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III) FRANÇAIS DE LA L.V.F ET DE LA WAFFEN-SS, MÊME COMBAT ?

12 03 2008

 

III. FRANÇAIS DE LA L.V.F ET DE LA WAFFEN-SS, MÊME COMBAT ?

 

 

 » L’Europe sera fédérée ou cosaque. »

(NAPOLEON)




Pour le plus grand nombre des volontaires et, cela quelle que soit l’unité à laquelle ils appartiennent, il ressort que la lutte contre le bolchevisme est la motivation principales liée à l’espoir de voir s’établir après la victoire de l’Allemagne, une France nouvelle dans une Europe nouvelle.

Bien qu’il existe autant de destins individuels que de candidats légionnaires et que chaque volontaires « … a eu une démarche d’esprit individuelle pour décider de s’engager« , il est certain « …qu’un minimum de points communs devait nous réunir, tels que la croisade antibolchevique, la construction d’une grande Europe, de l’Atlantique à la Volga… » (André BAYLE) (51)

Toutefois, on ne peut pas comparer un Français qui s’est engagé directement à partir de juillet 1943 dans la Waffen-SS, avec un Français qui s’est engagé dans la L.V.F et qui rejoindra la Waffen-SS en juin 1944 lors du transfert obligatoire. Leur démarche d’esprit n’est pas la même. Au début, pour les Français de la L.V.F, les motivations principales sont souvent fondées sur une réaction de rejet (l’antibolchevisme, l’anglophobie…)

Abel CHAPY, SS-Untersturmführer, Sous-lieutenant de la SS-Sturmbrigade « Frankreich » : « …Leur motivation politique du départ semblait incomplète: c’était l’antibolchevisme, quelque chose de négatif. »

Pour les Français de la Waffen-SS, il en est autrement. L’engagement de ces hommes dépasse de loin le seul combat antibolchevique. L’Europe représente la clef de voûte de leur engagement.







A. PAR ANTIBOLCHEVISME.


1: Le communisme, « danger le plus grave ».


« je suis contre le bolchevisme parce que c’est la mort totale. Pour le reste, je suis germanophile et Français, Français plus que national-socialiste, pour le dire. »

(Robert BRASILLACH)

la condamnation du bolchevisme est bien présente dans la presse collaborationniste. Elle dénonce « la barbarie asiate », « l’horreur rouge » qui menace la civilisation. En 1941, Lucien REBATET publie la brochure : « Le bolchevisme contre la civilisation. »

Alphonse de CHATEAUBRIANT, directeur de « La Gerbe« , écrit dans le numéro du 03 juillet 1941 : « Le bolchevisme est comparable à un déluge de feu. »

Selon André BAYLE:

« Il est en effet très clair, en écoutant nos professeurs dont la presque totalité sont d’anciens combattants de 14/18, que le véritable ennemi, ou tout au moins le premier à combattre, se trouve être le bolchevisme, surtout après l’attaque surprise, le 30 novembre 1939 de l’U.R.S.S contre la petite Finlande. »

Il est étonnant qu’un tel discours ait pu être tenu par des professeurs, et qui plus est, de cet âge, car la France avait déjà déclaré la guerre à l’Allemagne le 03 septembre 1939. Mais il est certain que le 30 novembre 1939, le plan du Général MANSTEIN n’a pas encore été appliqué et, les chars de ROMMEL et de GUDERIAN n’ont pas encore enfoncé la ligne française entre Namur et Sedan.

Robert LOUIS:

« Il y avait un danger qui était là. Un danger qui existait même sous le gouvernement de DALADIER. Ce danger communiste, on nous le faisait déjà ressentir. Même mon instituteur, qui était Monsieur G…, nous expliquait la réalité des choses. »

La menace bolchevique, n’est-ce pas l’argument qu’invoque le chef du gouvernement de Vichy, Pierre LAVAL, le 22 juin 1942, en déclarant un an après  » BARBAROSSA  » :

« Je souhaite la victoire de l’Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme, demain s’installerait partout. »

Le destin de l’Europe est lié au combat qui a débuté, à 03 heures 15 minutes du matin, le dimanche 22 juin 1941 ; de nombreux Français volontaires à l’Est en sont persuadés. Jacques LINEL n’a qu’un rêve, c’est de « servir pour combattre les Russes. » Selon lui, à part des détails personnels, les Français ont eu « le même sujet d’engagement… combattre le bolchevisme. » Il nous dit:

« Pendant les discussions avec mes amis, on parlait de sauver la France du bolchevisme. On évoquait l’Occident, les croisades anti-communistes, bref on rêvait d’aventures guerrières. »

Parmi ceux qui choisissent la collaboration militaire avec l’Allemagne contre le bolchevisme, certains veulent s’allier avec le IIIème Reich pour la seule durée des combats contre l’U.R.S.S et jusqu’à la destruction définitive du bolchevisme.

Les volontaires de la L.V.F sont sûrs d’être restés fidèles à la France. N’ayant pas porté les armes contre leurs compatriotes, ils ne se considèrent pas comme des traîtres à la patrie.

Certains de ces hommes m’ont dit que l’intelligence qu’ils avaient entretenue avec l’Allemagne hitlérienne, n’a pas été pour favoriser le IIIème Reich aux dépens de la France; mais pour représenter leur pays dans la lutte contre les bolchevistes et obtenir une place de choix dans la communauté d’après guerre, dans l’optique d’une victoire contre l’U.R.S.S et ses alliés.

Leur propre vie, est le seul bien que ces hommes de la collaboration militaire reconnaissent avoir engagé. Mais, aux yeux des Français, leur comportement n’est pas rationnel. En revêtant l’uniforme d’une armée étrangère (surtout celui de la Waffen-SS) ils ont enfreint une éthique dont les racines viennent du Christianisme, religion que certains de ces hommes voulaient justement détruire. Le Christianisme dont André MALRAUX disait être « une religion éthique plus que métaphysique. »

Ces « Nouveaux Cathares… » ont le sentiment de s’être engagés non pour eux-mêmes, mais pour une cause plus importante que leur petite personne; pour sauver ce même peuple qui les condamnera à leur retour pour avoir combattu sous uniforme allemand contre l’Armée rouge.

Ces hommes n’auraient donc pas respecté une certaine Morale. Henri F… rappelle que selon Pascal ORY, les volontaires français auraient même rejoint « le camp de l’anti-Morale. »

Le bolchevisme est perçu comme l’ennemi prioritaire. Quand PETAIN dit: « Le bolchevisme est pour l’Europe le danger le plus grave« , cela sous-entend que ce n’est pas le seul dans l’esprit du Maréchal. Mais, pour ce dernier dans l’immédiat, au rand des périls, le bolchevisme est à mettre en première position.

SAINT-PAULIEN, de son vrai nom Maurice-Yvan SICARD, secrétaire du P.P.F, envoie une lettre à Jacques DORIOT en 1943. Les passages importants de cette lettre sont présentés ci-dessous pour montrer comment Maurice-Yvan SICARD se prononce, de façon claire, contre le pangermanisme. Pangermanisme qui est à ses yeux beaucoup plus qu’un simple ennemi politique du bolchevisme, c’est son plus grand rival.

« Je suis donc d’avis de nous tenir très strictement sur la ligne du combat contre le bolchevisme, qui est la vieille ligne du Parti [...]. Je n’ai pas adhéré à la N.S.D.A.P, ni au parti fasciste… » Si l’ « Europe nouvelle doit faire litière des nationalités ou plutôt de certaines nationalités, on nous trouvera forcément au premier rang des insurgés. Contre le bolchevisme, tu as donné l’exemple, mais à quoi servirait-il que tu aies arraché des dizaines de milliers de Français à l’Internationale soviétique, si nous laissons aujourd’hui ces hommes s’affilier à une  » internationale  » totalement germanique ? » (53)

La lettre de Maurice-Yvan SICARD a été rédigée certainement à la suite des propos que Jacques DORIOT tient lors du congrès P.P.F en 1942 et, également, des articles qui paraissent dans « Le Cri du Peuple » du 05 et 06 novembre 1942. Le chef du P.P.F y prend ouvertement parti pour des solutions nationales-socialistes à apporter à notre pays. Il dit lui-même :

« Nous n’avons pas attendu la victoire de l’Allemagne sur la France pour découvrir le National-Socialisme… »

DORIOT veut « faire de la France un pays totalitaire« , c’est à dire « National, Socialiste, Impérialiste, Européen, Autoritaire. » Pour lui, le National-Socialisme est un modèle, l’idéal type en matière politique.

Jacques DORIOT fait partie de ces thuriféraires de la collaboration militaire qui jugent sans ampleur suffisante une option simplement politique. En reprenant les termes employés par Pierre DRIEU LA ROCHELLE, on peut dire que ces hommes sont « plus fidèles à une attitude qu’à des idées. »

« Parfois les idées ne rentrent plus dans le cadre de l’attitude, mais l’attitude, c’est quelque chose qui sera notre véritable reflet, le reflet de l’âme et de l’esprit. » (Christian de LA MAZIERE citant cette phrase de DRIEU LA ROCHELLE.)

Si cette lutte antibolchevique est considérée par certains, comme entrant dans le cadre d’une simple politique extérieure, cette conception n’est pas une finalité pour tous les engagés.

Pour la tendance dure (si l’on considère qu’à ce stade, il y a encore des degrés) de la collaboration militaire, le combat doit continuer même après la défaite totale du communisme. Le projet consiste à établir une société jeune capable d’effacer toutes les erreurs de la politique passée. Cet engagement est donc une sorte d’investissement à long terme, une porte ouverte sur un avenir qui, pour ces volontaires se veut prometteur. Ce combat est donc pour eux un moyen de repartir sur des bases solides et vierges de toutes les corruptions politiques. Cette lutte est une « arme de renaissance » pour fonder « une conception autre » de la vie reposant sur la terre, et non sur l’argent.


2: Par anglophobie.


Comment des hommes qui au départ éprouvent une simple aversion pour les Anglais, en sont-ils arrivés à s’engager aux côtés de l’Allemagne dans ce combat contre le bolchevisme ?

A la suite de l’opération  » DYNAMO  » qui débute le 26 mai 1940 pour évacuer les troupes de Dunkerque, la ville tombe le 04 juin aux mains de la Wehrmacht.

Fernand C… s’engage avant l’anniversaire de ses 17 ans dans le N.S.K.K en attendant de pouvoir rejoindre plus tard la Waffen-SS. Voici son témoignage:

« L’anglophobie a joué après Dunkerque. Le lâchage du territoire national par les Anglais dans les derniers jours de mai 1940, nous a laissé dans la panade. »

Après l’opération  » CATAPULTE  » du 03 juillet 1940 où, la « Force H » britannique attaque l’escadre française à Mers El-Kébir, certains Français sont prêts à se battre contre l’Angleterre.

Antoni N… nous raconte :

« Nous avons été très déçus de Dunkerque d’abord, de Mers El-Kébir ensuite. L’anglophobie latente en permanence chez les Français, n’a fait que se réveiller. Personnellement je n’aurais eu aucune difficulté à me battre contre les Anglais, mais il n’en était pas question en m’engageant à la L.V.F. Notre problème était l’anticommunisme. »

Quand par la suite, la possibilité de combattre le bolchevisme leur est donnée, une partie de ces hommes s’engage même si ce n’est pas leur première motivation.

Il est certain qu’ils auraient préféré nettement combattre l’Anglais. Pour ces volontaires, la lutte contre le communisme représente en réalité un moyen détourné de frapper l’Angleterre. en combattant le premier, ils combattent aussi le second.

Nous avons le témoignage de Yves PE… qui, venant de terminer son année de Droit, décide de s’engager à la L.V.F. Yves PE… habite en zone libre; ce n’est que fin septembre 1941 qu’il est possible d’avoir des laissez-passer pour la zone occupée. Parti le 1er octobre 1941, il arrive à Versailles le lendemain. Au moment de son engagement, Yves PE… est âgé de vingt ans. Il n’a jamais adhéré à aucun parti politique. Son père était officier de carrière (guerre de 14/18 et de 39/40). Il est d’un « milieu familial traditionnellement non-germanophile et anticommuniste. »

Il nous raconte :

« Les Anglais, détestés par-dessus tout. Tout au long de l’Histoire, ils m’étaient déjà apparus comme nos vrais ennemis héréditaires, beaucoup plus que les Allemands. Nous venions de vivre Dunkerque où, en proie à la panique, les Anglais rembarquaient précipitamment en repoussant les français voués à la capture. Et après, en juillet 1940, le bombardement par la Royal Navy de l’escadre française au mouillage à Mers El-Kébir: 1300 marins français tués. Puis Dakar, en septembre 1940 : encore 184 Français tués. En m’engageant à la L.V.F, je les atteignais indirectement. Plusieurs de mes camarades venaient de la Marine, après avoir obéi exactement aux mêmes motivations. »

Pour ces volontaires, la croisade contre le bolchevisme est donc une raison secondaire ou, en tous les cas, n’est pas la seule à peser dans leur engagement. Pour ces hommes, il n’existe aucun moyen de combattre directement les Anglais. En s’engageant aux côtés des Allemands contre le bolchevisme, ces volontaires français se battent aussi, selon eux, contre les Anglais, car Russes et Anglais sont alliés sur le terrain. Par la force des choses, ils participeront en même temps à la lutte contre le bolchevisme.

3: Par antijudaïsme.


Pour la presse, cette lutte contre le bolchevisme devient la lutte contre le Juif. Le communisme, bien qu’antisémite, est présenté comme une idéologie d’origine juive. L’antibolchevisme entraîne donc une réaction contre les Juifs.

Dans l’hebdomadaire « Le Franciste« , de Marcel Bucard, du 20 juin 1942, un article donne les noms des six personnes de confession juive faisant partie du « commissariat du peuple en U.R.S.S » en rappelant que « le fondateur du marxisme est le bourgeois Karl Marx, juif d’Allemagne. »

« Au Pilori » du 03 juillet 1941, Staline est aux « ordre des Juifs. »

« Je suis Partout » et « Le Matin » publient également des articles qui vont dans le même sens.

Pour REBATET, dans « Je suis Partout » du 06 juin 1942, c’est pour empêcher « le marxisme juif » de nuire davantage que le pays doit réagir car :

« Tous les soldats chrétiens, de quelque camp qu’ils soient, qui mènent (un combat) depuis un an dans les steppes russes, sont d’abord les victimes des Juifs. »

Sous cet angles de pensée, le combat qui se déroule sur le front de Russie est un combat de la haine envers les Juifs. Ces derniers, présentés comme étant à l’origine même de cette guerre, sont supposés, selon REBATET, tirer un profit de cette situation. Cette guerre est donc celle de l’Aryen contre le Juif.

« Le Cri du peuple » du 21 octobre 1940, exprime encore plus clairement son analyse des faits en disant des Juifs qu’ils « ont voulu mais n’ont point fait » cette guerre.

Cependant, malgré cette presse, l’antijudaïsme n’ »était en rien une motivation essentielle » (André BAYLE) pour la grande majorité des volontaires Français à l’Est. Certains soulignent fermement « qu’il était plus facile d’arrêter les familles de confession juive en France que de se battre contre les Russes. » Plus facile et combien moins honorable…

SAINT-LOUP, dans « J’ai vu l’Allemagne« , écrit:

« Il me fallait échapper [...] aux gangsters qui forçaient la porte des Juifs en criant  » avé l’assent  » :  » Police allemande, où sont les bijoux ? « . »


4 : Croisade pour ou contre le Christianisme.


Des nuances existent entre Français de la L.V.F et Français de la Waffen-SS. Ces hommes sont divisés sur le but de leur combat. Les premiers mènent un combat pour une France plutôt chrétienne, tandis que le but des seconds est justement de débarrasser l’Europe des valeurs judéo-chrétiennes (annexe: Robert DUN) afin de redonner vie au vieux paganisme.

C’est au moment de la réunion des volontaires au sein de ce qui deviendra « la division CHARLEMAGNE » que l’on se rend compte de ces particularités.

Le rédacteur en chef de « Je suis Partout« , Robert BRASILLACH écrit, le 30 juin 1941, qu’une victoire communiste aurait pour conséquence « nommément la fin du catholicisme. »

Le 27 août 1941, il dit à nouveau dans un de ses articles en parlant des volontaires français : « Ils sont vraiment partis comme partaient pour la première croisade ceux qu’enflammaient la voix des Frères Prêcheurs et des guerriers illuminés par la foi. »

Des ecclésiastiques, comme le Cardinal BAUDRILLART de Paris, prennent la parole pour appuyer de telles prises de position et cet esprit de guerre sainte contre l’athéisme bolchevique. « Il ne s’agit pas pour les Français de se convertir au National-socialisme, mais à être prêts à préserver l’Occident chrétien de l’athéisme du bolchevisme à l’Est ! »

Pour Monseigneur Mayol de LUPPE (ou LUPE) qui sera l’aumônier de la L.V.F, cette formation devient la protectrice de l’Occident chrétien.

Robert LOUIS :

« On était croyant, on était catholique. Monseigneur Mayol de LUPPE venait nous rendre visite dans nos cantonnements et demandait à ceux qui voulaient se confesser de le suivre. On continuaient notre tradition du Christianisme. »

Par la suite, Monseigneur Mayol de LUPPE a aussi revêtu l’uniforme de la Waffen-SS, qui se veut pourtant païenne.

Antoni N… nous donne sa version :

« Ce côté païen de la Waffen-SS n’a jamais été évoqué. Monseigneur Mayol de LUPPE a endossé comme nous l’uniforme de la Waffen-SS. Le premier dimanche qui a suivi notre incorporation à la Waffen-SS, une grande messe a été dite dans la forêt par Monseigneur Mayol de LUPPE. Tout le régiment était présent. »

Si certains de ces hommes se sont engagés dans cette voie de la collaboration militaire avec le IIIème Reich dans un esprit de « croisade » (mot utilisé dans le discours de PETAIN) pour le Christ contre le communisme, d’autres, au contraire, sont partis pour détruire le christianisme.

Pour ces volontaires venus combattre à la fois le bolchevisme et le christianisme, ce dernier avait plongé la France et l’Europe dans l’obscurantisme. En luttant contre le communisme, ils luttent aussi contre le christianisme, car le marxisme à leurs yeux n’est qu’une religion sans Dieu.

Toujours suivant cette même idée, au lieu d’élever l’homme vers le haut des cimes, le christianisme avait pratiqué depuis des siècles une sélection à rebours. Il avait détruit systématiquement les pratiques religieuses et les cultures qu’il n’avait pu faire siennes. Les hommes se retrouvaient au milieu de ruines morales qui résultaient du christianisme. Face à ce constat d’échec, une autre solution devait être envisagée.

En entrant dans la Waffen-SS, ces hommes rejoignent un idéal qui leur semble correspondre à leur demande de renouveau; un idéal qui privilégie les bases biologiques de l’être humain. Ces propos m’ont été tenus par plusieurs « anciens« .

Pour les raisons évoquées, l’idée était de ne pas laisser les soldats allemands combattre seuls. Puisque les bolcheviks menaçaient toute l’Europe, sa défense devait être assurée par l’ensemble des Européens, donc par des Français. La camaraderie au combat scellerait une estime réciproque fondée sur la reconnaissance du courage de chacun. C’était une occasion pour cimenter, par le sang versé en commun, le peuple de l’Europe à venir.


B. L’EUROPE.


A la suite de la rencontre de Montoire, le Maréchal PETAIN, tenait les propos suivants:

« …pour maintenir l’unité française, une unité de six siècles, dans la cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen… »

Dès le lendemain de l’attaque allemande sur la Russie, on lit dans « La France au Travail » que:

« la guerre soudainement survenue entre l’Allemagne et la Russie est un épisode de la lutte pour  » la Fédération Européenne « , communauté gigantesque dans laquelle la France a sa place à tenir, avec un rôle considérable à jouer si elle sait le vouloir. »

C’est parce qu’ils sont sortis du cadre d’un nationalisme « étriqué » et qu’ils pensent en Européens, que les volontaires français sont prêts à défendre « pied à pied » le sol allemand comme ils défendraient celui de la France. Dans leur esprit, il n’y a pas de différence; France et Allemagne forment une nouvelle patrie commune, pour laquelle ils sont venus se battre.

Par leur présence au sein de la Waffen-SS, ces hommes montrent un volonté collective de ne plus se faire la guerre entre Européens, car « une guerre entre Européens est une guerre civile, la plus monumentale ânerie que le monde ait jamais faite. » (Le futur Maréchal LYAUTEY, en 1914).

Henri F…, ancien sous-lieutenant d’infanterie coloniale, blessé et décoré pendant la campagne de 1940, est l’un des premiers officiers français à s’engager dans la Waffen-SS, durant l’été 1942, après être passé par la Milice Française de l’Ain qu’il dirige pendant quelques mois. Ce soldat ne croit plus à une possible solution politique uniquement française. Il estime que la seule issue valable pour lui et pour l’avenir du pays se trouve sur le front.

Il témoigne:

« Dans la situation difficile où la France se trouvait à cette époque, [...] je me suis senti privé de liberté, un peu piégé en quelque sorte, d’être entré dans une aventure qui m’est apparue très vite sans issue. Il y a une chose dont j’ai toujours eu horreur, c’est la guerre civile qui montait et je ne voulais à aucun prix y être mêlé. »

 » Et , véritablement, j’étais assez perplexe lorsque en été 1942 est arrivé la nouvelle selon laquelle les Français pouvaient s’engager dans la Waffen-SS. C’est là, que j’ai compris que les clés du problème n’étaient plus en France. En fait, le sort de l’Europe se jouait sur le front de l’Est. » (Henri F…)


Henri F… précise qu’il ne faut pas « isoler » les volontaires français des 600.000 autres volontaires européens non-allemands de la Waffen-SS.

 » Aucun d’eux n’était venu se battre pour l’Allemagne, chacun combattait pour son pays et pour l’Europe, pour une Europe libérée de la menace stalinienne… »

Les jeunes Européens ont les mêmes motivations. Ils veulent la construction d’une Europe unie qui soit capable de se défendre contre le bolchevisme et ses alliés. Chaque volontaire est prêt à combattre, à verser son sang et à risquer sa vie dans l’intérêt de son pays et pour sa sauvegarde.

Pour Henri F…, en s’engageant dans la Waffen-SS qui n’appartenait pas officiellement à la Heer (Wehrmacht), l’idée des volontaires n’est pas de faire partie de l’armée allemande. Leur sentiment est d’entrer dans une armée multinationale européenne. Ils porteront tous le même uniforme mais, « il y avait des spécificités européennes. Il y avait un intérêt commun, c’était de préserver l’identité de l’Europe. » Ce sont les propos, de l’Hauptsturmführer (Capitaine) Henri F…de l’ex Waffen-SS.

Cette armée « européenne » est, pour ces volontaires français, annonciatrice d’une union d’Etats libres et indépendants, fondée sur une éthique et un idéal ethnique nouveau que la Waffen-SS avait la prétention de réussir à construire.

Pour Jean CASTRILLO, « c’est très simple« , la famille de son père est d’origine espagnole et la famille de sa mère est d’origine alsacienne. Une grande partie de sa famille en Espagne a combattu dans les rangs nationalistes pendant la guerre civile. Il a eu deux cousins fusillés à Madrid; par conséquent, il était motivé par la lutte antibolchevique en France mais, avait aussi, de par sa famille, une vision européenne.

« Du côté de la famille de ma mère, c’étaient des gens très patriotes, des Alsaciens de l’intérieur très anti-allemands, ce n’étaient pas des autonomistes alsaciens; alors que mon père considérait que l’Allemagne avait aidé FRANCO à gagner la guerre. J’ai connu des Anarchistes espagnols en France. Les Anarchistes ont été mal traités parce que le P.C stalinien espagnol était aux ordres de Moscou. J’avais une vision européenne du fait que ma mère était alsacienne et mon père espagnol. Tout jeune, je disais:  » Mon village, c’est la France, ma patrie, c’est l’Europe.  » (en 1936/1937). »

Jean CASTRILLO avait déjà très jeune une vision de l’Histoire de l’Europe. « L’Histoire de la France n’était pas compartimentée, mais intégrée dans un processus général de l’Europe. » Jeune, il voulait devenir professeur d’Histoire.

Certains n’acquirent ce sentiment européen qu’après leur contact avec l’ambiance de la L.V.F ou de la Waffen-SS, et leur première expérience du combat à l’Est.

Pierre RUSCO nous dit :

« Je me suis engagé à la Légion pour combattre le communisme, mais j’ai découvert une autre raison de ma battre: la création d’une Europe nouvelle. »

Ce combat antibolchevique réunissait des volontaires de toute l’Europe. alors, à force de côtoyer d’autres volontaires européens venus également pour lutter contre « le péril de l’Armée rouge« , ces Français ont acquis une vision plus européenne du combat.


C. JUSQU’AUX DERNIERS JOURS.


Les Français qui se sont engagés aux côtés de l’Allemagne dans les derniers mois de la guerre, tiennent aujourd’hui à souligner qu’ils ont fait ce choix en sachant pertinemment que la situation tournait déjà à l’avantage des Alliés.

Au moment où la situation prend une tournure encore plus violente, ils ne veulent pas, pour certains, abandonner leurs camarades.

Les volontaires français de la Waffen-SS ne cherchent pas la voie la plus simple, ni un destin facile à assumer, en s’engageant. certains suivent le mouvement pour l’honneur des armes en pensant que l’on ne flanche pas en pleine bagarre, surtout lorsqu’elle menace de mal tourner. Ce n’est pas quand il y a le feu à la forêt et que le vent souffle fort, que l’on abandonne le combat. C’est peut-être aussi pour cette raison que les Waffen-SS étaient appelés « les pompiers du Reich« .

Abel CHAPY:

« Il est à préciser qu’en 1943, [...] l’Allemagne était loin d’avoir le vent en poupe ! »

Robert DUN me dit:

« Certains nous ont reproché d’avoir volé au secours du vainqueur, ils n’ont pas dû regarder de bien près le film des événements de cette époque. »

Les Allemands sont bien loin d’être en position de vainqueurs, lorsque ces derniers Français prennent la décision de partir à leurs côtés. Il ne faut pas oublier que, les Américains ont déjà débarqué en Afrique du Nord -opération  » TORCH  » du 7/8 novembre- et aussi en Sicile (le 10 juillet 1943). Rommel est battu et, Stalingrad est un vieux souvenir (septembre 1942 / février 1943). Le sort des armes est bien loin d’être favorable à l’Allemagne . Les troupes allemandes reculent régulièrement en Russie et le débarquement d’Eisenhower menace. La bataille de Koursk (juillet / août 1943) devient un duel de chars, et aussi un désastre pour les armées allemandes. Elle est aussi suivie d’une grande offensive russe.

Roger RIBERTO prend conscience de cette menace bolchevique qui vient de l’Est, au moment de la capitulation de VON PAULUS le 02 février 1943 à Stalingrad, où l’Allemagne perd 500.000 hommes dans cette bataille de plus de quatre mois. « Cette menace était bien réelle puisque l’Union soviétique a imposé, à la fin de la seconde guerre mondiale, sa domination sur l’Est. »

Au moment où « la croisade » contre le communisme est pratiquement perdue et que le combat pour cette « Europe nouvelle » incarnée par la Waffen-SS est plus que compromis, des Français vont encore s’engager aux côtés de l’Allemagne. Un afflux d’engagements a lieu de 1944 jusqu’aux derniers mois du conflit. Cette vague concerne des hommes souvent compromis par un comportement trop germanophile au sein de mouvements collaborationnistes et qui, n’ont pas jusque-là poussé cette collaboration au stade ultime, si l’on considère que l’engagement militaire en représente le point culminant.

C’est au cours de cette période qu’ils franchissent le pas et partent se battre au sein de la Waffen-SS. Malgré l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne, la Waffen-SS recrute toujours des volontaires européens, et cela jusqu’aux derniers jours.

Aux premiers volontaires, qui avaient constitué la L.V.F, et à ceux de la brigade d’assaut SS « Frankreich« , s’ajoutent, à partir de juin 1944, d’autres Français de provenance diverses.

Des miliciens suivent les conseils de Joseph DARNAND pour échapper à la Libération de la France et à l’épuration sauvage. La formule « Catholique et Français toujours » anime encore certains miliciens qui ont l’espoir de libérer le territoire national de « l’invasion » américaine, alors que, pour les engagés de la brigade d’assaut SS « Frankreich« , le combat antibolchevique est le seul auquel ils se sentent tenus. Pour eux, il n’est pas question de se battre sur le front de l’Ouest. Le refus du combat contre l’Ouest n’était pas -loin de là- l’apanage de tous les volontaires.

Des miliciens rejoignent donc la Waffen-SS dans les derniers jours de « la débâcle allemande » (54), se retrouvent du même fait avec « les Volontaires » (12) et « les Hérétiques » (41) qui ont échappé jusque-là aux flots successifs dévastateurs de l’Armée rouge.

Après le débarquement en Normandie, d’autre Français choisissent également la route de l’Allemagne. Ils sont incorporés directement dans la Waffen-SS.

Jacques LINEL qui s’est engagé dans la Kriegsmarine rejoint la Waffen-SS où, il retrouve beaucoup de jeunes recrues françaises. Depuis le 10 septembre 1944, il sait que la L.V.F et la Kriegsmarine vont rejoindre la Waffen-SS.

Dès la fin août 1944, les unités française engagées dans différentes formations allemandes se regroupent dans le couloir de Dantzig. En septembre 1944, les Français sont tous transférés à la Waffen-SS, et vont au camp de Widlflecken (Annexe n°8).

A partir du 1er janvier 1945, l’ensemble des survivants français rassemblés en Allemagne (1200 « L.V.F« , 1100 « brigade d’assaut  » Frankreich «  », entre 1800 et 2500 miliciens, 1200 engagés de la Kriegsmarine et 2300 de la N.S.K.K) forment une unité hétéroclite qui n’a pas le temps, en raison de la précipitation des événements, de créer l’homogénéité absolument nécessaire pour un engagement efficace au combat. La division  » CHARLEMAGNE  » est constituée à Wildflecken. Cette unité compte entre 7000 et 8000 hommes.

Les rescapés de la L.V.F sont donc versés automatiquement dans la Waffen-SS. Ceux qui refusent, sont placés dans des camps de prisonniers par les chefs français de la Waffen-SS. Un grand nombre de Français accepte sans rechigner; il y a quand même des opposants.

Pierre S… est un de ces hommes:

« Mais moi, soldat politique, ne pouvais accepter un ordre qui changeait totalement l’idéal pour lequel je me battais. J’eusse peut-être accepté à condition d’obtenir un contrat personnel, ce qui nous fut refusé en bloc. [...] Nous fûmes pas mal d’opposants, et on nous fit interner en camp de concentration à Struthof près de Dantzig. Cela dura huit jours. Puis les Allemands, outrés de ce procédé, nous firent relâcher. »

Les membres de la L.V.F déportés au KZ de Dantzig-Matzhau n’y passèrent pas tous uniquement huit jours comme Pierre S… Certains restèrent internés jusqu’à la fin de la guerre et connurent le lot de tous les déportés.

Pour Ludovic M…:

« Les engagés auraient dû avoir le droit de choisir leur sort. Je trouve ça tout à fait logique que des types aient refusé. »

Pour Jean CASTRILLO, le transfert à la Waffen-SS ne pose aucun problème. « Mon passage de la L.V.F à la Waffen-SS était une suite logique à mon engagement. »


Emile R… (Commandeur du 58ème régiment de la division CHARLEMAGNE) nous donne le point de vue du chef qui a eu sous ses ordres de tels hommes:

« Tous n’ont pas suivi le même cheminement. On a trouvé à la  » CHARLEMAGNE  » des gens animés de mobiles différents, du nationaliste chauvin, à l’Européen prêt à sacrifier l’indépendance nationale à un fédération ou confédération européenne (le problème actuel!), jusqu’au National-Socialiste, ou fasciste, ne craignant pas d’envisager une prédominance allemande ( ceux-ci, une minorité). Tous pensant œuvrer pour le bien de la France, et de notre vieux continent européen, tous partisans de l’effort et du risque, pour créer un monde meilleur. »

En parlant des deux régiments d’infanterie de la division CHARLEMAGNE, cet engagé politique du P.P.F qu’est Jean CASTRILLO, nous dit:


« Le 57ème et le 58ème n’avaient pas le même mental que la L.V.F. Les survivants de la L.V.F ont servi d’encadrement dans le 58ème régiment de la  » CHARLEMAGNE  » aux formations qui arrivaient de France. dans ma compagnie, nous avions touché des miliciens, ders gens de la Kriegsmarine, du SK der OT. A la  » CHARLEMAGNE « , nous (les P.P.F) restons fidèles au parti, mais le mental a changé. »


Robert LOUIS:

« Nous, anciens de la L.V.F, voulions rester sous le commandement français et garde nos habitudes, nos officiers avec lesquels nous vivions fraternellement. Mais on ne nous a pas demandé notre avis; beaucoup d’entre nous ont été choqués. Cependant il y a eu une distinction de fait entre les gars de la Sturmbrigade et les gars de la L.V.F. »


En effet, il y a deux bataillons différents, le 57ème à majorité Sturmbrigade et le 58ème à majorité L.V.F. Mais, des décisions doivent être prises rapidement pour éviter que les heurts entre miliciens, anciens de la L.V.F et SS de la Sturmbrigade ne déchirent cette toute nouvelle formation. Des conflits eurent lieu, mais circonscrits à de petits cénacles. C’est peut-être, parce que la situation est trouble, qu’aucune considération politique n’est prise en compte pour ceux qui ne partagent pas les idées de la Waffen-SS.


A ce stade, les démissions ne sont plus acceptées. De plus, « l’honneur » veut que les Waffen-SS se battent par « fidélité » et continuent à servir jusqu’aux derniers jours. C’est « Le prix d’un Serment« . (55)

« Je te jure, Adolf HITLER, Führer germanique, d’être fidèle et brave. Je jure de t’obéir à toi et aux chefs que tu m’auras désignés, jusqu’à la mort. Dieu me vienne en aide. »










 

CONCLUSION


La recherche conduite pendant près d’un an dans le cadre de ce mémoire de maîtrise a été pour moi, très enrichissante. Elle m’a permis de rencontrer des hommes aujourd’hui rares, déjà âgés, le plus souvent discrets, voire secrets, avec lesquels peu de personnes ont pu discuter comme je l’ai fait.

Je me suis rendu compte qu’un fort esprit de « Kamaraderie« , comme ils le disent eux-mêmes, est présent parmi ces hommes. Aucun d’eux n’est vraiment seul ou délaissé tant qu’un autre est en vie. Ils sont très solidaires les uns des autres, et ont gardé le respect des grades de la hiérarchie militaire de l’époque. De leurs camarades qui ont rejoint  » la Grande Armée « , ils conservent tous un souvenir respectueux. Aujourd’hui encore, ces hommes disent être toujours fidèles au serment qu’ils avaient prêté à Adolf HITLER. D’ailleurs, une grande majorité portent toujours au bras gauche sous l’aisselle, le tatouage de leur groupe sanguin, signe de leur appartenance à la Waffen-SS.

Le début de mes recherches a été difficile, car rien ne me garantissait d’arriver à rassembler suffisamment de témoignages directs pour présenter une étude qui se voulait crédible et sérieuse. C’était aussi un défi, car le temps jouait contre moi. Je ne reviendrai pas sur les difficultés rencontrées et déjà évoquées dans l’introduction.

Ces hommes que j’ai été amené à rencontrer, furent beaucoup plus disposés à donner un témoignage oral enregistré qu’un témoignage écrit. Ce dernier est ressenti comme contraignant dans le fond et dans la forme. En raison souvent de leur âge, il leur fut plus facile de converser que d’écrire. Le témoignage oral est plus spontané et a l’avantage de donner lieu à des réponses plus directes, donc moins préparées. Il permet également de saisir les nuances de ton, et le poids oral de certaines phrases.

Ce sont les avantages du témoignage oral qui m’ont décidé à me lancer dans cette étude. Je voulais un travail de recherche qui me permît de communiquer avec d’autres personnes. Je ne voulais pas que mon mémoire fût fondé seulement sur des sources écrites. Ne voulant pas me transformer en sténographe plus ou moins fidèle, j’ai opté pour l’utilisation du magnétophone.

A travers les témoignages oraux présentés, et auxquels je donne volontairement une place importante, je souhaite avoir apporté un peu plus de lumière sur les raisons de l’engagement armé de volontaires français sous les différents uniformes allemands, tel qu’ils l’ont eux-mêmes vécu, ressenti, motivé.

Cette étude s’appuie sur les témoignages de certain volontaires. Les motivations étant des données purement psychologiques, propres à chaque volontaires (même s’il y a eu des motivations communes) il ne m’est pas possible d’en vérifier la valeur objective, mais je crois à leur sincérité. Il est toujours possible, bien qu’improbable, que des motivations aient été oubliées. Je pense sincèrement que ces entretiens font ressortir les motivations du plus grand nombre.

Elles nous permettent de mieux saisir l’état d’esprit de ces Français au moment où ils ont basculé dans la collaboration armée avec l’Allemagne nazie.

Il faut malgré tout, prendre du recul vis à vis des témoignages oraux et écrits recueillis, et les aborder avec l’œil de l’historien. Les témoins, ne pouvant pas être partout à la fois, ne donnent des événements qu’une vue partielle. Dans ces conditions, il est possible que des récits soient sensiblement contradictoires sur certains points. C’est par leur regroupement et leur étude que l’historien a une vision d’ensemble des faits.

De ces entretiens et de ces témoignages écrits, je n’ai pas l’intention ni la prétention de tirer des conclusions générales hâtives sur l’ensemble des volontaires. Ce que je rapporte ici se veut fidèle et honnête envers le respect que je dois à l’Histoire, et envers les personnes qui m’ont fait confiance en m’apportant une aide sans laquelle ce travail n’aurait pas été possible.

J’ai présenté ici, dans toute son étendue et sans artifice, l’éventail des motivations et des mentalités, tout au moins dans la mesure où j’ai pu les saisir et les élucider.

Les motivations les plus diverses animent ces hommes. Il est difficile de toutes les connaître et de pouvoir évaluer l’importance de chacune sur la décision d’engagement.

Il convient de distinguer quatre sortes de motivations:


a) Les motivations personnelles (Aventuriers, « gamellards« , droit commun, etc. )

b) Les motivations idéologiques (Perception du bolchevisme comme danger majeur, sentiment de l’existence d’une Europe, Patrie commune, etc. )

c) Les motivations circonstancielles (c’est à dire liées aux événements du moment.)

Ex : Création de la L.V.F en 1941 ou de la Waffen-SS en 1943 / 1944.

d) Une combinaison de plusieurs des raisons a), b), c).


Pourquoi ces hommes décident-ils de collaborer à un moment plus qu’à un autre ?

Selon Jean-Paul SARTRE:

« Le  » collaborateur  » ignore la nature qu’il porte en lui et qui se révélera un jour dans les circonstances favorables. »

Cette « nature » particulière, comment échoit-elle au collaborateur ?

Jean-Paul SARTRE parle de la collaboration au sens général du terme. Mais cette réflexion ne pourrait-elle pas être valable également pour une collaboration beaucoup plus engagée qui est la collaboration militaire ?

SARTRE pense que l’ « on ne collabore pas par hasard mais sous l’action de certaines lois sociales et psychologiques… »

Si pour une partie des volontaires l’acte de s’engager relève d’une décision prise sur un coup de tête pour d’autres, elle résulte d’un mûrissement inconscient dont les racines plongent dans l’enfance, dans le cadre familial avec l’influence du père, et dans l’éducation avec toutes les variantes individuelles.

Dans une de ses lettres, Henri SIMON, engagé directement dans la Waffen-SS en juillet 1943, confirme cette impression:

« Les orientations que peut prendre un adulte, dépendent parfois d’options qui ont été prises dans la prime enfance et c’est précisément mon cas. »

La finalité de mon étude n’est pas de dire si les volontaires français qui ont porté de leur plein gré un uniforme allemand ont eu tort ou raison.

Mon propos ne consiste pas non plus à faire l’apologie de leur engagement ou du National-Socialisme. Il ne m’appartient pas ici de porter un jugement de valeur et de décider, comme certains, s’ils ont été des « dévoyés » ou des « précurseurs« . L’affaire a déjà été entendue par les tribunaux. Toutefois, reconnaissons, comme l’a fait Philippe MASSON, que ces Français ont eu « le mérite d’avoir su lutter » et pour beaucoup mourir « pour une cause qu’ils croyaient juste« …

Même si ces hommes ont eu le courage de participer à une lutte antibolchevique impitoyable, et cela avec l’aval du gouvernement légal de la France, leur engagement aux côtés du IIIème Reich reste discutable. Il faut donc de la part de l’historien, toute sa disposition d’esprit à juger clairement et sainement les faits après en avoir pris connaissance. Il est souvent difficile de ne pas se laisser emporter par les passions que peut susciter un tel sujet d’étude. Pour ces raisons, je me suis efforcé de faire preuve de toute la circonspection possible afin de ne pas trop m’éloigner de la citation de Jean-Paul SARTRE présentée en épigraphe:

« Si nous voulons comprendre l’attitude des collaborateurs, il faut les considérer sans passion et les décrire avec objectivité d’après leurs paroles et leurs actes. »


FIN




 


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