’ont jamais déshonoré l’homme… Elles l’élèvent. »

Quant à SAINT-LOUP, il reconnaît dans « Les Partisans » que « chaque croisade avait sa part d’aventuriers et de vagabonds » mais, « une légion n’est pas composée que de clochards ou d’aventuriers de basse classe » (21).

Mais, pour SAINT-LOUP:

« Il ne faut pas oublier qu’à la tête des civilisations nouvelles, ce sont des aventuriers qui marchent au premier rang » et que, de toutes façons, « on ne fera pas rapprochement franco-allemand avec des petits saints, des bourgeois et des enfants de Marie. » Car, « le rapprochement franco-allemand, qui est le devoir de notre vie, ne se fera pas dans les salons, entre littérateurs et douairières. »

Dans le numéro du 17 avril 1944 d’ « Aujourd’hui » (22), Mgr Mayol de LUPE en disant également des légionnaires qu’ils « ne sont pas tous de petits saints« , ajoute que pour la mission qui a été confié à ces hommes, cela est préférable.

Il y a des gens qui viennent simplement se battre pour la France. Ils ne cherchent pas à savoir si la Légion est une initiative politicienne, privée ou gouvernementale, de Pétain lui-même ou de quelque autre. Pour ces personnes, la France a besoin d’eux ils sont prêts à donner leur vie pour la patrie.

Lucien REBATET dit d’un des volontaires de la L.V.F qu’il a rencontré et auquel il offrit une chope, que, « c’était un grand bougre rigolard de Parisien très peuple, et un peu truand. » (23) Ce portrait n’est-il pas quelque peu condescendant ?

Parmi les candidats à la L.V.F, il y a des individus louches ayant eu certainement des démêlés avec la justice et qui, cherchent un refuge contre les poursuites pénales. Ces hommes ne sont pas toujours acceptés. Quand ils le sont, le recrutement contribue souvent à les transformer.

Robert LOUIS, qui avait passé son C.A.P de menuisier ébéniste, avait décidé de s’engager à la L.V.F. Etant mineur, son père lui signa une autorisation. Robert LOUIS appartenait aux Jeunesses de France et d’Outre-Mer qui représentaient la nation lors de manifestations organisées par le gouvernement de Vichy. Il nous donne son témoignage:

« Il fallait un casier judiciaire vierge. Les candidats qui avaient commis de gros délits n’étaient pas admis à la L.V.F. »

Dans les premiers jours, il faut reconnaître que des « gars » sont certainement candidats à la L.V.F parce qu’ils n’ont pas grand chose à perdre en venant profiter de ces deux ou trois jours durant lesquels des repas sont offerts à la caserne Borgnis-Desbordes à Versailles, en attendant la sélection. Ce sont les candidats de « l’intérêt gamelle« …

L’ancien sergent-chef de la L.V.F qu’est Jean CASTRILLO témoigne sur cet aspect :

« Il y avait des  » gamellards « , des droit commun, mais par la suite c’était gommé. Ils n’étaient pas tous comme ça. Il y avait les combattants de l’armée régulière et de la Légion étrangère. »

Pour Ludovic M… :

« Beaucoup de gars de la Légion étrangère sont venus à la L.V.F pour terminer leurs temps de retraite. On les entendait du matin au soir chanter  » Tiens voilà du boudin « . Il y avait toute la société représentée. »

Gaston L’A…, qui avait 20 ans en avril 1941, voulait s’engager à la L.V.F. Il ne l’a pas fait pour justement cette raison qu’ « à Versailles, il y avait de tout« . « Cela ne m’a pas plu car j’étais un idéaliste« , me dit-il. Gaston L’A… préféra s’engager en octobre 1941 dans la Brandebourg, car, à part la L.V.F, c’était le seul endroit où des Français pouvaient s’engager à cette date.

A la L.V.F, il y avait aussi des hommes sans sou ni maille, des « chômeurs attirés par les primes d’engagement. » (24) Mais l’intérêt financier représentait-il vraiment un attrait réel sur les candidats?


c) Intérêt financier ?


SARTRE:

« Certes on peut décider à priori que les trahisons sont toujours motivées par l’intérêt et l’ambition. » Mais, « il y a eu aussi des collaborateurs désintéressés, qui ont souhaité en silence la victoire de l’Allemagne sans tirer profit de leurs sympathies. » (25)


Pour le grand public qui, connaît très mal les différents aspects de cette collaboration militaire, le mobile financier est celui qui l’emporte dans les raisons qui ont incité les volontaires à s’engager.

Quelles sont les informations qui peuvent nous permettre de mieux évaluer le poids de cet élément et de dire si la L.V.F a présenté un attrait financier pour ses candidats ?

Pour Jean-Pierre AZEMA, dans la collaboration militaire des Français volontaires pour le front de l’Est, il faut voir une « collaboration mercenaire » (26). Cependant, J-P AZEMA admet que « cette terminologie est là encore ambiguë« . En effet, le mot « mercenaire » a plusieurs sens. Le mercenaire est un homme qui perçoit sa solde d’un gouvernement étranger, ce qui est bien le cas ici. Mais, la définition du mot « mercenaire » indique que ce soldat n’est inspiré que par la seule considération du gain. Le mercenaire peut cependant avoir un travail très pénible avec un salaire de misère…

Il est peut-être vrai que les légionnaires sont mieux payés que les soldats français. Mais, comme nous le dit SAINT-LOUP dans « Les Partisans« , en parlant des légionnaires : « nous ne sommes pas [...] des mercenaires de l’Allemagne. » (27)

Mais « après quelques mois passés sous l’uniforme, la plupart se  » dénationalisaient «  » (28), et la L.V.F était de moins en moins française, selon Jean-Pierre AZEMA. Un certain nombre de légionnaires se comportent alors effectivement comme des mercenaires et en ont l’état d’esprit à défaut d’en avoir certainement le salaire.

Pour le simple volontaire, la légion est loin d’être le meilleur moyen de s’enrichir. Et d’ailleurs, survivra-t-il assez pour profiter de cet argent ? Bien sûr, ces hommes ne savent pas encore exactement ce qui les attend sur le front, quelles seront les conditions dans lesquelles ils se battront, mais ils sont tout de même conscients du fait qu’ils vont assurément au casse-pipes.

Les pourcentages très forts avancés parfois, tels que 85% de volontaires engagés dans ce seul but financier, ne me semblent fondés sur aucune donnée concrète et fiable. Je me permets de faire cette remarque en m’appuyant sur les témoignages de l’ensemble des acteurs témoins que j’ai rencontrés. Les « anciens » reconnaissent que certains de leurs camarades de combat ont peut-être eu ce type de motivation, mais que leur nombre reste, en tout état de cause, insignifiant.

Dans « Les Volontaires« , SAINT-LOUP indique que les légionnaires touchent la solde qui correspond à « vingt francs par jour » (29). Ce point est confirmé par Pierre RUSCO dans « Stoï ! (40 mois de combat sur le front russe) ». Toujours selon SAINT-LOUP, les légionnaires reçoivent par la suite, « mille deux cents francs par mois que la Wehrmacht verse au Crédit Lyonnais de Versailles à titre d’allocation familiale. » Pour ceux qui iront sur le front de Russie, la prime de combat sera de 20 francs par jour.

SAINT-LOUP donne des précisions sur ce sujet dans « J’ai vu l’Allemagne » :

Un « exemple de la manière dont l’Allemagne conçoit le socialisme pour les combattants d’Europe. Si vous vous engagez dans la Légion française contre le bolchevisme, vous toucherez comme célibataire, 2400 F par mois, comme adjudant-chef 6000 F, comme lieutenant marié sans enfant 8620 F par mois. » (30)

Pour ce cofondateur et co-secrétaire du mouvement des « Auberges de la jeunesse« , qui se dit pacifiste socialisant en rupture avec le Front populaire, et ami de Léo LAGRANGE, l’écart des salaires du soldat allemand et du soldat français de la dernière guerre n’ont rien de comparable. En France, il y a vraiment à cette époque une « monstrueuse inégalité sociale » entre « le prolétariat de la bataille et son aristocratie. » A ceux qui ne cessent de répéter que « la Légion est une armée mercenaire de l’Europe et qu’il est conforme à la tradition militaire de payer grassement les mercenaires« , SAINT-LOUP répond simplement que « les salaires de la légion sont ceux de l’armée allemande. »

Selon lui, les soldes des engagés volontaires français ne correspondent pas à des primes surélevées versées à des mercenaires. L’armée allemande était seulement mieux payée, semble-t-il, que l’armée française.

Jean CASTRILLO nous donne son point de vue sur la question: « Je ne crois pas à l’engagement mercenaire, car 1,25 Reichsmark par jour, c’est peu. »

Il faut, tout de même dire que les annonces et encadrés des journaux mettent bien l’accent sur « de très belles conditions, très avantageuses » d’engagement. Les articles insistent sur les « très belles conditions matérielles pour les engagés et leurs familles. »

Pour « Le Matin » (20) du 25 août 1943, le mot d’ordre du service de la Légion peut être : « Le légionnaire se bat, la légion veille« . L’article précise que la légion prendra soin de la femme et de la famille du légionnaire. Ils « sont à l’abri du besoin. »

Au début, des candidats ont été certainement attirés par les primes d’engagement et par la paye. Par la suite, seuls les volontaires vraiment motivés arrivent à tenir le choc de la sélection physique sur le terrain, lors de la formation militaire. Les profiteurs sont renvoyés en France, les plus remuants et les volontaires qui ne respectent pas le contrat, peuvent être, selon les cas, dirigés vers le camp de concentration de Dantzig-Mantzkau réservé aux membres indélicats de la SS.


B. UN MONDE POLITIQUE.


1: Les hommes publics.


a. Qui sont-ils ?


« Parmi ceux qui décidèrent de porter l’uniforme allemand se trouvèrent des rares hommes politiques qui avaient chois de faire passer dans des actes leur engagement  » européen « . » (Jean-Pierre AZEMA) (31)

Les chefs politiques, les écrivains et les journalistes proprement dits, à une ou deux exceptions près, préfèrent demeurer loin des combats du front de l’Est. citons l’exemple de Lucien REBATET qui nous dit, dans le supplément au bulletin d’Inter-France du 27 juin 1941, après l’opération « BARBAROSSA » :

« Je n’ai plus q’une pensée : je veux aller sur le front de Russie… Notre guerre, à nous, nationalistes, nous comprenons plus que jamais que ce sont les armées allemandes qui le font. Je veux y participer… »

Donc, bien avant la création de la L.V.F, Lucien REBATET prend position. Cependant, il restera à Paris et deviendra un « combattant du porte-plume« , car il ne veut pas demander un fusil. « Ce ne serait qu’un geste puéril » selon lui. (32)

A la suite du succès de son livre « Les Décombres« , Lucien REBATET écrit dans ses « Mémoires d’un fasciste » (1941-1947) : « J’avais fait mon travail de combattant » (33).

En fait, Lucien REBATET a déposé une demande pour être autorisé à suivre la campagne de Russie en tant que correspondant de guerre, mais aucune suite n’a été donnée à sa demande.

Citons maintenant de Robert PIERRET, directeur de l’hebdomadaire « Au Pilori« , du 29 novembre 1940 à septembre 1941, date à laquelle PIERRET s’engage dans la L.V.F où il est directeur politique. Le 10 juillet 1941, Robert PIERRET écrit : « il n’y avait pas de collaboration réelle sans fraternité d’armes franco-allemande. »

Il y a deux sortes d’hommes publics dans la collaboration : ceux qui restent en France et ceux qui ont « été sincères jusqu’aux frontières de la vie et de la mort » (34) et ont adopté un comportement conforme à leurs idées. Mais, ces deux sortes d’hommes sont complémentaires. Ils font partie d’une machine colossale, la collaboration.

Pour Pierre MILZA, dans « Fascisme Français (passé et présent) », « dans le petit monde des leaders politiques de la collaboration, l’enthousiasme guerrier n’a pas été plus grand. » (35)

Ce que dit Pierre MILZA est vrai, mais il est utile d’apporter quelques précisions afin d’avoir une meilleure vue d’ensemble de ces « leaders politiques de la collaboration. »

En juillet 1941, ces chefs de mouvements politiques ne sont plus très jeunes. Il faut donc tenir compte de leur âge et de leur état de santé. BUCARD, COSTANTINI, DEAT, DELONCLE, et DORIOT, avaient tous fait la guerre de 14/18 et en étaient revenus décorés. Ces hommes avaient donné des preuves de leur valeur militaire.

COSTANTINI était âgé de cinquante-deux ans, DEAT avait quarante-sept ans, et DELONCLE venait d’avoir cinquante et un ans en juin. BOISSEL, du Front franc, était invalide à cent pour cent (borgne) et BUCARD n’était plus associé au projet de la L.V.F. Il déconseillait même à certains de ses militants de s’engager dans une collaboration militaire.

Jean FONTENOY, Jean GOY et Jean VAN ORMELINGEN (dit VANOR) iront en Russie.

Des chefs de Partis, ce sont les deux plus jeunes qui se sont engagés. CLEMENTI avait trente et un ans, et DORIOT était âgé de quarante-trois ans. Examinons son cas de plus près.


b) Rôle et engagement de DORIOT.


Il déclare le 26 juillet 1941:

« Il est bien entendu que je suis le premier des volontaires ». Pour « le premier parti de France » (au double sens du terme), « cette guerre devient aujourd’hui une guerre contre cette civilisation avilissante qu’est le bolchevisme. »

Bolchevisme avec lequel DORIOT déclare avoir cessé toute relation : « J’ai rompu avec le bolchevisme. »

Ce « communiste repenti, orateur prestigieux et, suffisamment courageux pour avoir fait acte de présence sur le front » est parti le 04 septembre 1941 pour l’Allemagne avec le premier contingent de Français. Tels sont les termes employés, pour parler de DORIOT, par Henri SIMON engagé en juillet 1943 dans la Waffen-SS.

J’accorde une place importante au témoignage de Pierre RUSCO qui nous donne des informations sur DORIOT :

« J’étais à la L.V.F avec DORIOT. Il était au bureau I.C (bureau de renseignements). Il interrogeait les prisonniers russes et nous donnait les renseignements. DORIOT parlait parfaitement le Russe. Mais jamais, jamais DORIOT ne parlait de politique à la L.V.F. il n’y avait que des soldats et pas de politique dans l’armée. S’il faisait de la politique, c’était en France. C’est une chose importante et je peux vous l’assurer. Jamais il n’y a eu de politique à la L.V.F. aucun des partis politiques qui a formé cette unité n’a fait de politique à l’intérieur. C’est une question de principe. Le P.P.F de DORIOT a eu peut-être de l’influence sur ses adhérents, mais jamais sur l’ensemble de la L.V.F qui était indépendante. »


DORIOT est présent sur le front de l’Est au sein de la L.V.F d’août 1941 à août 1943 pendant des périodes plus ou moins longues. Il fait des allers et retours entre le front de Russie et la France, pour s’occuper du fonctionnement de son parti et des réunions.

Après son engagement, DORIOT reconnaît que s’il devait refaire ce qu’il a fait en septembre, c’est à dire s’engager, il « le referait encore avec plus d’ardeur. »

Son exemple va susciter des vocations et des engagements.

Le Général allemand OSCHMANN, commandant la division d’infanterie, reconnaît, au moment de remettre à Jacques DORIOT sa croix de fer le 01er septembre 1943, que l’engagement de ce dernier a servi d’exemple et a suscité l’émulation.

On peut lire dans « Le Matin » (20) du 20 décembre 1943, les propos de OSCHMANN à DORIOT: « La plupart des combattants de la légion se sont recrutés dans les rangs de vos partisans. »

Beaucoup de membres du P.P.F vont s’engager dans la L.V.F à l’instar de leur chef.


2) Des légionnaires politisés.


Certains légionnaires ont d’abord appartenu aux mouvements politiques collaborationnistes qui ont pris l’initiative de la L.V.F.

Jean CASTRILLO, engagé en 1942 à la L.V.F, venait du P.P.F. Il témoigne :

« Les non-motivés idéologiquement à la L.V.F, c’était un sur quatre. Il y avait certaines unités qui étaient très politisées. »

Ludovic M… était à l’U.P.J.F, la Jeunesse du P.P.F: « Je me suis engagé à la L.V.F avec de nombreux camarades du P.P.F. »

Antoni N… était étudiant et militant à l’Action française, puis à la fin de la guerre, au P.P.F. il nous donne son avis : « Il faut le dire, surtout au début, la L.V.F était à prédominance P.P.F alors, comme presque tout le monde l’était, on n’en parlait plus. »

Henri SIMON, ancien cadre du Parti Franciste, s’est engagé directement dans la Waffen-SS en juillet 1943 malgré l’opposition de Marcel BUCARD. Il nous donne son point de vue sur la L.V.F qu’il connaît bien et où il a des amis.

« J’aurais pu même passer par la L.V.F, car le désir de prendre part à la croisade à l’Est était grand, mais on connaît le contexte politique de l’Occupation qui était distribué en quelques partis franchement antagonistes. La L.V.F était sous la coupe du P.P.F, le parti de Jacques DORIOT. »

Jean CASTRILLO nous raconte :

« Mon père est entré au P.P.F en 1937 et je suis entré aux Jeunesses populaires françaises en 1938. Dès l’âge de quinze, seize ans, j’ai milité au P.P.F. DORIOT considérait que la L.V.F était un peu son bien, donc il fallait que des gens du parti s’engagent. C’est par motivation politique et aussi parce que je suivais les consignes que mon parti me donnait. Je suis un engagé politique à fond. »

En arrivant à la L.V.F, Jean CASTRILLO est :

« … tombé dans une des compagnie les plus politisées du bataillon. J’étais toujours politiquement relié à Paris. Il y avait toujours une correspondance assez étroite entre nous et le parti. D’ailleurs, à la Waffen-SS, je serai propagandiste de la compagnie pour le parti avec l’autorisation du Général KRUKENBERG. »

Yves PE… m’indique que pendant les trois semaines qu’il a passées au camp d’instruction de Deba, les journées étaient « assez remplies pour ne pas être troublées par les rivalités politiques qui resurgiront plus tard. »

En prenant place à la L.V.F, DORIOT semble vouloir faire de cette unité constituée un moyen d’action au service de sa politique.

Comme l’indiquent Henri SIMON et Jean CASTRILLO dans leurs témoignages, la légion antibolchevique devient une annexe du P.P.F.

Dans une moins large mesure, elle l’est aussi du M.S.R.

Au sein de la L.V.F s’opposent sur une base idéologique les mouvements politiques qui y ont des militants. Le parti de DORIOT semble en effet être celui dont l’influence est la plus grande à la L.V.F. Une formation qui est selon Jacques DELARUE:

« …un véritable microcosme de la collaboration totale et, pour cela constitue un exemple étonnant, un véritable sujet d’étude où l’intérêt psychologique [...] le dispute au témoignage historique. » (36)

Deux jours à peine après sa création, Marcel BUCARD affirme que cette formation ne correspond qu’à une « manoeuvre de politique intérieure« , et se retire du projet. (37)

Pour toutes ces raisons évoquées, Pierre ROSTAING (Hauptscharführer SS : Adjudant-chef), « Tout cela sentait la politique« , et ne le tente vraiment pas lui qui « n’en avait jamais fait, se refusait et se refusera toujours à en faire« . Il méprise même les hommes qui en font. Cependant, pris dans l’engrenage, il sera pourtant mêlé de près par la suite à ces événements.

C’est pour lutter contre ce petit univers politique qu’est devenue la L.V.F, qu’en avril 1942, selon Pascal ORY (37a), les Allemands font signe aux volontaires un écrit selon lequel ils doivent cesser toute activité politique au sein de ce régiment bien particulier de la Wehrmacht.

Selon ORY, des hommes préfèrent démissionner plutôt que de signer. Il y en aurait eu environ 1500. Pour ma part, il m’est difficile de donner un chiffre précis sur ce point.

Nous avons le témoignage de Pierre RUSCO qui dément avoir signé un tel écrit :

« Non, il n’y a jamais eu ce papier. Moi je n’en ai jamais signé. Je ne sais pas si certains l’ont signé. Il n’y a jamais eu de politique de faite à la L.V.F. »


3) Message du Maréchal PETAIN.


Les journaux ayant reproduit la poignée de main entre le Maréchal PETAIN et le chancelier Adolf HITLER, Montoire a des répercussions considérables, malgré un accord vague dans ses principes. PETAIN a tout de même déjà déclaré en ce jeudi 24 octobre 1940 : « J’entre dans la voie de la collaboration. » (Le Petit Parisien, du samedi 26 octobre 1940, n°23.242). (07)

Citons également « L’œuvre » (10) numéro 9139 du samedi 26 octobre 1940 et « L’illustration » (18) numéro 5096 du 09 novembre 1940. Ce dernier présente en couverture la photographie des deux hommes. C’est « l’entrevue historique du 24 octobre. »

Par la suite, sous la pression de DEAT, le gouvernement de Vichy n’a pas mis de veto à la création de la L.V.F.

Cette prise de position ou plutôt de non-position, bien nette du gouvernement est devenue une approbation presque sans limite dans les écrits de DEAT.

Le 06 novembre 1941, le Maréchal PETAIN intervient, par un message qui vient renforcer l’action des responsables de la L.V.F. message écrit certainement par le délégué général du gouvernement français de Vichy dans les territoires occupés, appelé plus simplement : « ambassadeur de France à Paris ».

Ce message, écrit donc par Fernand de BRINON et signé par le Maréchal PETAIN, est le suivant :


« Le message de fidélité que vous m’adressez en votre nom (colonel LABONNE, chef militaire de la L.V.F) et au nom de vos hommes avant de monter en ligne a aussi profondément touché en moi le soldat que le chef d’Etat.

A la veille de vos prochains combats, je suis heureux de savoir que vous n’oubliez pas que vous détenez une part de notre honneur militaire. Il n’est peut-être pas de tâche plus utile à l’heure présente que de rendre à notre pays confiance dans sa propre vertu. Mais vous servirez aussi la France d’une manière plus directe encore.

En participant à cette croisade dont l’Allemagne a pris la tête, acquérant aussi de justes à la reconnaissance du monde, vous contribuez à écarter de nous le péril bolchevik : c’est votre pays que vous protégez ainsi, en sauvant également l’espoir d’une Europe réconciliée.

Pour ces raisons, l’amiral DARLAN, ministre de la Défense nationale et moi-même vous souhaitons bonne chance dans l’accomplissement du noble devoir que vous avez choisi.

Pour ma part, je vous suivrai dans vos épreuves de toute ma sollicitude jusqu’au jour glorieux du retour dans votre patrie. » (38)


Le 02 février 1942, « Le Petit Parisien » (07), dans son édition de Paris de 05 heures, rend « un magnifique hommage (du peuple de Paris) aux combattants Français de la légion antibolcheviste » et surtout, reprend les termes utilisés par le Maréchal PETAIN : (« Vous détenez une part de notre honneur militaire« ), termes qui sont inscrits en grosses lettres capitales sur un panneau recouvert d’un drap blanc, derrière la tribune où se trouve Jacques DORIOT lors de son discours face à 30.000 Parisiens au Vél’ d’Hiv’.

On ne peut donc ignorer le poids que le message du Maréchal PETAIN a eu sur le milieu de la collaboration et sur les légionnaires.

Sur les propos signés par le Maréchal, DORIOT renchérit en disant :

« Le bolchevisme est un ennemi qui ne pardonne pas. Si par malheur, nous le manquions, il ne manquerait pas l’Europe. (La France) n’a plus le droit d’assister en spectateur impassible à ce conflit monstrueux, grandioses, mais monstrueux, car c’est le sort de l’Europe qui se joue. »

Reprenant les propos de Fernand de BRINON, voici l’explication que le Maréchal PETAIN donne au Général LAURE sur le fait qu’il a signé la lettre écrite par ce même de BRINON, et adressée au colonel LABONNE de la L.V.F :

De ces Français volontaires pour la L.V.F, beaucoup étaient, « …de braves gens, de bons Français qui n’avaient aucun goût pour l’Allemagne, mais qui se battaient contre les Soviets par conviction. »

- Influence sur les hommes.

* Pierre RUSCO

Après le message du Maréchal PETAIN qui l’a profondément marqué, Pierre RUSCO s’est donné six mois pour réfléchir et aussi pour convaincre ses parents de lui signer la dispense pour l’engagement, car il était mineur.

Le 02 janvier 1942, Pierre RUSCO s’engage sous le numéro 5031. Il part en modifiant ses papiers. Il nous explique pourquoi il a dû en arriver là.

« Une falsification à laquelle j’ai été forcé de me résoudre, puisque mes parents ont refusé de signer la dispense. »

RUSCO qui est donc prêt à se battre les armes à la main, ne voit pas l’intérêt de s’engager politiquement. A la lecture du message du Maréchal PETAIN, les hommes qui hésitent encore sont en droit de penser sincèrement qu’ils ont répondent désormais à l’appel légal et légitime du gouvernement. Leur action est reconnue, appuyée par PETAIN, le chef légal de l’Etat français.


* Pierre ROSTAING

Pour Pierre ROSTAING, ce message correspond à une « bénédiction du Maréchal » au moment du départ de la L.V.F. Par ces mots, « le Maréchal PETAIN, de qui personne ne pouvait mettre en doute le patriotisme, n’avait-il pas donné sa caution à la L.V.F ? »

Pour ROSTAING, le mot « légal » est important car le Maréchal est le « chef élu et légal de l’Etat français. » Il nous dit : « Je suis un Français, je suis anticommuniste, je suis un soldat. »

Après son expérience décevante à la Légion Tricolore (39), surmontant sa méfiance de la « chose politique » il entre à la L.V.F en janvier 1942. En s’engageant, Pierre ROSTAING, qui est un soldat de métier, épris d’aventure, pense répondre, comme d’autres légionnaires engagés après le message de PETAIN de novembre 1941, à son appel pour sauver la France. ROSTAING a « toujours servi le gouvernement légal de la France en obéissant aux ordres » de ses supérieurs.

En arrivant à la L.V.F, il se rend compte qu’ « …ils ont peu de soldats de métier » et, « le gros de la troupe est constitué par des politiques. »

Malgré ses hésitations « à sauter le pas« , il sait que c’est là que se trouve la solution la « moins mauvaise » pour lui.

Cet engagement est aussi un moyen de se prouver qu’il est un bon soldat car il dit lui-même :

« Nous avons perdu la guerre, mais rien ne prouve que nous sommes plus mauvais soldats [...] (que) ces  » Chleus  » malgré notre sale caboche. »

Ces volontaires, surtout s’ils sont des anciens militaires de carrières comme Pierre ROSTAING, comment réagissent-ils face à cet élément nouveau qui s’est présenté à eux, quand ils apprennent qu’ils se battront sous l’uniforme feldgrau ?

  1. LES FRANÇAIS EN FELDGRAU.


1: Pourquoi l’uniforme vert-de-gris ?


Les journaux annoncent que :

« Les volontaires (français) revêtus de l’uniforme français se battront avec des armes françaises sous les couleurs de la France. »

Contrairement à ce que les directives indiquent dans les premiers jours, les volontaires ne portent pas l’uniforme français.

Cette nouvelle donne n’est pas transmise aux volontaires qui sont informés, en ce qui concerne les premiers engagés, seulement à l’arrivée du train au camp d’instruction près de Radom et à  » Süd  » à Deba en Pologne.

Ils portent donc l’uniforme allemand feldgrau (vert-de-gris) avec un petit écusson tricolore marqué « FRANCE  » sur le bras droit pour les distinguer des autres unités engagées en Russie. En France, ils portent l’uniforme dit « kaki« .

Le gouvernement de Vichy n’a pas attendu la constitution de la L.V.F, pour cesser toutes relations diplomatiques avec l’U.R.S.S. Le gouvernement a rappelé son ambassadeur à Moscou, Monsieur BERGERY.

Toutefois, la France n’est pas en guerre contre l’U.R.S.S. C’est pour cette raison que les volontaires français ne peuvent pas officiellement se battre contre ce pays, revêtus de l’uniforme français.

En effet, la Convention de la Haye oblige les volontaires d’un pays non belligérant à porter l’uniforme de l’armée dans laquelle ils combattent, faute de quoi ils sont considérés comme des francs-tireurs.

Nous avons le témoignage de Yves PE… qui n’a « jamais adhéré à aucun parti » avant de s’engager le 02 octobre 1941 à la L.V.F. Il nous dit :

« L’uniforme allemand n’était pas du goût de tous les volontaires et beaucoup ont hésité à l’endosser. Mais cette obligation résultait des règles du droit international : la France n’étant pas en guerre contre la Russie, nous ne pouvions avoir un uniforme français sous peine d’être considérés comme des partisans par les Russes. »

Beaucoup de ces volontaires vont revêtir mais sans joie ni honte spéciale l’uniforme feldgrau.

Pour certains, l’uniforme n’a pas d’importance puisque de toute manière, ils ne peuvent pas porter celui de leur pays. Le combat compte davantage à leurs yeux.

Comme le dit un cardinal à « Monsignore » Mayol de LUPE (ou LUPPE) qui est l’aumônier de la L.V.F (engagé le 01er octobre 1941 à l’âge de 67 ans), l’uniforme n’est qu’ « une contingence« , qu’un moyen d’atteindre le but que chacun s’est fixé en venant dans ce régiment n°638 de la Wehrmacht. De plus, cet uniforme est déjà, aux yeux de certains légionnaires, beaucoup plus celui d’une armée multinationale que celui de l’armée allemande seule. C’est l’uniforme d’une coalition antibolchevique. A ce moment, les volontaires qui refusent de mettre cet uniforme sont démobilisés.

Pour SAINT-LOUP, « en donnant les uniformes de son armée victorieuse à des Français, le Führer du Reich cesse automatiquement de considérer ces hommes comme des ennemis vaincus, qu’il les incorpore moralement dans la communauté dont il est responsable, et qu’il les associe avec ses propres hommes dans une commune chance, une commune gloire et de communs avantages. » (40)

Il est cependant difficile de croire que « le Führer du Reich » ait eu, au début en tous les cas, envers les légionnaires du régiment 638 de la 7ème division d’infanterie de la Wehrmacht, les pensées qu’énonce SAINT-LOUP. Le fait que le Reich ait secrètement fixé un numerus clausus pour les volontaires va à l’encontre des efforts réels de Otto ABETZ pour mener à bien le projet de la L.V.F.


2 : Les réactions des volontaires.


Jean CASTRILLO raconte la situation qui fut la sienne au moment de mettre l’uniforme allemand.

Endosser l’uniforme « m’a posé un problème parce que jusqu’en 1940, le P.P.F n’était pas particulièrement germanophile. Mon engagement sous l’uniforme allemand m’a coûté, mais, au fur et à mesure que le temps et les années passaient, je suis devenu national-socialiste. Après Stalingrad, plus la situation était mauvaise, plus je considérais que je faisais corps avec l’ensemble de l’Allemagne. J’ai longtemps hésité. On s’engageait alors au n°19 de la rue de Saint-Georges à Paris, et je suis arrivé à huit heures du matin et j’ai signé mon engagement à huit heures du soir. J’ai pesé le pour et le contre. »

En parlant de « l’uniforme allemand qu’on va être obligé de revêtir« , Pierre ROSTAING qui vient de sortir de cette guerre contre l’Allemagne nous dit:

« Je ne ressentais aucun enthousiasme particulier à revêtir l’uniforme de l’ennemi d’hier et me battre à ses côtés. »

Beaucoup s’engagent à fond et en toute connaissance de cause. Quelques-uns versent une larme d’émotion, mais se disent qu’ils ne sont pas les seuls à revêtir pour la première fois l’uniforme feldgrau. Pour eux, c’est un moment très dur.

En ce qui concerne les militaires, les officiers d’active sont certainement les plus convaincus depuis le Front populaire que la France est réellement dans une situation grave. Pour ces hommes une seule possibilité semble valable, c’est le recours aux armes, mais quel camp choisir ?

Avec le retour à la vie civile, ces soldats se rendent compte que leur esprit d’aventure ne peut se satisfaire d’une vie médiocre sans aucun panache, car :

« La guerre habitait encore en eux. C’est elle qui les avait formés ; elle avait fait jaillir leurs plus secrets penchants comme une étincelle, elle avait donné un sens à leur vie et sanctifié leur enjeu. «  (Ernst VON SALOMON)

La L.V.F leur donne une occasion de « rempiler » pour « remettre ça« , cette fois ci, contre les communistes.

Malgré l’uniforme feldgrau, la L.V.F semble conserver à leurs yeux, les traditions et l’esprit de l’armée française. SAINT-LOUP dit que l’on y cultive « un patriotisme jaloux« .

Selon ces soldats, la formule politico-militaire de la L.V.F respecte le principe de la souveraineté française dont l’aventure est retracée par « Le Combattant Européen » (organe bi-mensuel des légionnaires français à l’Est, dont le premier numéro date de juin 1944 et dont la direction est assurée à Paris par Marc AUGIER).

Ces soldats français volontaires pour la L.V.F se sont battus contre les Allemands jusqu’en juin 1940. Par la suite, ces hommes ont été désorientés par la défaite, qui les a marqués profondément ; certains se sentent proches de leurs ennemis de la veille, qu’ils ont appris à connaître car ils ont enduré les mêmes drames humains au front. Les combats ont parfois créé des liens de respect, d’estime réciproque, et de fraternité d’armes que seul un soldat peut comprendre.

Ce qui gêne quand même profondément quelques militaires de l’armée d’armistice et qui entraîne leur hostilité, c’est le fait d’endosser un uniforme qui n’est pas celui de la France. Cela est considéré comme « contraire à l’honneur militaire« .

Pour Antoni N…, il n’y a aucune difficulté à mettre l’uniforme feldgrau:

« Comme on était engagé dans un but très déterminé qui était le front russe, il était normal que l’on porte l’uniforme de l’armée qui y combattait à l’époque. »

Quant à Pierre RUSCO qui s’est engagé « par conviction » et « pour en finir avec tous les politiciens qui nous ont conduits au désastre de 1940« , il n’a pas le « moindre problème de conscience » à porter l’uniforme allemand.

RUSCO a l’intention de se battre pour « des motifs suffisamment importants pour qu’une question d’uniforme » ne le fasse revenir sur sa décision. Puisque des Français, réfugiés en Angleterre, portent l’uniforme des responsables de Mers El-Kébir, pourquoi ne porterait-il pas l’uniforme feldgrau de la L.V.F ? En s’engageant, il sait qu’il portera la tenue vert-de-gris contrairement aux premiers engagés de juillet 1941. Pour lui, ce n’est pas une surprise.

Si les premiers Français de la L.V.F ne s’attendent pas à endosser l’uniforme feldgrau, il en est autrement pour les volontaires de la brigade d’assaut SS Frankreich.

L’uniforme aux deux « S » runiques d’argent devient pour eux le symbole même d’une toute nouvelle organisation européenne à caractère supranational.

Avant de retrouver ces Français de la Waffen-SS, prenons connaissance de la réflexion de Robert DUN qui n’a eu aucun problème éthique à porter l’uniforme de la Waffen-SS car comme il nous le dit :

« Ayant vu défiler ou promener dans les rues des soldats allemands, j’ai toujours ressenti ces hommes comme des gens de ma sorte. J’ai eu une affinité intuitive très profonde avec le peuple germanique. »

Nous allons donc voir maintenant comment des Français sont devenus de « Hérétiques« …(41)


…/… voir II


























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